L'église Saint-Martin
de Pioussay
    (Deux-Sèvres)

Situation




"Chantez le Seigneur, bénissez son nom !… entrez dans ses parvis."
(Psaume 96 (95), 2 et 8)

Une église romane et gothique
      L'église de Pioussay est sous le patronage de saint Martin, comme 65 autres anciennes paroisses dans les limites actuelles du diocèse de Poitiers. Elle relevait d'une abbaye, en l'espèce celle des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Saint-Séverin, à l'ancien diocèse de Poitiers mais aujourd'hui en Charente-Maritime.

      Une nef romane, un chœur et une chapelle gothiques. Cette agréable petite église, comme il en existe beaucoup dans la région, présentait assez de qualités pour une inscription à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1991.
      Des travaux de restauration dégagent en 1999 un vaste ensemble de peintures murales datées de la fin du Moyen Âge, faisant désormais de l'église un édifice de premier plan dans le patrimoine religieux poitevin.

Un sobre décor extérieur
      La façade ouest porte deux cloches et se termine par un pignon surmonté d'une croix. Elle est flanquée à gauche par la tourelle de l'escalier qui donne accès aux cloches, à droite par l'imposant premier contrefort de la nef.
      Le portail, en arc brisé, à trois voussures, apparaît décentré vers la gauche. Chapiteaux et frise sont décorés de feuilles de chêne ou de marronnier. A droite, au ras du sol, on remarque une petite niche.
      Le long du mur nord de la nef court un bandeau à la hauteur de deux petites baies. Quatre contreforts renforcent ce mur. Une porte, aujourd'hui obturée, permettait la communication avec le presbytère.

      Au mur sud, trois contreforts épaulent la nef. Sous le toit, on admirera une série de modillons représentant un bovidé, une femme, une écuelle, un tonneau, un cochon, un sanglier. On peut pénétrer dans la nef par une porte ouverte dans ce mur sud, percé de deux petites baies, mais on remarquera surtout les lauzes de la couverture, heureusement conservées.
      Le mur du chevet est droit, percé d'une grande baie flamboyante. Il est renforcé par deux contreforts d'angle.

  Une nef romane
      L'église a un vaisseau unique de quatre travées voûtées en berceau brisé sur doubleaux. Les poussées de la voûte et de la toiture ont provoqué un net écartement des murs qui a exigé la construction des puissants contreforts extérieurs.

      Les colonnes sont couronnées de chapiteaux décorés de têtes humaines et de figures symboliques ou stylisées.

Une partie orientale gothique
      Dans le mur sud, une inscription de 1667 rappelle le droit de banc et de sépulture de maître L. Suire, notaire, et de dame A. Marchand, son épouse.
      Le chœur est composé de deux travées couvertes de voûtes quadripartites. Leurs nervures, du dernier quart du 15e siècle, se prolongent sans l'intermédiaire d'un chapiteau. Une chapelle s'ouvre au sud de la première travée.

      Cette partie gothique est couverte en tuile canal. Clés de voûtes et consoles sont décorées. Une petite niche - piscine liturgique - s'ouvre dans chacun des murs latéraux de la seconde travée.
      Dans le vitrail de la grande baie sont représentés saint Martin, titulaire de l'église, et saint Hilaire, patron du diocèse, avec la date 1863. Ces deux œuvres sont dues aux frères Guérithault, de Poitiers.

On notera qu'Hilaire était le patron de la paroisse de Blanzay, d'où était originaire l'abbé Granier, curé de Pioussay à partir de 1859.
      L'ancien autel majeur porte un tabernacle du 18e siècle figurant l'Agneau immolé sur le livre aux sept sceaux (Apocalypse 5) et surmonté d'un triangle rayonnant, symbole trinitaire.
      Dans la chapelle latérale sud, l'autel, daté de 1780, avec un tabernacle de même époque, est surmonté par une statue moderne de Notre-Dame de Lourdes dans une niche. Les fonts baptismaux s'y trouvent. La litre seigneuriale - large bande noire murale portant des armoiries - rappelle la famille des Turpin, seigneurs, du 14e siècle à 1685, du château de Jouhé, dans la même paroisse.

Les peintures du chœur
      Dégagées sous 6 ou 7 couches de badigeon, elles sont, dans l'ensemble, fort bien conservées. Elles datent de la fin du 15e siècle et occupent toutes les parois. Elles présentent principalement, de gauche à droite, la Passion et la Résurrection de Jésus.

Mur nord
      - L'Entrée à Jérusalem (Luc 11, 1-10) le "jour des Rameaux", avant la Passion.
      - Sainte Barbe, avec la tour où son père l'enferma après sa conversion et la palme de son martyre.
      - La Cène - sur deux registres - avec les 12 apôtres, dont Jean, qui s'appuie contre la poitrine de Jésus, et Judas, qui va trahir (Marc 14, 12-25 et Jean 13, 23).


      - L'Arrestation de Jésus à Gethsémani (Marc 14, 32-47).
      - Au second registre : scènes du Jugement, de la Flagellation, du Couronnement d'épines, du Portement de croix.

Mur est
      - La Crucifixion, avec les deux larrons, celui qui regarde Jésus et sera sauvé, et l'autre qui s'en détourne (Luc 23, 38-43 et Jean 19, 33-37).
      - La Descente de Croix, avec Joseph d'Arimathie et Nicodème (Jean 19, 35-42).
      - La Pendaison de Judas (Matthieu 27, 3-5).

Mur sud
      - La Mise au tombeau, avec Nicodème, Joseph d'Arimathie, les trois Marie.
      - La Descente aux enfers - ou limbes - où les hommes d'avant le Christ attendaient le Sauveur.
      - La Résurrection, à la partie supérieure, l'Apparition de Jésus ressuscité à Marie-Madeleine le matin de Pâques, à la partie inférieure.
      - Saint Michel pourfend le dragon.

   Les autres peintures
      De la même époque, elles ne s'ordonnent pas selon un programme construit comme dans le chœur.

      - Au sommet : la Croix, plusieurs instruments de la Passion (colonne de la flagellation, tunique rouge, fouets, coq du reniement de Pierre …).
      - Derrière le tabernacle : la Descente de Croix.
      - Autour : plusieurs saints (un archer tirant - peut-être ? - sur saint Sébastien ; saint Jacques pèlerin, avec chapeau et bâton ; sainte Catherine d'Alexandrie, reconnaissable à la roue de son martyre ; sainte Marguerite, la croix en main et terrassant le dragon).

      Il peut s'agir des patrons des donateurs : la pierre tombale de Marguerite d'Aloue, alliée aux Turpin, se trouve dans cette chapelle.

© PARVIS
janvier 2005
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers