"Pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera..."
(Malachie 3, 20)
Une sainte légendaire
La vie de sainte Soline, autrefois fêtée le 17 mai, ne manque dans ses différentes versions ni d'invraisemblances ni d'anachronismes. Cette jeune fille, native du Mellois au 1° siècle, aurait subi le martyre à Chartres. Ses restes y furent inhumés dans l'église Saint-Père. Soline, Souline, Soulaine... : il faut sans doute retenir des variantes de ce nom leur caractère solaire, rappelé naguère dans l'oraison de la messe de la sainte mythique née sur les bords de la Dive.
Le jeune abbé Louis-Edouard Pie, qui deviendra au 19° siècle évêque de Poitiers, avait été vicaire à Saint-Père de Chartres. Sainte-Soline lui était donc familière. Un édifice amputé
Seule église paroissiale placée sous ce vocable dans le diocèse, l'église de Sainte-Soline s'élève dans un environnement antique impressionnant, tout près de la voie romaine qui reliait Limonum (Poitiers) à Mediolanum (Saintes) par Rom et Brioux.
Elle dépendait de l'abbaye augustine de Saint-Séverin.
A la suite d'un incendie, elle fut amputée de son sanctuaire.
Sur l'emplacement du chevet en hémicycle a été construite l'actuelle mairie. Le chevet plat de l'église et les arcs qu'il montre encore, témoignent de la démolition du sanctuaire roman.
En 1740, la charpente du clocher fut restaurée. On raconte qu'un certain Mironneau traça son épure dans la cour de l'auberge voisine.
On pénétrait autrefois dans l'église par un portail roman accosté de deux arcades aveugles. Ce dispositif, très répandu dans la région, a été supprimé au profit d'une porte sans style en 1785. De même, le "ballet", ou auvent, qui protégeait la porte et abritait les paroissiens disparut au 19° siècle.
Une importante campagne de restauration commença en 1896, sous la direction de l'architecte Boutaud. Les "platins" - pierres plates de couverture très utilisées dans la région : Vançais, Clussais... - furent notamment remplacés par des ardoises.
L'intérieur
L'édifice comprend quatre travées. La première a reçu une voûte sur croisée d'ogives probablement au début du 13° siècle. Elle a été, au cours des restaurations, modifiée et renforcée pour asseoir le clocher. Le vaisseau central, rythmé par des arcs doubleaux brisés, est épaulé par des collatéraux très étroits. Leur voûte en demi-berceau est raidie au droit des supports par des arcs diaphragmes.
Les chapiteaux sont ornés de feuillages mais aussi de masques grossiers, de lions affrontés et même d'une sirène à double queue. L'artiste est plus à l'aise dans le décor végétal, traité en faible relief avec une certaine élégance, que dans le figuratif où sa technique imprécise ne lui permet pas d'exceller.
On remarquera encore les croix de consécration, parmi lesquelles 6 sont anciennes.
Le mobilier
L'ancien maître-autel a été installé par l'abbé Argenton en 1873. Il montre, sur le devant, la scène des pèlerins d'Emmaüs, évocatrice de l'eucharistie.
Après la Révolution, la paroisse ne fut pas immédiatement rétablie mais desservie par les curés de Melle, Clussais et Vançais. L'abbé Argenton fut son premier curé de 1829 à 1876. On lui doit de nombreux embellissements.
Dans la première travée, deux vitraux provenant des ateliers Dagrant, de Bordeaux, datent de 1896. Ils montrent, à gauche, Martial, évêque de Limoges, baptisant Soline, à droite, le même lui donnant sa première communion. De nombreux détails comme l'hostie, le vêtement de l'évêque... ne contribuent guère à la vraisemblance de cette rencontre incertaine.
Dans l'axe, la Sainte Soline devant le gouverneur de Chartres est due à Fournier, de Tours, en 1883. La même scène existe à Saint-Père de Chartres.
Les deux grisailles d'ornement proches de l'autel ont été réalisées par les frères Guérithault, maîtres verriers de Poitiers, vers 1870. Deux autres furent offertes en 1883.
Les statues sont des plâtres polychromés modernes. Joseph et Marie, offerts pour une première communion selon un usage assez fréquent à cette époque, datent aussi de 1883. Ils mettent en valeur le culte de la Sainte Famille alors très répandu. Thérèse de l'Enfant Jésus et Jeanne d'Arc témoignent d'autres dévotions du début du 20° siècle.
La statue de Soline, dans la chapelle sous clocher, ne porte que la palme du martyre, aucun attribut caractéristique n'étant attaché à l'iconographie de la sainte.
Le reliquaire de sainte Soline a été confectionné en 1901 lorsque des reliques de la sainte patronne de l'église furent offertes par Saint-Père de Chartres.
Au cours des âges, des reliques dont on peut aujourd'hui affirmer le caractère inauthentique ont parfois été vénérées. L'insuffisance des connaissances historiques explique ces dévotions populaires qui restent respectables : à travers la matérialité de la relique, c'est vers Dieu, unique source de salut, que l'on dirigeait sa confiance. L'authenticité de la relique n'est rien face à l'authenticité de la foi et de la prière.
On remarquera enfin, dans le mur de la dernière travée, à gauche, une jolie piscine ornée de trois visages imbriqués. Difficile à dater, elle peut être médiévale.
Cloches...
La cloche, ayant été détruite à la Révolution, fut remplacée, en 1832, par une clochette. En 1878, une souscription permit d'installer une vraie cloche dans le clocher. Fondue à La Mothe en 1827, elle fut acquise pour la somme collectée et le don de la petite cloche qui prit place dans la chapelle de la Villedieu de La Mothe.