Le site
Le seuil du Poitou reliait la Gaule du nord à l'Aquitaine. Des courants économiques unissaient par ailleurs le golfe du Lion à l'Atlantique. Au carrefour des deux axes de circulation, un centre devait s'imposer : ce sera Lemonum.
Le site est sans conteste le meilleur : un vaste oppidum entre Clain et Boivre que son isthme étroit - le nom de la Tranchée est évocateur - permet de défendre aisément.
A partir de Lemonum, les voies antiques forment une étoile et relient la cité des Pictons aux capitales voisines.
L'Antiquité
De la préhistoire et de la protohistoire, la ville n'a guère conservé de vestiges, mais il faut cependant mentionner le dolmen de la Pierre Levée, évoqué par Rabelais, qui étudia à Poitiers.
La ville est citée pour la première fois en -51 dans le De bello Gallico : les Pictons sont fidèles aux Romains, ce qui leur vaudra d'être assiégés.
Pour l'époque gallo-romaine, les vestiges abondent. Toute excavation ou presque révèle de nouvelles structures. Le tracé des rues les plus anciennes conserve par endroits le plan de la ville antique.
De tous les monuments gallo-romains, le plus impressionnant était sans conteste les "arènes" du 1er siècle. Cet amphithéâtre, le plus vaste de toute l'Aquitaine, fut stupidement détruit au 19e siècle.
Au 4e siècle, la ville est dotée d'une enceinte fortifiée. Longue de 2600 m, elle circonscrit une aire de 42 hectares.
L'Antiquité tardive et le haut Moyen-Age
Saint Hilaire est le premier évêque connu de Poitiers (351 ? - 367 ou 368). Exilé pour avoir défendu la foi trinitaire dans une Gaule acquise à l'arianisme, il reviendra d'Orient et finira ses jours dans son diocèse. Il est l'un des Pères de l'Eglise et l'auteur du De Trinitate.
A la même époque, Martin, qui a rencontré Hilaire, fonde à Ligugé, non loin de la ville, l'un des premiers monastères d'Occident.
La première communauté chrétienne s'installe dans les bas-quartiers, près du rempart. C'est là que va, peu à peu, se construire l'ensemble cathédral.
Au milieu du 6e siècle, la reine Radegonde, fuyant les violences de la cour, fonde Sainte-Croix, une abbaye de femmes. Venance Fortunat, son confident et son biographe, deviendra évêque ; il est aussi l'auteur de l'hymne Vexilla regis.
Toutes les églises s'élèvent sur le flan oriental du promontoire, dans l'enceinte gallo-romaine. Trois exceptions : Saint-Hilaire, à la sortie de la ville, Sainte-Marie - qui deviendra Sainte-Radegonde -, à l'extérieur du rempart, et Saint-Porchaire, la seule sur le plateau.
Non loin de la Pierre Levée, l'abbé Mellebaude fait construire au début du 8e siècle un hypogée, à la fois caveau funéraire et oratoire. Ce monument complexe et rare, actuellement fermé, est l'un des trésors de Poitiers.
Les temps carolingiens
Au 9e siècle, on assiste à l'émergence des comtes de Poitou, qui deviendront bientôt ducs d'Aquitaine. Leur lignée durera jusqu'en 1137. La ville est prise par les Normands mais, par la suite, la vieille enceinte semble la protéger efficacement.
Une seconde abbaye de femmes, la Trinité, est fondée. Le plateau se revitalise avec la construction du palais comtal, de Notre-Dame-la-Grande, de Saint-Germain, la fortification du quartier Saint-Hilaire...
Poitiers s'étend sur la rive droite du Clain, où sont fondées l'abbaye Saint-Cyprien et l'église Saint-Saturnin.
La ville s'organise : on distingue les "citoyens", les "bourgeois" des quartiers périphiriques et les paysans (rustici).
Les temps romains
Les fondations se poursuivent sur le plateau, collégiale Saint-Nicolas, paroisses Saint-Cybard et Saint-Didier...
Les grands chantiers, qui foisonnent, font de Poitiers l'un des plus grands foyers artistiques du 11e siècle. Dans le troisième tiers de ce siècle apparaît l'abbaye clunisienne Saint-Jean-de-Montierneuf qui conclura cette période faste.
Tandis que les faubourgs s'étendent, une nouvelle enceinte fortifiée se développe sur plus de six kilomètres. Elle existera jusqu'aux grands aménagements du 18e siècle qui créeront des boulevards sur son emplacement.
La mort d'Aliénor d'Aquitaine et la prise de la ville par Philippe-Auguste : ces deux événements, en 1204 signent la fin de la période "aquitaine". Poitiers va se rattacher à la France du nord ; le style des portails de la cathédrale témoigne de ce changement.
La fin du Moyen-Age
La construction du château, au 13e siècle, répond à deux soucis de l'autorité royale : renforcer la défense de la ville à son point faible du confluent et exercer un contrôle sur la jeune commune.
La ville voit s'installer les ordres mendiants : Frères Prêcheurs, puis Cordeliers. Suivent bientôt les Augustins et les Carmes.
Philippe le Bel y rencontre le pape Clément V lors de l'affaire des Templiers. Les Hospitaliers, qui prendront le relais de ces derniers, installent à Poitiers leur grand prieuré d'Aquitaine.
De la période gothique, pour l'architecture religieuse nous restent principalement la nef de Sainte-Radegonde et le choeur de Montierneuf.
La guerre de Cent Ans entraîne un nouveau renforcement des défenses. C'est à Poitiers que Jeanne d'Arc subira un premier interrogatoire.
Le duc Jean de Berry modernise le château, qui figure parmi les célèbres illustrations de ses Très Riches Heures. Il reconstruit également la grande salle du Palais. La création de l'université, en 1431 affirme encore le statut de capitale régionale que Poitiers conservera.
Malgré le partage, en 1317, de l'immense territoire hérité de saint Hilaire, le diocèse de Poitiers reste l'un des plus importants de France.