L'église de Saint-
Etienne-la-Cigogne
      (Deux-Sèvres)

Situation




"C'est la maison de Dieu et la porte du ciel."
(Genèse 28, 17)

Une paroisse saintongeaise
      La Cigogne apparaît dans les textes vers 1100. Il ne faut très probablement pas voir dans le nom une référence à l'oiseau échassier migrateur bien connu mais sans doute plus prosaïquement aux poulies avec levier, dites "cigognes", dont étaient munis les puits de la région. Le toponyme peut aussi venir d'un pilori de justice qui porte parfois aussi le nom de "cigogne". Le nom du saint patron de la paroisse lui est peu à peu joint. En 1793, la commune est appelée Plaisance mais dès 1798 reçoit son nom actuel de Saint-Etienne-la-Cigogne.

      La paroisse se trouvait autrefois dans le diocèse de Saintes. Elle dépendait du proche prieuré de l'abbaye bénédictine Saint-Cyprien de Poitiers établi à Doeuil-sur-le-Mignon. Le curé était alternativement choisi par l'évêque de Saintes et par le prieur. Lors du Concordat, la paroisse fut incorporée au diocèse de Poitiers.
      Le saint patron était fêté le 3 août, jour de l'invention des reliques d'Etienne. Cette fête, célébrée en Occident depuis le Xe siècle, a été supprimée en 1961. La Saint Etienne est ordinairement célébrée le 26 décembre. En France, 70 communes portent le nom de ce premier martyr.

Deux périodes critiques
      En 1569, au cours des guerres de Religion, les protestants détruisent à moitié l'église, brisant les vitraux, dépavant la nef, mutilant les piliers, dégradant les murs, enlevant la cloche. Il fallut reconstruire la partie occidentale et la fermer par une haute façade disgracieuse, épaulée par deux contreforts peu élevés et ne présentant rien d'autre qu'une porte toute simple datée de 1669 et, au plus haut, deux baies dont celle de droite abrite une petite cloche.

      L'autre période critique fut la Révolution. L'église fut vendue comme Bien national et fut abandonnée ou servit de grange pendant près de trente ans. En 1821 elle fut rachetée par la commune, avec le concours financier de la duchesse d'Angoulême sollicité par le desservant.
      Les travaux de remise en état eurent lieu de 1823 à 1828 et un curé fut nommé en 1830.

Une présence seigneuriale notable
      En 1599 la seigneurie de Saint-Etienne passe, par mariage, à la famille de La Lande. Au mur sud de la nef, près du choeur, on peut lire une inscription :

"A la mémoire de haut et puissant seigneur messire Robert de La Lande, chevalier de Saint-Etienne, capitaine d'un vaisseau entretenu de la marine, commissaire ordinaire de l'artillerie, conseiller du roy en ses conseils d'état et privé, gentilhomme ordinaire de sa chambre, sous-gouverneur de Sa Majesté et de haute et puissante dame Renée Frottier de La Messelière, son épouse 1628-1643."
      De nombreux membres de la famille ont été enterrés dans l'église. A la hauteur de l'inscription précédente se trouve une dalle sur laquelle on peut lire :

"Ci gist le corps de noble dame Marie Thérèse de Fleuri, épouse de messire Charles de La Lande, chevalier de Saint-Etienne, aagée de 24 ans. 1697."
      En 1911, une branche de la famille de La Lande a racheté ce qui avait été la seigneurie de Saint-Etienne. Au mur sud de la première travée de la nef, on lit :

"Cette voûte, détruite pendant les guerres de Religion, a été reconstruite en l'an 1937 grâce à la générosité de M. le comte A. de La Lande et aux Monuments historiques. H. Pointecoutault, curé de la paroisse."
      Malgré toutes les vicissitudes de l'histoire, l'église de Saint-Etienne-la-Cigogne conserve une grande partie de la construction romane. Elle a d'ailleurs été classée Monument historique le 21 février 1914.

Une église en grande partie romane
      On aura compris que la façade et la nef ont trop souffert pour garder beaucoup d'intérêt mais la longue travée du choeur, en berceau brisé, et l'abside en hémicycle voûtée en cul de four brisé sont du meilleur style roman. En raison de l'absence de collatéraux et de transept, cette partie attire toute l'attention d'autant plus que l'arc triomphal - celui qui sépare la nef du chœur - est porté par des faisceaux compacts de sept colonnes qui introduisent une nette rupure dans le plan de l'édifice.
      Comme à Aulnay, on trouve ici une alternance régulière de grand appareil avec des lits plus minces et une grande perfection des joints. Le style des chapiteaux et le lexique ornemental sont aussi à rapprocher d'Aulnay.


      A l'extérieur, on peut admirer la beauté du chevet avec ses cinq arcades dont trois sont percées de baies en plein cintre. Leur arc double dépourvu de décor est entouré de pointes de diamant. Leurs colonnettes descendent jusqu'au sol, épaulant les contreforts-colonnes jumelés qui séparent les arcades. Une partie des modillons sont anciens.

         Du côté nord de l'église, la corniche de la travée de la nef a conservé ses modillons anciens et elle est épaulée par un énorme contrefort dans lequel a été aménagé un ossuaire, ouvert sur son côté est.
      Dans le cimetière paroissial, de nombreuses tombes anciennes sont encore visibles.

L'intérieur du sanctuaire
      Les trois vitraux de l'abside sont des grisailles d'ornement. Sur le devant de l'autel est représenté l'Agneau de l'Apocalypse avec le livre aux sept sceaux, une iconographie très répandue au XIXe siècle. Seul l'Agneau, figure du Christ ressuscité, est digne d'ouvrir le livre scellé car, lit-on :

      "Tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu au prix de ton sang des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; tu as fait d'eux pour notre Dieu une royauté de prêtres règnant sur la terre." (Apocalypse 5, 9-10)

© PARVIS
octobre 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers