L'église de la Trinité
de Saint-Sauveur-
Givre-en-Mai
      (Deux-Sèvres)

Situation




"Gel et frimas, bénissez le Seigneur, célébrez-le et exaltez-le à jamais."
(Daniel grec 3, 71)

Un nom, une légende...
      Des Sarrazins, défaits par Charles Martel en 732, se seraient barricadés dans la vieille église paroissiale et auraient promis de se rendre s'il givrait le lendemain ; or, on était au mois de mai. Selon la légende qui veut expliquer le nom du village, après une nuit de prières adressées au Christ sauveur par les paroissiens, un orme était à moitié couvert de givre !
      Le prieuré-cure dépendait de l'abbaye de Luçon. La priorale romane, sur laquelle les textes font défaut mais dont les parties les plus anciennes paraissent remonter au 11e siècle, nous est parvenue plus ou moins intacte. Elle a cependant dû subir au cours du 19e siècle plusieurs campagnes de restauration : couverture, dallage, percement de baies... Elle a été classée en 1978.

Elle a échappé aux destructions de 1793 qui ont touché de nombreuses églises du Bressuirais, fait d'autant plus étrange que Lescure et ses insurgés vendéens avaient établi un camp non loin de la petite localité.
La nef
      On penètre généralement dans l'église par sa porte sud, protégée par un "ballet", cet auvent plus souvent rencontré dans l'architecture de Gâtine. Dans le portail ont été insérés quelques éléments en calcaire permettant au sculpteur de s'exprimer plus aisément que dans le rude granit local. La délicatesse de ses acanthes est à remarquer.
      La nef à vaisseau unique est surtout remarquable par sa charpente ancienne apparente, récemment restaurée.

Elle se compose de 10 fermes d'une portée supérieure à 9 mètres et séparées par un peu moins de 2 mètres. Pour chacune, deux arbalétriers s'appuient sur un poinçon central et sur deux jambes de force cintrées, le tout s'assemblant à un entrait mouluré qui repose sur les sablières, poutres longitudinales des murs latéraux.

La datation est difficile à établir même si des écus cloués sous certains entraits, portant les armes de familles connues aux 15e et 16e siècles, fournissent quelques indices : ainsi, l'on reconnaît les armes de Mathurine d'Argenson, épouse de Jean de Beaumont, seigneur de Bressuire au début du 15e siècle. D'autres charpentes de ce type, qui pourrait avoir son origine en Guyenne, sont connues en Poitou. A la pente assez faible ne pouvait convenir qu'une couverture en tuiles creuses.

La partie orientale
      A partir des piles composées de l'arc triomphal, des supports à quatre colonnes soudées, de type poitevin, rythment l'architecture du sanctuaire. Bien espacées pour les deux travées droites, elles se resserrent au rond-point. Un cul-de-four et un berceau brisé constituent le voûtement.
      Assez curieusement, le déambulatoire, dont la première travée sud porte le clocher abritant trois cloches - fondues par Bollée en 1893 -, est dépourvu de chapelles rayonnantes. Peut-être avaient-elles été prévues dans un projet primitif, abandonné comme semble l'avoir été celui de la construction d'une nef à collatéraux prolongeant le déambulatoire ?

      Les bases des colonnes sont joliment ornées, ce qui est plutôt rare dans le Bressuirais, mieux que les chapiteaux qui présentent des feuillages proprement sculptés mais assez frustes.
      L'autel moderne a été construit dans les années 1960 pour permettre la célébration face à l'assemblée.

Les peintures murales
      Certaines des peintures murales encore visibles à l'intérieur de l'église étaient connues, d'autres ont été révélées par les récentes restaurations.
      Les vestiges d'une litre funéraire - 17e siècle ? - apparaissent à différents emplacements : mur sud de la nef, déambulatoire...

      Au mur nord de la nef une scène encadrée semble narrer la légende de saint Christophe. A droite, un personnage portant une lanterne se tient dans l'embrasure d'une porte. Cette peinture peut dater du 15e siècle. Un peu plus loin, des scènes plus anciennes, également encadrées, datent de l'époque romane. A la partie inférieure du mur, le décor géométrique est plus récent.
      Une croix de consécration est visible au mur sud. On mentionnera pour mémoire les restes de peintures du 19e siècle sur plusieurs supports du sanctuaire.

Les vitraux
      A l'exception du vitrail d'axe et d'un fragment de vitrail ancien - blason des 15e/16e siècles - retrouvé dans une des baies nord de la nef, les baies de l'église sont garnies, depuis 1995, de vitraux modernes non-figuratifs réalisés par Louis-René Petit, d'Orléans, artiste qui a également travaillé à Sénanque et à Saint-Benoît-sur-Loire. Ses compositions - un givre lumineux - donnent à l'église une atmosphère harmonisée à sa légende.

Trinité...
      L'église, placée sous le vocable de la Sainte Trinité, conserve trois représentations de cette Trinité divine.

         Le vitrail d'axe du déambulatoire a été réalisé par le verrier parisien A. Lusson en 1860 dans un style néo-médiéval. La Trinité est représentée accompagnée de huit anges agenouillés. L'inscription en latin signifie : Dieu, sauveur du monde, prends pitié de nous. Le pélican nourrissant ses trois petits au nid est un symbole christique.

      Un retable en bois polychromé, reste des aménagements pratiqués au 17e siècle, a été adossé au mur ouest, au fond de la chapelle des fonts baptismaux. Entre ses deux colonnes corinthiennes, le tableau de la contretable figure le Père et le Fils assis en symétrie, avec la colombe de l'Esprit Saint au-dessus d'eux. Dans la niche surmontant l'entablement, la sculpture est toute différente : le Père, coiffé de la tiare pontificale, présente son Fils en croix tandis que la colombe surmonte la scène. Une telle représentation se retrouve à Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers.

      La comparaison de ces trois œuvres illustre bien la difficulté rencontrée par les artistes. Comment, sans verser dans la lourdeur, la maladresse et l'approximation tenter de mettre en images l'indicible mystère ?

Alors que l'aménagement de nombreuses églises est fortement marqué par le 19e siècle, les traces de cette époque sont maintenant fort discrètes dans l'église : le confessionnal est voué à un nouvel emploi, plusieurs plâtres moulés ont été retirés, la restauration a fait disparaître des enduits. Reste le vitrail, le grand Christ en croix, autrefois au-dessus de l'entrée, et le chemin de Croix. Ce dernier, qui date de 1864, remplace celui peint par un ecclésiastique plus dévoué que talentueux et "dont la présence n'était pas tolérable dans une église parce qu'il était plutôt fait pour exciter le ris que la piété" !

© PARVIS
février 2003
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers