L'église Saint-Porchaire
de Poitiers
      (Vienne)

Situation




Les origines
      L’église Saint-Porchaire est une fondation de l’époque carolingienne, due au chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand.

      Porchaire est un abbé de Saint-Hilaire de la fin du 6ème siècle, qui, à sa mort, fut enterré en une petite église Saint-Sauveur hors les murs de l’enceinte gallo-romaine. Après les grandes invasions normandes, à la fin du 9ème siècle, le trésorier du chapitre de Saint-Hilaire, Theotadus, fit construire une église Saint-Porchaire, près de Saint-Sauveur. Les restes de Porchaire y furent sans doute alors transportés. Reconnus en 1676, ils ont été placés, dans leur sarcophage de pierre, au centre du chœur de l’église actuelle, en 1951.

      Cette fondation est à mettre en relation avec la formation d’un nouveau quartier marchand, proche du marché (la place Leclerc) que les textes citent à la fin du 10ème siècle.

      De l’église carolingienne restent les murs occidentaux sur lesquels s’appuie le clocher-porche roman.

L’église romane
      En 1068 l’église Saint Porchaire est rattachée à l’abbaye bénédictine de Bourgueil. Elle sera donc dès lors à la fois paroissiale et siège d’un prieuré situé à l’emplacement de l’actuel presbytère. Le cimetière paroissial était du côté sud.

      Le clocher-porche date du dernier tiers du 11ème siècle : rez-de-chaussée voûté d’un berceau plein cintre et deux étages surmontés d’une toiture en pavillon, en place de la flèche qui avait été prévue. Sur le chapiteau de l’entrée, à droite, est représenté le prophète Daniel jeté dans la fosse aux lions, mais protégé par l’ange de Dieu (Daniel, 6). Au milieu du 15ème siècle la cloche de l’Université a été placée en ce clocher : elle y est toujours conservée.

Une église double
      Au début du 16ème siècle l’église romane est fort délabrée et ses murs menacent ruine. En février 1509 le curé et les paroissiens en décident la reconstruction. En 1520 les travaux sont terminés.

      La nouvelle construction forme une grande salle rectangulaire, que trois colonnes partagent en deux nefs égales. Les colonnes n’ont pas de chapiteaux : les nervures pénètrent directement dans les colonnes, ce qui donne un très bel effet. Ce plan en deux nefs a été imaginé par les frères prêcheurs à Saint-Jacques de Toulouse au 13ème siècle. A Saint-Porchaire l’entrée ouvre sur la nef nord, dont l’autel était réservé à la paroisse ; la nouvelle construction y a ajouté du côté sud, une nef réservée aux moines du prieuré.

      Au milieu du 16ème siècle des chapelles latérales très peu profondes ont été ajoutées du côté nord, deux autres seront plus tard installées au sud-ouest.

   Les autels...
      La table du grand autel, dans la nef nord, en marbre rouge, provient de l’abbaye bénédictine de Saint-Cyprien de Poitiers (disparue). Le magnifique tabernacle en bois sculpté et peint, de 1680, provient de la petite église rurale de Lhommaizé ; il offre toujours un magnifique arrière-plan, proche de l'autel installé pour une célébration face au peuple.

      Au bout de la nef sud, le petit autel du 17ème siècle, est de qualité. On admirera la très belle statue en bois polychromée qui le domine. Elle provient de la proche église Saint-Didier (disparue) où elle ornait la chapelle de la confrérie de la Bonne Mort : Marie montre à son Fils la terre où reposent les défunts, l’Enfant lui désigne le ciel, espoir des croyants.

      Au 16ème siècle, des peintures figurant les 12 apôtres, chacun tenant un article du Credo, ornaient les murs. On reconnaît encore André, à gauche, et Philippe, à droite.

      On pourra encore admirer la table de communion de style Louis XIV, la chaire du 17ème siècle, le lutrin du 18ème siècle.
     

...et les vitraux d'Henri Carot (1850-1919)
      Les vitraux ont été réalisés en 1912 mais dans le goût de l'époque à laquelle fut construit le chœur (achevé en 1520). Leur architecture en grisaille, semblable pour les quatre baies, rappelle les vitraux de la fin du 15ème siècle.
      Sur un fond de tentures de couleurs vives se tiennent des personnages, tous de même taille, avec des nimbes de tons variés. Leurs visages blancs leur donnent l'apparence de statues de marbre, comme d'ailleurs les symboles des évangélistes. Certains des socles qui les portent sont ornés de petites figures de patriarches et de prophètes : l'Ancien Testament n'est-il pas le "soubassement" de la foi chrétienne ?

      Les deux vitraux latéraux figurent les quatre évangélistes avec leurs attributs. A droite : Luc et Jean, au-dessus, la Pentecôte. A gauche : Matthieu et Marc, au-dessus, l'appel des apôtres.
      Chacun tient une banderole - ou phylactère - sur laquelle s'inscrivent les premiers mots de son évangile.

      Le vitrail de l'autel majeur représente le Christ ressuscité apparaissant à Marie-Madeleine. Il s'inspire d'un vitrail de Girard de Mole, à la cathédrale d'Auch.
      Marie-Madeleine porte un coffret contenant des aromates destinés à embaumer le corps de Jésus. Son costume, avec des fourrures bordant la robe et le manteau, est celui des dames de la fin du 15e siècle. Sa coiffure ajoute une note orientale.
      Le Christ vainqueur de la mort, vêtu d'un manteau rouge, tient l'étendard de sa victoire marqué d'une croix. De la main, il semble dire à Marie-Madeleine :
      "Ne me retiens pas (…) mais va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père." (Jean 20, 17)

      Le vitrail de l'autel de la Vierge a pour sujet la Nativité. Il s'inspire d'un tableau de Barth Zeiblom, peintre de la seconde moitié du 15ème siècle.
      L'Enfant Jésus est couché par terre ; c'est au 16ème siècle que l'on commencera à le poser sur la paille. Il est tout petit, à peine visible, mais Marie et Joseph sont à genoux devant lui.
      Joseph porte le costume bourgeois de l'époque, avec une coiffure originale. A sa ceinture, une bourse ; à sa main, une bougie : dans les représentations plus tardives, il sera tête nue et portera une lanterne.
      Marie, au visage jeune et doux, est vêtue d'un manteau bleu. Ses mains jointes sont dirigées vers l'Enfant : elle prie et "médite tout cela dans son cœur". (Luc 2, 19)
      Curieuse inversion : au-dessus de la Résurrection est représentée l'Annonce aux bergers, au-dessus de la Nativité... la Crucifixion !

      Devenu simple bénéfice, le prieuré Saint-Porchaire fut réuni en 1710 au Petit Séminaire Saint-Charles de Poitiers, l’église restant le siège d’une importante paroisse au cœur de la ville. L’église devient le lieu d’assemblée pour le culte décadaire sous la Révolution. Elle retrouve sa fonction paroissiale après le Concordat de 1801.

      En 1843 le Conseil Municipal avait décidé de détruire le clocher pour élargir la rue. Il fallut une vigoureuse campagne pour sauver le monument et le faire classer au titre des monuments historiques. Le clocher est aujourd’hui un repère familier de la rue la plus fréquentée de la ville. Il est aussi pour ceux qui le souhaitent, l’entrée d’un lieu de prière et de recueillement, dans un cadre original, qui mérite d’être découvert.

© PARVIS
mars 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers