L'église Sainte-Pezenne
de Niort
    (Deux-Sèvres)

Situation




"C'est la mesure dont vous vous servez
qui servira de mesure pour vous."

(Matthieu 7, 2 - inscription du chœur de l'église, 1678)

      La commune de Sainte-Pezenne est rattachée depuis 1965 à celle de Niort. L'église paroissiale, au cœur d'un bourg ancien, au sommet d'un coteau d'une cinquantaine de mètres dominant la rive droite de la Sèvre niortaise, décline tranquillement une longue histoire.

Sainte Pezenne : "lointaines origines"
      La vie de la sainte, composée au 11e siècle, n'offre pas de bases historiques sûres. Une moniale, "Peccina", fuyant l'Espagne au cours des persécutions de Dioclétien (303 ou 304) avec ses sœurs "Macrine" et "Colomba", serait venue se réfugier dans une grotte de la colline.

      Pezenne - ou Pecinne, Pexine… le nom semble venir de Perseveranda - serait morte d'épuisement en un lieu dont le nom - Tauriacus, Thorigné - dénote une origine gallo-romaine et qui prendra par la suite celui de Sainte-Pezenne.
      On prétend que Clovis, après 507, aurait contribué par ses dons à la construction d'un sanctuaire sur la tombe de la sainte.

L'"invention" du corps de la sainte a lieu en 1098. Ses reliques furent offertes au comte de Vermandois qui les emmena dans sa capitale, Saint-Quentin. Après la prise de la ville par Philippe II d'Espagne, en 1557, celui-ci les offre à sa sœur Marie, impératrice d'Allemagne qui, à sa mort, les lègue à son pays d'origine. Elles furent retrouvées au palais de l'Escorial en 1950. Une partie a été renvoyée à Sainte-Pezenne et à Sainte-Pazanne, en Loire-Atlantique, en 1955.
      Une troisième commune porte le nom de la sainte : Sainte-Pexine, en Vendée.
      Sainte-Pezenne s'est autrefois appelée Sancta Peccina (1260), Sainte-Pessine (1318), Sainte-Pazanne (1558), Sainte-Pezaine (1788).
      Le premier lieu de culte établi sur le tombeau de Pezenne remontait à l'époque mérovingienne ou carolingienne. Il a fait l'objet d'une reconstruction aux 11e et 12e siècles.

Une église romane
      Le plan roman a été conservé malgré les vicissitudes des temps : clocher-porche, nef unique de deux travées, transept (amputé de moitié en sa partie droite), travée droite du chœur et abside en hémicycle.
      Le clocher, les piliers de la nef et le chœur sont du 12e siècle. L'église est longue d'une trentaine de mètres. Nef et chœur ont 10 mètres de long ; la première est large de 8, le second est un peu plus étroit.

         La façade s'ouvre par un portail en plein cintre à deux voussures moulurées bordées par un boudin torsadé. Au-dessus de l'étage d'une large baie, le clocher se rétrécit. Il présente un premier niveau aveugle puis un second niveau percé de deux baies étroites.

      La travée sous clocher, carrée, est voûté d'une coupole sur pendentifs que dissimule la tribune. Au sud-ouest, un petit escalier en vis donne accès au clocher. Un très ancien bénitier a été en partie encastré dans le pilier sud-est.
      Les murs de la nef ont été largement repris, surtout au nord. Deux baies apportent le jour à un espace qui n'a curieusement pas d'ouvertures du côté sud.

      L'arc triomphal - celui qui marque l'entrée du chœur - est de forme brisée. Il retombe sur des piliers à trois colonnes à beaux chapiteaux romans.
      Le chœur a conservé, à l'extérieur, ses pierres de grand appareil, ses contreforts plats, sa corniche à modillons.

      L'abside en hémicycle est voûtée d'un cul-de-four. Elle est englobée dans un logis construit au chevet en 1806-1807, sacristie au rez-de-chaussée, un temps mairie à l'étage.
      Silhouette extérieure et volume intérieur donnent à l'église une forte tonalité romane. Sa simplicité de lignes invite au recueillement.


Des voûtes gothiques
      L'église a dû souffrir au cours de la guerre de Cent Ans. Dans un 15e siècle tardif, les deux travées de la nef et le carré du transept ont été dotés d'ogives. De la même époque, le lavabo liturgique, du côté sud du chœur, montre un entourage flamboyant à fleuron.

Lorsque la ville de Niort fut administrée par le parti réformé, de 1589 à 1602, l'édifice fut l'église paroissiale des catholiques de Niort.

Aux 17e et 18e siècles, travaux et aménagements
      Aux 17e et 18e siècles, le clocher est partiellement reconstruit et les murs de la nef sont repris.

La fonction d'une porte, à l'extérieur du mur nord, n'a pas encore été clairement établie. Présence d'une crypte ?
      Le beau maître-autel, en forme de tombeau, date de cette époque. Il retient l'attention dès que l'on pénètre dans l'église, avec son retable en bois qui encadre un grand tableau. Cette huile sur toile, qui représente la Nativité, est l'œuvre d'A. de Savignac et date de 1822. Elle dissimule la baie axiale.


         Le mobilier affirme un sens, attire le regard vers le point le plus important de l'église et réchauffe la sobriété romane.

Sur le maître-autel est figurée une colombe, symbole de l'Esprit Saint. Sur la porte du tabernacle sont représentés le triangle trinitaire rayonnant et l'Agneau immolé sur le livre aux sept sceaux (Apocalypse 5, 9), tandis que les instruments de la Passion ornent les côtés.       Sur un autel latéral installé contre le mur sud de la nef est placée une belle statue en bois de tilleul.

Le généreux 19e siècle
      Deux tableaux viennent embellir l'église. Ces deux huiles sur toile représentent saint Louis, dans le bras nord du transept, et sainte Pezenne dans le bras sud.
      Deux vitraux sont mis en place dans le chœur en 1854 : sainte Pezenne, à gauche, saint Jacques le Majeur, à droite.

L'inscription "CAB, curé de Rohan Rohan" permet d'identifier leur auteur. Il s'agit de l'abbé Auguste Constant Boinot, curé de Frontenay-Rohan-Rohan.
Peu nombreux sont les prêtres du 19e siècle qui ont pratiqué l'art du vitrail. La rareté du travail de l'abbé Boinot, en tout cas dans le diocèse, mérite d'être soulignée.

      Au-dessus du portail, le vitrail de la Vierge en gloire date de 1860. Il est sorti des ateliers du tourangeau L. Lobin, très productif dans la seconde moitié du 19e siècle.
      La grosse cloche a été dédiée à l'Immaculée Conception en 1860. Une moyenne et une petite cloche - Valentine et Clémence - lui ont été ajoutées en 1876.

      Dans le tranquille quartier de Sainte-Pezenne, la petite église, qui accueille une communauté très attachée à la faire vivre, ne méritait-t-elle pas une visite ?

© PARVIS
décembre 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers