L'église Saint-Pierre
de Loizé
    (Deux-Sèvres)

Situation




"Louez le nom du Seigneur,
vous qui vous tenez dans la maison du Seigneur,
dans les parvis de la maison de notre Dieu."

(Psaume 135 (134), 1-2)

      L'église de Loizé faisait partie de l'archiprêtré de Bouin et relevait du doyen du chapitre cathédral de Poitiers. Elle a pour titulaire saint Pierre aux liens, fête célébrant l'emprisonnement et la délivrance miraculeuse de l'apôtre (1er août).

Une belle façade romane
      La façade romane est précédée d'un large parvis agrémenté d'un joli puits. La présence de ce parvis bien dégagé permet surtout d'admirer la façade mais la fonction même d'un parvis - du latin paradisus, paradis - est d'offrir à la communauté rassemblée pour une célébration un espace de rencontre et d'échanges.

         La façade est scandée par quatre contreforts plats, dont les deux centraux se terminent par des corbeaux à la hauteur des chapiteaux du portail et encadrent une étroite petite baie. Elle se termine par un pignon isolé par un bandeau ; il s'appuie sur des modillons dont certains sont sculptés. Le pignon est surmonté par une croix. Le regard est ainsi porté vers le haut.

      En même temps, le portail, doté d'un tympan et d'un linteau en bâtière sans ornement, s'impose par son épaisse archivolte portant cinq rangées parallèles de billes cylindriques vues par leur tranche.

      On remarquera les deux chapiteaux (l'un s'orne d'un joueur de viole) et les deux corbeaux qui les prolongent.
      Nous sommes invités à entrer.

Une nef romane très simple
      La façade domine largement la nef dont la voûte avait déjà disparu en 1818, alors remplacée par un plafond, depuis supprimé pour laisser la charpente apparente. Le regard bute sur l'arc brisé qui ouvre le chœur gothique et dont la hauteur, nettement supérieure, correspond à celle de la façade romane.

         Cette partie romane est très simple, puisque aucune ouverture ne perce le mur nord et qu'une seule baie, trop large pour être romane, s'ouvre dans le mur sud. Elle mesure 15 mètres de long pour 7 mètres de large, c'est-à-dire qu'elle est à peine plus grande que la partie gothique.

      Une petite niche, où l'on a placé une statue de la Vierge de Lourdes, retient seule l'attention au mur sud. Le dépouillement est mis en valeur par un excellent éclairage et incite au recueillement. Comme l'église est à vaisseau unique, quatre fois plus longue que large, le regard est tout naturellement porté vers le chœur.

Le chœur gothique
      Le chœur gothique se détache nettement de la nef par son élévation et sa clarté. A sa jonction avec la nef, son mur occidental domine nettement la toiture de celle-ci et se termine par un petit clocher-mur. Le contrefort de droite, plus massif que celui de gauche, abrite l'escalier qui donnait accès à l'ancien clocher avant qu'il ne fût rasé.
      Les deux travées à voûtes quadripartites sont épaulées, comme le chevet plat, par des contreforts extérieurs.

Les clés portent des armoiries, pour l'une, celles des Rochechouart-Mortemart qui possédaient un fief dans la paroisse.
      Cette partie de l'église reçoit le jour par une large baie trilobée à l'est, une baie au nord et deux autres au sud.
      Dans le dallage sont insérées plusieurs pierres tombales dont celle - dans l'allée, devant l'autel - du curé Georges Neveu, bienfaiteur de l'église, mort ? en 1683.

      Lors de la restauration des murs en 1986, on a découvert sur le mur oriental, de part et d'autre de la baie, des peintures du 15e siècle. A gauche : saint Georges terrasse le dragon. A droite : saint Antoine, la grande figure du monachisme égyptien des 3e/4e siècles, avec son attribut, le bâton en forme de tau (T), devant un donateur agenouillé et les mains jointes.

         Ces peintures contribuent à retenir l'attention vers le chevet, même si, de loin, leur sujet échappera sans doute au visiteur. L'autel, très simple, avec la croix qui le surmonte, la statue de saint Pierre avec les clés sous la baie axiale, ces grandes peintures aux couleurs vives… Ainsi se trouve heureusement soulignée la fonction même de l'église, maison de Dieu, lieu de prière et de célébration pour les croyants autour de la table de l'autel. Ainsi, le simple visiteur est-il conduit dans le long vaisseau vers le chœur, à l'est, côté du soleil levant.

      On aura également remarqué dans le mur du chœur une piscine liturgique gothique. Une sainte Radegonde, sainte reine et moniale du 6e siècle y a été placée. La discrète présence dans l'église de statues d'Antoine de Padoue, de Jeanne d'Arc, de Thérèse de l'Enfant Jésus n'étonnera pas tant leurs dévotions sont fréquentes dans les églises du Poitou.

Restauration
      L'église a été inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926. Ses couvertures, ses murs, ses contreforts étaient à la fin du siècle dans un très médiocre état. Une heureuse volonté municipale de la commune de Gournay-Loizé (union en 1972), qu'il faut saluer, a permis le sauvetage de l'édifice en 1984-1985 (charpentes, couvertures, contreforts, voûtes, pignon) et sa complète remise en état en 1986 avec la restauration des peintures murales. Des jeunes, bénévoles ou intérimaires rémunérés par la commune, ont grandement aidé les ouvriers spécialisés au cours de ce chantier.

      Ainsi a été sauvegardé un monument essentiel à la mémoire d'un petit village du Poitou au cours des siècles, l'une de ces attachantes petites églises romanes ou romanes et gothiques qui sont l'une des richesses du patrimoine régional.

© PARVIS
janvier 2005
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers