La cathédrale Saint-
Pierre de Poitiers
      (Vienne)

Situation




L’église-mère du diocèse
      La cathédrale est l’église de l’évêque, c’est là qu’il a son siège (cathedra en latin). Jusqu’à la Révolution de 1789 un chapitre de chanoines y a assuré le service du culte, la prière des heures de chaque jour ; il a eu aussi un certain temps la charge d’élire le nouvel évêque lors des vacances de siège. Chanoines et personnel auxiliaire de chapelains et clercs représentaient plusieurs dizaines de personnes, d’où l’importance du chœur et le nombre de stalles. La nef était réservée aux grandes cérémonies et aux deux réunions synodales annuelles d’un très vaste diocèse qui, au moment de la construction de l’actuel édifice, comptait plus de 1200 paroisses.

      Après la Révolution la cathédrale est devenue église paroissiale. Elle reste l’église de l’évêque et le lieu privilégié des grands moments diocésains.

Un long chantier gothique
      La construction de l’actuel édifice s’étale sur plus de deux siècles, du milieu du 12ème à la fin du 14ème siècle (dédicace en 1379).

      Elle a commencé par les deux travées orientales et le bras sud du transept. Les voûtes de cette première campagne se reconnaissent à leurs grosses nervures dépourvues de clé. Plus on avance vers l’ouest, plus les nervures sont fines, tandis que les baies passent d’un style encore marqué par l’âge roman à un gothique évolué (style rayonnant). La façade occidentale date pour l’essentiel du deuxième tiers du 13ème siècle. Elle s’inspire des grandes cathédrales gothiques du nord (Paris…) et du centre (Bourges…). C’est ainsi que s’y développent trois tympans, alors que les églises romanes du Poitou ignorent le tympan. Au tympan central trône le Christ des derniers jours, avec la résurrection des morts (registre inférieur) et la séparation des élus et des damnés. Au tympan de gauche la Vierge, après sa mort, est portée au ciel par les anges et couronnée par le Christ. Au tympan de droite l’apôtre Thomas, d’abord incrédule, reconnaît le Christ ressuscité, envoyé prêcher l’évangile en Inde, selon la légende, il enseigne que par les aumônes aux pauvres on se prépare un palais au ciel.

      Les tours n’ont été terminées qu’au début du 16ème siècle.

Les vitraux
      La cathédrale possède un des plus beaux ensembles de vitraux des 12ème et 13ème siècles de l’ouest de la France.

         Les trois verrières du haut chevet droit sont les plus anciennes.

      Au centre la fenêtre de la Crucifixion est l’une des œuvres majeurs du vitrail du 12ème siècle : de bas en haut les donateurs, sans doute Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine, le martyre de Pierre et la décapitation de Paul, les Saintes Femmes au tombeau vide, la Crucifixion avec le Christ sur une grande croix rouge, - "arbre précieux et éclatant de gloire, paré de la pourpre du roi" (Vexilla regis de Fortunat) - l’Ascension. Dans la verrière de droite, vie de Saint Pierre, dans celle de gauche vie de Saint Laurent.

      Les baies du côté nord et celles de la troisième travée sud sont consacrées à l’Ancien Testament, celles du flanc sud au Nouveau Testament. Dans la nef belles grisailles du 14ème siècle. Sous la coursière (la balustrade est du 18ème siècle), remarquable suite de modillons.

Les stalles
      Elles auraient été offertes par l’évêque Jean de Melun (1235-1257) et comptent parmi les plus anciennes conservées en France. Elles étaient une centaine à l’origine, il en reste 37 de chaque côté. On admirera la grande diversité des motifs sculptés dans les écoinçons de l’arcature qui surmonte les hauts dossiers. sujets religieux (Vierge, anges), mais aussi animaux, êtres fantastiques, scènes de la vie quotidienne. A travers la liberté d’expression de l’artiste on est invité à découvrir que toute vie peut être offrande et prière.

Le grand orgue Cliquot
      Le grand orgue a été commandé par les chanoines en 1787 au facteur d’orgue parisien François Henri Cliquot. Il a été installé en février 1791. Il a 4 claviers manuels et un clavier de pédales, qui commandent 3000 tuyaux. Les jeux d’anches constituent près du tiers de l’ensemble. C’est un des meilleurs orgues de France.

Le mobilier liturgique
      Au lendemain de la Révolution un certain nombre d’œuvres de couvents ou abbayes supprimés ont trouvé place à la cathédrale : autel de marbre noir et d’esprit baroque de l’abside centrale du chevet (abbaye bénédictine de la Trinité, à la fin du 17ème siècle, l’Assomption), grand retable en bois du bras sud (couvent des dominicains, 17ème siècle, l’institution du rosaire), retable en chêne du bras nord (couvent des capucins, du 18ème siècle) avec tabernacle de 1700-1701 provenant du couvent des carmélites.

      Le trésor de la cathédrale est maintenant présenté dans la tour sud (œuvres du 12ème au 20ème siècle).

      Il est bien d’autres richesses à admirer, peintures murales, tableaux et statues des 16ème et 17ème siècles, confessionnaux du 18ème siècle (croisillon sud du transept), chaire du 18ème siècle. En même temps on se laissera imprégner par l’ampleur des vaisseaux, le jeu des colonnes et des voûtes, la lumière des vitraux. La cathédrale est d’abord une maison de prière, et c’est pour louer Dieu qu’on l’a voulue belle.

© PARVIS
janvier 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers