"...mais tous ses dons, il les reçoit de son Seigneur dont il est le serviteur."
(Vie de saint Martin par saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers au 6° siècle)
En pays protestant
L'église Saint-Martin de Vançais, classée monument historique en 1990, s'élève au centre du village, connu dès 980 sous le nom de villa Vonsiacum et pas très éloigné de la voie antique de Poitiers à Saintes.
La construction de l'église remonte au 12° siècle et elle apparaît à la fin du 13° parmi les dépendances du chapitre de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers.
Dans cette paroisse presque entièrement protestante, de lourds travaux de restauration seront cependant menés aux 18° et 19° siècles, notamment après l'effondrement de la voûte, en 1836.
Une autre campagne de travaux suivra, sous la direction de l'architecte niortais Segrétain, de 1860 à 1865. Au cours de cette campagne, le clocher sera repris et la première baie de la nef percée.
La restauration actuellement en cours a dégagé l'admirable chevet de l'église et vise notamment à la remise en état de l'intérieur.
Une façade remaniée
La porte en arc fortement brisé s'ouvre entre les deux contreforts de la façade, dans un pignon refait au 19° siècle. Son archivolte retombe sur les chapiteaux portés par des colonnettes. L'ensemble peut dater du début du 13° siècle.
Sur le contrefort de gauche, les armoiries encore visibles sont celles de Gabriel des Gittons, mort en 1618, bienfaiteur de l'église.
Au-dessus de la porte règne une corniche supportée par des modillons sculptés. Entre ces modillons, la sculpture des métopes montre des néréides ou sirènes-poissons.
La sirène est, à l'origine, une femme-oiseau de la mythologie grecque. La femme-poisson, quant à elle, apparaît très tôt, en Mésopotamie. Une traduction fautive de la Vulgate, bible latine de saint Jérôme, contribuera à la confusion et à l'ambiguïté. Les deux formes, enrichies d'apports divers, coexisteront et se mêleront dans l'iconographie du Moyen Âge. Avant que la légende de Mélusine, une variante, ne lui confère un caractère positif, la sirène, femme inquiétante à double aspect, présente plutôt une coloration maléfique.
Au même niveau, mais contre les contreforts, deux pierres sculptées figurent un lion, à gauche, et un personnage sous arcade assez grossièrement traité, à droite. On remarquera également une croix (de consécration ?) gravée dans la pierre.
Le chevet
Il ne faut pas manquer de faire le tour de l'église pour admirer l'élégance du chevet. Une série de modillons et les chapiteaux des contreforts-colonnes soutiennent sa corniche. La toiture en "platins" - plaques de pierre apparentées aux lauzes - est surmontée d'une croix antéfixe. Une tombe médiévale en bâtière est visible à proximité.
Un volume allongé
La nef présente un vaisseau unique de deux travées dont les arcs doubleaux retombent sur des colonnes à bases moulurées et à chapiteaux sculptés.
Elle est prolongée par la travée sous clocher, voûtée d'une coupole sur trompes, petits quarts de sphères en pierre de taille permettant le passage du plan carré au plan octogonal nécessaire pour recevoir le cercle de la coupole.
Le choeur comprend une travée droite prolongée par l'abside en hémicycle.
Le mobilier
Le vitrail d'axe représente saint Martin, patron de l'église. Oeuvre de Pierre-Eugène Guérithault, maître verrier de Poitiers, il date de 1885. Les traits du saint évêque de Tours sont probablement ceux du donateur, dont les armes figurent à la partie inférieure.
La plupart des autres statues sont également des plâtres polychromés :
- Le Sacré Coeur semble correspondre à la consécration de la paroisse en 1877.
- Radegonde est vénérée dans le diocèse de Poitiers depuis la fin du 6° siècle.
- Antoine de Padoue est entouré d'une grande dévotion dans le diocèse à la fin du 19° siècle.
Deux autres statues figurent la Vierge, insistant de la sorte sur le culte marial. L'une d'elles, Notre-Dame du Sacré Coeur, répond par ailleurs à la statue du Sacré Coeur de Jésus.
Avant de quitter l'église, on lèvera les yeux vers le vitrail surmontant la porte et représentant le Bon Pasteur (19° siècle). Les armoiries reprennent en partie celles reproduites dans le vitrail d'axe.
Au début du 19e siècle, l'église fut utilisée par les protestants, fortement majoritaires dans la commune.
Non loin, et donnant sur la même place, le temple protestant a été construit en 1843. Cette disposition traduit bien l'histoire jadis tumultueuse des relations entre les deux communautés. D'une conception totalement différente de celle de l'église, il offre un volume très lumineux. Le mécanisme de l'horloge installée en 1905 occupe une large place.
Devant, le décor d'une ancienne pierre tombale associe quatre disques et une croix hampée.