L'église Saint-Etienne
de Niort
    (Deux-Sèvres)

Situation




"Seigneur, j'aime la maison où tu résides,
et le lieu où demeure ta gloire."

(Psaume 26 (25), 8)

Une occupation ancienne
      La rive droite de la Sèvre Niortaise a été anciennement habitée. Un cimetière mérovingien y a été mis au jour et le quartier, appelé Bessac, sera chef-lieu d'une circonscription à l'époque carolingienne.
      Au 10e siècle, le comte de Poitou bâtit un château sur une hauteur surplombant la rive gauche, et la ville de Niort se fixera de ce côté. Sur la rive droite, la vie chrétienne s'organisera autour du prieuré Saint-Etienne, dans le faubourg de Bessac, et du prieuré Saint-Martin, paroisse de Sainte-Pezenne. Mentionné en 1171, le premier relevait de l'abbaye de Maillezais, le second dépendait de l'abbaye des chanoines réguliers de Saint-Augustin, fondée à La Couronne, près d'Angoulême, au 12e siècle.

      Pendant la Révolution, l'église Saint-Etienne est détruite. En 1803, une paroisse est reconstituée, comme succursale de Saint-André. Elle est supprimée en 1805. Mgr Pie obtient le rétablissement d'une paroisse Saint-Etienne, qui sera longtemps desservie dans la chapelle de l'orphelinat.

Un élan de grande générosité
      La construction d'une nouvelle église se heurta au constant refus de la municipalité. Des souscriptions permirent d'acheter un terrain, qui deviendra la propriété d'une société civile constituée à cet effet. Quand François Riquet devint curé en 1891, il ne restait plus en caisse que 8000 francs. Son inlassable activité - "sou du tabernacle", ventes de charité, concerts, dons, quêtes… - permettra de financer, sans aide publique, la construction et l'aménagement d'une nouvelle église qui coûteront 300 000 francs.


      Curé jusqu'en 1923, F. Riquet sera, à sa mort en 1929, enterré dans la crypte de Saint-Etienne. La première pierre avait été posée en 1893 et la première messe célébrée en 1901. La consécration eut lieu en 1920 et les travaux s'achevèrent en 1926.


Dans le style gothique
      Au 19e siècle, on cherche à retrouver un âge d'or de la chrétienté et on imite le style architectural du siècle de saint Louis. C'est ce qu'à fait l'architecte diocésain, A. Boutaud, de Poitiers. Contraint par les limitations financières, il a sacrifié l'aspect extérieur, n'a employé la pierre de taille qu'en cas de nécessité absolue - les voûtains sont en briques - et a renoncé à la flèche ajourée de 37 mètres prévue pour le clocher.
      L'église a une nef à vaisseau unique de 5 travées. En élévation, elle présente un niveau de fenêtres, un triforium ouvert avec galerie, établi en encorbellement, et un dernier étage de fenêtres hautes.


         Dans le chœur, pas de piliers ni de colonnes mais, sur un massif de maçonnerie au-dessus de la crypte, un maître-autel placé sous un ciborium. Ainsi est créé autour du chœur un couloir de circulation, à l'image d'un déambulatoire à chapelles rayonnantes.

      Telle quelle, cette église très claire et très élancée offre un vaste espace unique, sans colonnes, ce qui la rend bien adaptée aux rassemblements de la communauté chrétienne.

Nef de 5 travées à voûtes octopartites.
Longueur totale : 55 m, largeur : 15 m, hauteur : 26 m, hauteur du clocher : 43 m.

Une pensée théologique forte
      Le plan traduit à l'évidence une insistance trinitaire. L'élévation a trois niveaux. Dans chaque travée de la nef, trois baies s'ouvrent au premier niveau. Trois arcades trilobée rythment le triforium. Trois baies partagent encore le niveau supérieur.

      Le maître-autel est le point central de l'église. En marbre blanc, il est décoré d'un Christ enseignant. Une croix nue, avec un linceul, est en arrière-plan : c'est sur l'autel que le Christ ressuscité est désormais présent.
      Le ciborium, inauguré en 1903, œuvre des sculpteurs Trinité et Maché, est surmonté d'une Crucifixion, avec les évangélistes et des anges porteurs des instruments de la Passion.

Ciborium : de même origine étymologique que "ciboire" - un mot grec pour la coupe formée avec la fleur du nénuphar d'Egypte - le mot désigne le baldaquin qui surmonte un autel. Il présente des analogies avec le dais en étoffe précieuse qui abritait le trône des hauts dignitaires et dérive probablement de ce dispositif.

Les cloches, les orgues…
      Les trois cloches viennent de l'atelier Bollée, fondeur à Orléans, et installées dans le clocher en 1902.
      L'orgue de 14 jeux, dû au facteur Brière, de Paris, fut construit pour une grande salle de concert à Bordeaux. Presque aussitôt revendu, il fut lui aussi installé dans l'église en 1902.
      Dans la nef, une bannière de procession en l'honneur d'Etienne et de Martin rappelle les deux grands saints patrons de la rive droite de la Sèvre.

Nos pères au désert avaient la tente du témoignage… [David] trouva grâce devant Dieu et demanda la faveur de disposer d'une résidence pour le Dieu de Jacob. Mais ce fut Salomon qui lui bâtit une maison. Et pourtant le Très-Haut n'habite pas des demeures construites par la main des hommes. Comme dit le prophète :

"Le ciel est mon trône et la terre un escabeau sous mes pieds.
Quelle maison allez-vous me bâtir, dit le Seigneur,
Et quel sera le lieu de mon repos ?
N'est-ce pas ma main qui a créé toutes ces choses ?"


(discours d'Etienne - Actes 7, 44 et 46-50)

Autels et vitraux : une remarquable galerie de saints



"Fais lever sur nous la lumière de ta face Seigneur."
(Psaume 4, 7)

      Le patron de l'église, Etienne, occupe la place d'honneur avec les cinq vitraux supérieurs du chœur :

1) choix par les apôtres de 7 hommes de bonne réputation...
2) ...pour le service des veuves, des pauvres et des malades (Actes, 6)
3) comparution devant les juges et...
4) ...lapidation (Actes 7 et 8)
5) apothéose du saint : Etienne est dit par les Actes "homme rempli de foi et de l'Esprit Saint" ; il est accompagné de Philippe, Nicanor et Parménas, eux aussi choisis par les apôtres pour le service qui sera plus tard celui des diacres.

Les autels

      Six autels sont répartis autour du chœur. Le premier, à gauche, consacré au Sacré Cœur est l'actuelle chapelle du Saint Sacrement. Il a pour répondant, à l'étage supérieur, une verrière de l'Apparition du Sacré Cœur.
      Les quatre autels qui suivent, séparés par une sacristie placée dans l'axe, sont dédiés à Joseph, Antoine de Padoue, Fiacre et Anne. Le dernier autel, celui de la Vierge, a pour répondant à l'étage supérieur le triomphe de la Vierge.

         Anne : le nom de la mère de Marie n'est donné que par les Apocryphes. Son culte se répand à partir de la fin du 15e siècle. Patronne des mères de famille, elle est presque toujours représentée avec Marie.

      Fiacre : ermite de souche irlandaise, se retire près de Meaux et meurt en 670. Moine défricheur, il cultivait lui-même son champ et devient ainsi le patron des jardiniers. Surtout vénéré en Belgique et le nord de la France.

      Joseph : les Apocryphes donnent une biographie à ce personnage rarement mentionné par les évangiles et même pas du tout chez Marc. Vénéré surtout à partir du 17e siècle, associé à Jésus et Marie, il a été promu en 1870 au rang de patron de l'Eglise universelle.

      Antoine de Padoue (Lisbonne, 1195 - Padoue, 1231) : entre en 1220 chez les frères mineurs, canonisé dès 1232. Depuis le 17e siècle, on l'invoque pour les objets perdus, peut-être par calembour : Pade, Pave (Padova) et "épaves".

Les vitraux

      Les vitraux de la nef, dus au maître verrier Dagrand, de Bordeaux, montrent tous un saint, côté nord, ou une sainte, côté sud. Cette répartition souffre deux exceptions : deux saints au sud, autour de Notre-Dame des Victoires, et une Notre-Dame du Sacré-Cœur au nord.

      1- Catherine d'Alexandrie : vierge martyrisée (roue à pointes puis décollation) sous l'empereur Maximin (4e s.), son corps aurait été porté par les anges sur le mont Sinaï.

      2- Thérèse d'Avila : née à Avila, en Espagne, en 1515, carmélite en 1533, rédige des œuvres d'une grande richesse mystique, première femme proclamée Docteur de l'Eglise par Paul VI en 1970.

      3- Amalberge de Gand : nièce de Pépin de Landon, mère de sainte Gudule (8e s.), représentée en nonne.

      4- Jeanne Frémyot de Chantal : née à Dijon en 1572, veuve, son fils sera le père de Mme de Sévigné, veuve, fonde à Annecy le premier couvent de la Visitation, meurt en 1641, canonisée en 1767. Représentée en visitandine avec un cœur enflammé et un crucifix.

      5- Elisabeth de Hongrie (1207-1231) : fille du roi André II de Hongrie, épouse le margrave de Thuringe en 1221, veuve en 1227, prend l'habit du Tiers ordre franciscain, soigne malades et lépreux, assiste les pauvres, canonisée en 1235.

      6- Angèle : fondatrice de l'ordre des ursulines en 1525, morte à Brescia en 1540, canonisée en 1807. Une autre Angèle, veuve, tertiaire franciscaine, morte en 1307, fut béatifiée en 1693.

      7- Jean Berchmans : jésuite né en Brabant en 1599, meurt en 1621, canonisé en 1888, patron des étudiants catholiques. Attributs : crucifix, rosaire, Règle de son ordre.

      8- Notre-Dame-des-Victoires

      9- Aloisius : connu sous le nom de Louis de Gonzague, né en 1568 près de Mantoue, reçu chez les jésuites en 1587, mort à Rome en soignant les pestiférés en 1591, canonisé en 1726 par Benoît XIII qui le donne comme patron aux élèves des jésuites. Représenté avec un lis, un crucifix, un crâne, une discipline.

      10- Suzanne : la chaste vierge de Babylone évoquée dans le livre de Daniel ou une vierge martyre décapitée vers 295 à Rome pour avoir refusé de sacrifier à Jupiter.

      11- Radegonde : princesse thuringienne, épouse du roi Clotaire, fonde à Poitiers l'abbaye Sainte-Croix pour laquelle elle obtient une relique de la Vraie Croix. Morte en 597, son tombeau est dans l'église Sainte-Radegonde de Poitiers.

      12- Zoé : martyre du 5e siècle, fut suspendue par les cheveux au-dessus d'un brasier.

      13- Claire d'Assise (1193-1243) : quitte la maison paternelle en 1211, donne ses biens aux pauvres, est reçue par François d'Assise, s'installe au couvent Saint-Damien, canonisée en 1255. Patronne d'Assise et de l'ordre des clarisses, représentée avec la custode eucharistique utilisée pour mettre en fuite les Sarrazins en 1241.

      14- Marie-Madeleine : Marie de Magdala assiste à la Crucifixion, est la première à voir Jésus ressuscité ; confondue avec la pécheresse anonyme (Luc 7, 37) ; selon la légende, vient finir ses jours dans une grotte de Provence, la Sainte-Baume à Saint-Maximin.

      15- Gertrude de Nivelles (626-659) : fille du maire du palais Pépin de Landon et de sainte Otte, abbesse de Nivelles en Brabant en 652, invoquée contre le fléau des rats et autres rongeurs qui grimpent sur sa robe ou le long de sa crosse.

      16- Eugène : archevêque de Tolède, meurt vers 657, patron des meuniers représenté avec des bœufs. Un saint diacre du même nom meurt à Florence en 422.

      17- Paul : né à Tarse, converti sur le chemin de Damas, évangélisateur des païens, décapité à Rome sous Néron, l'un des grands auteurs bibliques.

      18- Alexandre : pape, martyrisé à Rome vers 120. Un autre saint du même nom, porte-étendard de la légion thébaine et compagnon de saint Maurice, aurait été décapité à Bergame sous Maximin en 296.

      19- Germain : évêque d'Auxerre de 418 à 445, il consacre à Nanterre la petite sainte Geneviève. Le culte de Germain, évêque de Paris au 6e siècle est moins répandu.

      20- Hilaire : fut, au milieu du 4e siècle, le premier évêque de Poitiers connu avec certitude et l'un des grands auteurs chrétiens. Exilé pour avoir défendu la foi trinitaire dans une Gaule acquise à l'arianisme, il rédige son ouvrage le plus connu, le De Trinitate, et revient d'Orient pour finir ses jours à Poitiers en 367 ou 368.

      21- Lucien de Beauvais : prêtre, martyr, on en a fait le premier évêque de Beauvais.

      22- Louis IX, roi de France (1214-1270) : modèle des rois chrétiens, bâtit la sainte Chapelle pour recevoir la couronne d'épines, canonisé en 1297.

      23- Notre-Dame du Sacré Cœur

      24- Henri : né en 972, empereur d'Allemagne de 1002 à 1024, très généreux envers l'Eglise, canonisé en 1146.

      25- Augustin : né en 354 à Tagaste, près d'Hippone (= Bône), étudie à Carthage et à Rome, se convertit en 387 à Milan sous l'influence de l'évêque Ambroise, évêque d'Hippone de 395 à 430, rédige La Cité de Dieu. Représenté en évêque avec un cœur enflammé percé d'une ou trois flèches.

      26- Charles Borromée (1538-1584) : étudie à l'université de Pavie, nommé à 23 ans par son oncle, le pape Pie IV, archevêque de Milan et cardinal, applique le concile de Trente dans son diocèse, soigne les Milanais lors de la peste de 1575. Canonisé en 1612. Représenté en costume de cardinal, avec un long nez busqué, un crucifix, parfois avec une corde de pénitent.

      27- François de Sales (1567-1622) : né près d'Annecy, évêque de Genève en 1602, écrit l'Introduction à la vie dévote en 1608, fonde les Filles de la Visitation avec Jeanne de Chantal en 1610, meurt à Lyon, canonisé en 1665, Docteur de l'Eglise en 1877.

      28- Elie : prophète assimilé aux saints par l'Eglise grecque et honoré par les Carmes.

      29- François d'Assise (1182-1226) : fonde l'ordre des frères mineurs, stigmatisé en 1224, canonisé en 1228. Représenté avec la robe de bure, la cordelière à 3 nœuds (vœux de pauvreté, chasteté et obéissance) et marqué par les stigmates.

      30- Jean-Marie Vianney (1786-1859) : curé d'Ars, dans les Dombes, béatifié en 1905, canonisé en 1925, patron des curés.

© PARVIS
décembre 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers