L'église Notre-Dame
-la-Grande de Poitiers
      (Vienne)

Situation




"Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, auquel
on donnera le nom d’Emmanuel, nom qui se traduit : Dieu avec nous."

(Evangile de Matthieu 1, 23)

Une église collégiale et paroissiale
      Non, ce n’est pas la «cathédrale Notre-Dame», comme parfois on l’entend dire par des visiteurs. Mais c’est une fondation de l’évêque et de son chapitre à l’époque carolingienne pour desservir le quartier du palais des comtes de Poitou et de ce qui sera-ou est déjà- le marché de la ville.

      Les chanoines séculiers, au nombre de 17 dont l’abbé à partir du 13ème siècle, assureront la prière des heures à l’instar des moines. Mais ils n’étaient pas astreints à la pauvreté et avaient des maisons particulières qui, avec le cloître et la salle capitulaire, occupaient la majeure partie de la place actuelle. L’église aura aussi une fonction paroissiale pour les habitants de ce quartier de notables, avec un cimetière qui se trouvait au chevet de l’église. Depuis la Révolution elle n’est plus que paroissiale.

Une façade romane exceptionnelle
      Pour l’essentiel l’église actuelle est romane, construite au 11ème siècle (la dédicace a lieu en 1086), avec adjonction au début du 12ème siècle des deux premières travées de la nef et de l’admirable page de la sculpture romane qu’est la façade. Les deux arcades qui entourent la porte d’entrée traduisent le plan intérieur : une nef centrale et deux nefs collatérales. L’attention se portera principalement sur la célèbre frise qui couronne ce premier registre. Elle met en scène la faute originelle d’Adam et Eve, l’attente de l’Ancien Testament, l’Incarnation de Jésus, fils de Dieu, prenant chair d’une femme, Marie, pour racheter le péché du monde. Au départ on voit Adam et Eve nus, de part et d’autre de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tentés par le serpent (Genèse, 2). Les cinq personnages qui suivent, le roi Nabuchodonosor et quatre prophètes, Daniel, Jérémie, Isaïe, Moïse, témoignent de l’annonce du Messie dès le temps de l’Ancienne Alliance. Leur présence dérive d’un sermon d’un évêque de Carthage au 5ème siècle, Quodvultdeus («ce que veut Dieu») pour convaincre les juifs que le Christ est bien le Messie annoncé par les prophètes et même les païens comme le roi Nabuchodonosor, en effet celui-ci, après que Daniel lui a expliqué son rêve et que trois jeunes Hébreux ont été épargnés par la fournaise dans laquelle ils avaient été jetés, a reconnu le Dieu des Juifs, le «Roi du ciel dont toutes les œuvres sont vérité, toutes les voies justice» (Daniel, 3 et 4). On lira ensuite facilement les scènes suivantes : l’Annonciation de l’ange à Marie, l’Arbre de Jessé - ancêtre de Jésus (Matthieu, 1), la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth, la Nativité, le Bain de l’Enfant (inspiré d’un évangile apocryphe), la Méditation de Joseph devant l’événement.

      Il faut encore poursuivre la lecture dans le sens vertical. C’est aux apôtres et, à leur suite, aux évêques - c’est-à-dire à l’Eglise - qu’a été confiée la tâche de répandre la Bonne Nouvelle (c’est le sens du mot évangile) dans le monde, pour guider celui-ci vers le Christ, au pignon de cette façade, qui donne sens à l’Histoire de l’humanité : «Voici que je fais l’univers nouveau» (Apocalypse 21, 5).

Marie "la grande"
      Après l’éblouissement de cette page grandiose on sera peut-être un peu déçu en entrant dans l’église : elle n’est éclairée que parcimonieusement, elle paraît un peu trapue du fait que le pavage actuel n’est pas au niveau ancien - on aura remarqué que l’on ne voit pas les bases des colonnes, les peintures des piliers ont été excessivement retouchées au 19ème siècle.

         Il faut surtout, faire un effort, pour admirer le superbe programme peint, malheureusement très effacé, du cul de four de l’abside, au-dessus de l’autel. Au centre d’un carré trône le Christ en Gloire, entouré des apôtres. Vers la nef l’Agneau, entre des anges, guide les âmes vers le Paradis. A l’est, entourée de saintes femmes, la Vierge assise présente l’Enfant Jésus sur ses genoux. C’est la première des femmes, la «Grande», celle en qui a pris chair Jésus, pour sauver le monde.

      La statue de la Vierge à l’Enfant, tenant les clés (17ème siècle), au fond du chœur, rappelle que Marie s’est aussi montrée la protectrice de la cité de Poitiers, en gardant les clés que voulait dérober un traître pour livrer la ville aux Anglais. Ce «miracle des clés» a été célébré à partir du 15ème siècle et jusqu’en 1887 par une grande procession autour de la ville.

Une couronne de chapelles des 15ème et 16ème siècles
      L’église romane avait un déambulatoire et trois chapelles rayonnantes. La piété des notables de la paroisse lui a ajouté une série de chapelles. Du côté sud la présence d’un porche du XVème et d’un porche roman ne permettait guère d’extensions. On admire particulièrement l’élégante chapelle Sainte-Anne, due à Yvon du Fou et à sa femme Anne en 1475, construite à l’emplacement d’une des absidioles romanes. Sous l’enfeu où avaient reposé les fondateurs on a placé en 1802 une saisissante Mise au tombeau, de 1555, provenant de l’abbaye de la Trinité.

      La chapelle d’axe était, avant le Révolution, la chapelle de la paroisse.

      Du côté nord se succèdent, d’est en ouest, des chapelles de notables poitevins, qui évoluent du style gothique au style de la Renaissance. Elles sont aujourd’hui éclairées par des vitraux des 19ème et 20ème siècles, et abritent momentanément des statues de la Vierge, de sainte Radegonde, de l’Ange gardien et du moribond, et une pietà du 17ème siècle. En revenant vers la porte occidentale le groupe en bois polychrome, adossé au premier pilier du collatéral nord, dit la Sainte Parenté (XVIème siècle), sainte Anne, la Vierge, Marie Cléophas, Marie Salomé, l’Enfant Jésus, les fils des deux Marie Cleophas et Salomé.

© PARVIS
janvier 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers