Simplicité et dépouillement
L'église Notre-Dame du Cottage a été construite en 1959-60. La bénédiction a eu lieu le 1er mai 1960 par l'évêque de Poitiers, Henri Vion. L'architecte était Monsieur Girard, responsable des Services Techniques de la Ville de Thouars.
A cette époque, on avait le souci de la simplicité et même du dépouillement ; il y avait à cela plusieurs raisons : les moyens financiers de l'Eglise étaient limités, et depuis la guerre de 1939-45, on devenait de plus en plus sensibilisé à la distance qui séparait l'Eglise et le monde ; certains fastes du culte semblaient de plus en plus inadaptés. Des prêtres nombreux revenus des camps de prisonniers avaient vécu le coude à coude avec des incroyants. Bientôt, le concile Vatican II allait redéfinir l'Eglise comme Peuple de Dieu, servante et pauvre. L'étalage de grands moyens étaient hors de propos, et il devenait nécessaire de désencombrer les signes de la foi.
Le quartier du Cottage
Le quartier du Cottage appelé le bastion rouge était historiquement fortement marqué par une population ouvrière d'employés à la SNCF et particulièrement les ateliers de réparation des locomotives à vapeur. Beaucoup d'entre eux étaient de tradition anticléricale, adhérents à la CGT et au PCF. La ligne de chemin de fer qui coupe la ville en deux avait une allure de frontière entre le centre des affaires et du commerce et le nord, populaire. Il n'était pas évident pour des prêtres de passer la ligne. Quelques-uns, pourtant ont prix ce risque après avoir créé des liens en s'intéressant à la vie des gens.
Ce travail en profondeur a préparé les esprits à voir l'Eglise autrement qu'une puissance habillée de dorures pour cacher son intention d'hégémonie. Les prêtres apparaissaient comme des amis qui écoutent, qui manifestent leur solidarité pour la justice et le respect de l'homme, certains étaient prêtres ouvriers, d'autres aumôniers en monde ouvrier (ACO, JOC). Dans ce quartier, on a commencé par utiliser deux wagons d'avant-guerre qui portaient les mentions "chevaux 8, hommes 40". Ces deux wagons ont constitué la première salle de réunion bientôt suivie d'un baraquement qui a fait office d'église.
Les Amis du Cottage
L'idée d'avoir une église dans ce quartier n'apparaissait plus comme une entreprise de noyautage, et même certains cheminots manifestaient leur intérêt à avoir leur église. Une association s'est constituée en 1959 : "Les Amis du Cottage". Ses membres se donnaient le projet de suivre la réalisation et le financement de l'ouvrage. Le clocher de Notre-Dame du Cottage a été réalisé par des ouvriers de la DOP sur les machines de cette usine (la DOP était installée à l'Orangerie du Château et fabriquait des trains d'atterrissage).
Il y a donc eu une forte mobilisation pour financer ce projet. Durant plusieurs années, les chrétiens de Thouars ont organisé des kermesses. Quelques groupes ou vedettes qui ont participé aux kermesses : les "Chaussettes Noires", l'orchestre Jacques Baraton, des patineurs sur table, les ballets de Loï Fuller, John William, Henri Tisot.
Les entreprises qui ont travaillé
à la construction :
- Bonneau et Fils : maçonnerie
- Gauduchon Dairé : menuiserie et charpente
- Van Guy (Tours) : vitraux couleur
- Civet (Chauvigny) : autel et chœur
- Phil. Devivier et S. Bonnet : peinture et vitrerie
- Bodet (Trémentine) : cloche électrifiée et pendule
- Paul Rozière : ferronnerie
- Chevillard (Angers) : tabernacle et baptistère
- M. Radotin (Thouars) : menuiserie (mobilier)
- Jean Deniot (Monts-sur-Guesne) : croix du chœur
- Lacôme (Lourdes) : statue de la Vierge à l'enfant (sculpture bois)
- Lacôte (Poitiers) : chandeliers en fer forgé
- Fernand Py (Poitiers) : crèche L'intérieur
Dans cette église, on peut remarquer l'éclairage étudié pour que la lumière du jour mette en valeur le chœur. L'église n'est pas orientée comme c'était la coutume dans le passé, vers l'orient et Jérusalem, mais au contraire vers l'ouest. Cela explique l'importance de la grande verrière triangulaire dans laquelle vient jouer la lumière du soleil levant.
Cette verrière en verre éclaté et composée de panneaux de verre et de béton évoque les litanies de la Vierge :
- Miroir de justice
- Trône de la sagesse
- Vase rempli des dons du Saint Esprit, vase d'honneur, vase insigne de dévotion
- Rose mystique
- Tour de David, tour d'ivoire
- Arche d'alliance
- Etoile du matin
- Reine des anges, reine élevée aux cieux, reine de la paix
En entrant dans cette église, le regard est orienté tout de suite vers l'autel : l'alignement des bancs, l'allée, les lignes du toit, tout converge vers ce lieu qui est le centre d'intérêt. Le dégradé des fenêtres de chaque côté conduit aussi dans cette direction.
Il y a, à gauche l'espace de la cuve baptismale, soulignée par des fenêtres où domine le bleu, avec des symboles aquatiques : c'est le lieu de l'eau et de la vie.
Une place d'honneur, de chaque côté du Christ en croix (qui domine l'assemblée quand elle vient prier) est réservée à Marie, la mère du Christ, et à Joseph, son mari, avec ses outils de charpentier.