L'église Sainte-Eulalie
de Secondigny
    (Deux-Sèvres)

Situation




"...ils se tiennent devant le trône de Dieu,
et lui rendent un culte jour et nuit dans son temple."

(Apocalypse 7, 15)

L'histoire
      Le nom de Secondigny apparaît dans l'histoire en 962 mais c'est vers 1070 que Josselin II, seigneur de Parthenay et archevêque de Bordeaux, et Simon, son frère, permettent à l'abbaye de Bourgueil de construire une église et un bourg en ce lieu.

L'église, comme à Benet, est placée sous le vocable de sainte Eulalie, jeune martyre espagnole qui aurait péri par le feu à Merida en 303. Le culte de sainte Eulalie se répand en France au 11e siècle, au temps des croisades contre les musulmans qui occupent alors l'Espagne.
      Cent ans plus tard, l'extension du château englobe l'église. Son chevet roman est alors remanié. Par la suite, son transept sera couvert de voûtes gothiques dites Plantagenêt.
      Elle subira au moins deux incendies, dont l'un au cours de la Révolution.
      En 1898, elle perd sa façade occidentale lorsque sa nef est prolongée de quatre travées. L'édifice, dont les parties les plus anciennes ont été classées Monument historique en 1929, a fait l'objet d'une campagne de restauration à partir de 1975.


L'architecture et le décor
      L'église est régulièrement orientée. A l'extérieur, elle présente les caractéristiques de nombreuses églises de Gâtine : construction en granit et clocher octogonal.

L'implantation du clocher sur le bras sud du transept est inhabituelle : les clochers sont généralement élevés sur le carré du transept, au centre de l'église, parfois en façade ou dans un angle.
      Un porche remanié protège la porte sud, romane, par laquelle on pénètre dans l'église. Elle présente trois voussures en arc brisé, sculptées de motifs ornementaux, qui retombent sur des chapiteaux. Certaines corbeilles s'ornent d'un décor végétal.


On remarquera surtout les deux oiseaux s'abreuvant à une même coupe, scène dans laquelle il faut probablement reconnaître un symbole eucharistique. Un personnage attaqué par un animal féroce a pu, quant à lui, faire évoquer un passage de l'Apocalypse (12, 4-5).
      La nef a trois vaisseaux. Le vaisseau central est voûté en berceau brisé, les collatéraux en demi-berceau. Cette formule, également mise en œuvre à Parthenay-le-Vieux, pourrait être d'origine auvergnate. Seules les deux travées les plus proches du transept sont entièrement romanes, la troisième a été retouchée, les autres sont modernes.
      Les supports se composent d'un noyau carré dans lequel s'engagent quatre colonnes.
      Les chapiteaux romans, en granit ou en calcaire, présentent le plus souvent un décor de feuillages. Il faudra s'attarder, dans la nef, sur les griffons affrontés, sur le chevalier couché au-dessus de deux animaux, dans le transept, sur d'autres animaux - des lions ? - tirant des langues démesurées.

Des éléments sculptés de l'ancienne façade ont été remployés dans la façade moderne dont le portail, détail amusant, n'a jamais été utilisé : on peut s'en convaincre en observant que ses marches n'ont pas été posées.
      La sculpture des chapiteaux est concurrencée par celle des voûtes gothiques : clés et retombées des nervures. De délicieux petits personnages sont représentés, l'un tenant un livre, un autre jouant du pipeau, un autre encore se bouchant les oreilles.

On reconnaît encore, sur les clés, l'Agneau christique - dont la tête est entourée d'un nimbe crucifère - portant une croix et le Christ qui, de la main gauche, tient un livre et, de la droite, manifeste la Trinité.

Le christ
      Le grand Christ aujourd'hui dans le chœur appartient à l'impressionnante série des crucifix en bois polychrome encore conservés dans le diocèse.
      Jésus est déjà mort. Ses bras forment un V largement ouvert. Sa tête, coiffée de la couronne d'épines, s'incline sur le côté. Ses pieds sont superposés et sa taille est ceinte du perizonium (pagne), peu marqué. L'expression sereine du visage dépasse les souffrances de la Croix et invite à déjà méditer le mystère de la Résurrection.
      La datation d'une telle œuvre est difficile et peut se situer entre la fin du 16e et le 18e siècle.


A voir encore
      De nombreuses traces de peintures murales découvertes à partir de 1975, notamment sur le mur nord : saint Christophe, ange, rinceaux... (13e et 14e siècles).
      Les trois autels modernes (19e et 20e siècles) avec, de gauche à droite : l'Annonciation entre des lis, la Cène, l'apparition du Christ à la visitandine Marguerite-Marie, à l'origine du renouveau de la dévotion au Sacré Cœur.

      Les vitraux du chevet (19e et 20e siècles) : l'Assomption, vitrail moderne dans une grande baie à réseau, saint Barthélemy et saint Blaise.
      Le chemin de Croix érigé en 1921 et les fragments sculptés de la chaire remployés dans l'autel et le pupitre.

© PARVIS
mars 2003
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers