L'église de
Saint-Génard
      (Deux-Sèvres)

Situation




"Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé..."
(Evangile de Jean)

Une longue histoire...
      L'église de Saint-Génard s'élève sur l'emplacement ou à proximité d'un important lieu de culte datant de l'époque mérovingienne, signalé par la découverte de sarcophages.
      Ce prieuré-cure, qui dépendait de l'abbaye de Nouaillé, a été réuni en 1697 au couvent de Puyberland, petit village de la commune de Saint-Génard situé près de la source de la Berlande.

      A cette époque, l'établissement rassemble 80 religieuses. A la Révolution, alors que la paroisse est supprimée, il n'en comptera plus que 15 et 6 sœurs converses. A leur vie contemplative, les sœurs ajoutaient des activités d'enseignement et d'accueil. Vers 1878, la magnifique porte qui faisait communiquer l'église du couvent avec l'oratoire des religieuses fut remployée à la chapelle de l'hospice de Melle où on la voit encore.
      La paroisse n'a retrouvé son curé qu'à la fin du 19e siècle, en raison de l'existence d'une école religieuse.

Certains pensent que Génard était un disciple de saint Hilaire et de saint Martin (4e ou 5e siècle), d'autres ont pensé à une dérivation du culte de saint Janvier...
Le nom de Génard figure dans les litanies des saints du Poitou rédigées par Monseigneur H.-L. Chasteigner de La Rocheposay au 17e siècle. L'évêque de Poitiers ne l'avait probablement admis que parce qu'il était mentionné dans les litanies propres de l'abbaye de Nouaillé et qu'un prieuré et une église paroissiale placés sous son vocable existaient dans son diocèse, ce qui nous éclaire peu.
Le corps de saint Génard, comme celui de saint Faziol, aurait été placé dans l'église Saint-Savinien de Melle. Aucun indice matériel ne conforte cette tradition. Saint Génard était fêté le 11 octobre.

Un lieu de sépulture...
      Pour parvenir à l'église, un édifice rural de taille moyenne classé parmi les Monuments historiques en 1907, il faut traverser le vaste cimetière selon une disposition traditionnelle ancienne. Certaines sépultures y sont antérieures à la Révolution.
      A l'intérieur, dans le mur nord de la nef - du côté gauche - a été pratiqué un enfeu (1), c'est-à-dire une sorte de niche funéraire, qui abrite un remarquable gisant gothique classé en 1902. Un enfeu vide existe en face, dans le mur sud.

      Le chevalier, dont on ne connaît pas l'identité, est étendu sur un lit drapé. Sculpté en haut-relief, il est revêtu de sa cotte de mailles et a chaussé ses éperons. Il porte l'épée et l'écu, celui-ci orné d'armoiries. Sa tête repose sur un coussin et ses pieds sur un lion mordu par un dragon. L'homme est représenté les yeux ouverts : il est entré dans la vie éternelle.
      Un second gisant, décapé, mutilé, est conservé au fond de la nef (2). D'autres tombes subsistent dans l'église.




   Un édifice roman...
      L'église se distingue de ses voisines par la richesse de son décor sculpté. Dans la façade s'ouvre un beau portail inscrit entre deux arcades aveugles ; trois colonnes supportent ses voussures ornées de losanges, pointes de diamant, boutons, palmettes et billettes. Un des chapiteaux montre une tête humaine encadrée de deux serpents entrelacés.

      Des faisceaux de contreforts-colonnes rythment l'extérieur du chevet dont l'aspect évoque la Saintonge. La sculpture y est surtout ornementale mais quelques chapiteaux acceptent peut-être une interprétation symbolique. Parmi les animaux, lions et oiseaux - qui dominent dans le Poitou roman - sont les plus représentés. Il existe aussi un lapin. Trouvez-le !

      A l'intérieur, la nef de trois travées vient se lier sans l'intermédiaire d'un transept à un choeur profond terminé par une abside en hémicycle. Le sanctuaire est mis en valeur par la différence de largeur avec la nef. Ses trois baies, ornées d'un tore "limousin" et de dents de scie, s'ouvrent sous des arcades encadrées de courtes colonnes coiffées de chapiteaux.

      En 1740, la nef a été couverte d'un plafond en bois, lui-même remplacé par une voûte de boiserie en anse de panier dans sa première partie ; la seconde partie, attenante au choeur, a été refaite en 1912-1913. Le sanctuaire est doté d'une voûte de pierre en berceau terminé par un cul-de-four.

Le lieu de l'eucharistie...
      L'autel en pierre, qui porte le tabernacle, est soutenu par cinq colonnettes (v. 1860). A cet autel était célébré, dans l'Eucharistie, le mystère de la mort et de résurrection de Jésus-Christ, fils de Dieu et rédempteur.

      Le vitrail d'axe (Lobin, 1860) vient compléter la signification de l'autel : la Nativité, la Crucifixion et l'Ascension rappellent les mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire.

      Deux statues (3) datées des 13e et 15e siècles (personnage tenant un livre, Vierge à l'Enfant) sont à remarquer malgré leurs mutilations.

      Les autres statues sont des plâtres sans grande valeur artistique mais témoignent des dévotions et de la générosité d'une époque. On reconnaîtra :

- Génard (?) (4). Comme aucune manufacture, probablement, ne pouvait proposer de statue de saint Génard, dont le culte très peu répandu ne justifiait pas une création, il semble que l'on ait nommé Génard cet ermite (?) représenté avec un crâne déposé à ses pieds.
- Jeanne d'Arc (5)
- Thérèse de l'Enfant Jésus (6)
- Notre-Dame de Lourdes (7)
- Joseph (9), et en face, une Vierge à l'Enfant (8). Cette disposition, qui n'est pas le fruit du hasard, traduit l'importance autrefois accordée au culte de la Sainte Famille.

         Le Christ du mur sud, selon une disposition autrefois habituelle, faisait face à la chaire à prêcher qui a disparu.

      A remarquer encore, le curieux bénitier (19e s.) qui présente une scène de Péché originel, l'arbre servant de support à la vasque (10). Le geste de se signer avec l'eau bénite, à l'entrée d'une église, rappelle l'eau baptismale et sa riche symbolique : au péché originel, qui éloignait à jamais de Dieu, s'oppose le baptême, qui marque l'entrée dans l'Eglise.

      Au pignon de la façade, juste sous la croix antéfixe qui le couronne, s'ouvre une petite baie dans laquelle oscille l'unique cloche. Regardez bien : la pierre est usée par le mouvement.
      Tout l'Evangile est ici résumé : Dieu, inlassablement, invite les hommes à entendre sa parole et, par la croix de Jésus-Christ, les appelle vers l'éternité.

© PARVIS
juillet 2006
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers