L'église Sainte-
Radegonde de Poitiers
      (Vienne)

Situation




"Voici que brille le mystère de la croix."
(Saint Fortunat)

Le tombeau de Radegonde
      Radegonde, née vers 520, fille du roi de Thuringe, est emmenée en captivité par le roi franc Clotaire, fils de Clovis, qui l’épousera lorsqu’elle sera devenue adulte. Radegonde assure pleinement son rôle d’épouse et de reine pendant quelques années, mais déjà désire se consacrer à Dieu. Elle finit par obtenir de Clothaire qu’il la laisse suivre sa vraie vocation, et elle se retire à Poitiers où elle fait construire un monastère de femme entre le baptistère Saint-Jean et les remparts de la ville. Lorsqu’elle aura obtenu de l’empereur de Constantinople une relique de la Vraie Croix, ce sera l’abbaye Sainte-Croix. Après une trentaine d’années de vie de simple moniale Radegonde meurt en 587. Comme il était alors interdit d’enterrer à l’intérieur des murs d’une ville, elle avait fait construire, en dehors de l’enceinte une église, Sainte Marie, où son corps fut déposé, et qui sera vite appelée Sainte-Radegonde. Dès le début de nombreux miracles auront lieu auprès du tombeau de la sainte reine. Pendant des siècles et jusqu’à nos jours l’église Sainte-Radegonde sera l’église du tombeau de Radegonde - de nombreux ex-voto en témoignent - où l’on viendra prier et demander l’intercession de la sainte.

L’église romane
      L’église sera desservie par une communauté de clercs, qui, à partir du 10ème siècle, sera organisée en collège de chanoines, qui assureront le service de la prière des heures auprès du tombeau de la sainte. Elle sera aussi église de paroisse pour le bourg qui se formera autour d’elle.

      Plusieurs édifices se sont succédés depuis le 6ème siècle. L’église actuelle est une reconstruction de la fin du 11ème siècle (dédicace en 1099). On en admirera, de l’extérieur, l’élégant chevet qui traduit clairement le plan : une crypte éclairée de jours, un niveau de trois absidioles rayonnantes, une abside à sept pans éclairée de 5 larges baies, le mur oriental de la nef surmonté d’une flèche (postérieure).

      En revenant à l’ouest pour entrer dans l’église, on s’arrêtera un temps sur le petit parvis pavé entouré de murs, précieux et rare témoignage d’une cour de justice du Moyen Age, avec le siège du juge en face de l’entrée.

      Roman aussi est le clocher-porche, à l’exception de la porte réaménagée au 15ème siècle : porche, salle haute, étage de cloches, avec passage du carré à l’octogone, toit à pans coupés. Dans le porche on admirera deux beaux bas-reliefs romans, représentant l’un le Christ, l’autre une figure de femme, où l’on a vu la Vierge, Ste Radegonde, ou encore la personnification de l’Eglise.

Nef et vitraux de l’époque gothique
      Une nef du début du 13ème siècle réunit aujourd’hui le clocher-porche au chevet. Les quatre voûtes bombées sont articulées par des ogives et des liernes. Les murs latéraux sont renforcés par des arcatures basses et une superbe suite d’une centaine de modillons supporte la coursière de circulation. Il reste encore de beaux vitraux de la seconde moitié du 13ème siècle et du 14ème siècle, vie et miracles de Radegonde dans les baies jumelles des deux premières travées nord, grand vitrail de la vie du Christ et du Jugement dernier et vie de saint Blaise, du même côté nord.

      Du côté sud, près du chœur, se trouve la chapelle Sainte-Madeleine, du début du 13ème siècle, avec sculptures de rois et de reines en buste et clef de voûte représentant le Christ.

         Dans la nef les tableaux du 17ème siècle sont consacrés à l’Annonciation, l’Adoration des mages, la Présentation de l’Enfant au Temple, la Crucifixion, saint Charles Borromée… Dans le mur sud un enfeu abrite le groupe sculpté du Pas-de-Dieu (17ème siècle) : le Christ apparaît à Radegonde un an avant sa mort et lui annonce qu’il l’accueillera bientôt au Paradis, laissant, de son passage, la trace de son pied dans la pierre.

      Le chœur est fortement surélevé du fait de la présence de la crypte. Les peintures murales gothiques - trop restaurées au 19ème siècle - s’organisent autour du buste du Christ. Les vitraux du 19ème siècle ont en leur centre la croix, qu’entourent Radegonde et son ami et conseiller saint Fortunat qui sera évêque de Poitiers.

      L’église est placée sous le patronage de la sainte reine et moniale qui invite à la suivre, à son exemple, le Christ et sa Croix.

© PARVIS
février 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers