L'église Saint-Eutrope
du Cormenier
      (Deux-Sèvres)

Situation




"Loue Dieu en son sanctuaire."
(Psaume 150, 1)

En Saintonge
      Le Cormenier est donné, en 1077, par le duc d'Aquitaine Gui-Geoffroy-Guillaume à l'abbaye Saint-Jean-de-Montierneuf qu'il vient de fonder à Poitiers et qu'il confie à l'ordre de Cluny.
      L'église, construite au 12e siècle, sera sous le patronage de l'abbaye de Poitiers, mais elle est dans le diocèse de Saintes. Elle le restera jusqu'à la Révolution et au découpage des départements. Elle est consacrée en l'honneur de saint Eutrope, le premier évêque de Saintes, dont le corps repose à Saint-Eutrope de Saintes, autre église confiée par le même duc à Cluny. Et surtout, elle se rattache par son style aux églises de Saintonge.

Beauté romane : le chevet
      De l'extérieur, en arrivant, il faut admirer le chevet. Des colonnes jumelées, montant jusqu'à la toiture, encadrent les trois baies les plus orientales, tenant lieu d'élégants contreforts. Elles se combinent avec les colonnettes des arcatures et des baies pour multiplier les lignes verticales.
      Au niveau inférieur des baies, un soubassement soigneusement mouluré fait le tour de l'abside tandis que deux rangées de pointes de diamant ornent l'extrados des arcatures. On est ici à l'évidence dans l'aire des églises saintongeaises de la première moitié du 12e siècle.
      Le clocher lui-même n'existe plus et n'a peut-être jamais été réalisé. Il se réduit aujourd'hui à une bâtisse inachevée couverte d'un toit à deux faibles pentes.

Harmonie romane : l'abside et la travée sous clocher
      A l'intérieur, accédant par une façade sans relief particulier, celui qui entre dans l'église n'a pas le regard retenu par une nef plusieurs fois reconstruite. Il est donc attiré par la partie essentielle de l'église, c'est-à-dire l'espace de la célébration eucharistique, ici, une belle abside romane, étroite et haute, voûtée en cul-de-four brisé. Il sera saisi par l'élan vertical, la justesse des proportions, la qualité de la construction qui l'apparente à la proche église d'Aulnay. L'abside est éclairée par cinq baies qui accompagnent de grandes arcatures partant du sol.

      A l'abside, il faut joindre la travée sous clocher qui la précède et que couvre une remarquable coupole sur pendentifs. Les arcs d'encadrement de la coupole présentent de multiples ressauts auxquels répondent colonnes engagées et colonnettes, avec la même envolée qui donne un bel élan à cette structure romane.
      Abside et travée sous clocher ont été classées "Monument historique" le 14 juin 1909.
      L'église avait été détruite aux deux tiers pendant les guerres de Religion, et ce qui restait de la nef s'écroula en 1721, elle fut réparée en 1743, mais il fallut refaire entièrement la nef au 19e siècle.

Restauration au 19ème siècle
      C'est au curé de l'époque, l'abbé Léon Brisson, aidé par la générosité de quelques familles, que revient le mérite de cette restauration. Monseigneur Pie, évêque de Poitiers, consacra l'église ainsi rénovée, le 4 novembre 1875. C'était sa 99ème consécration d'église de son diocèse, ce qui souligne l'énorme travail réalisé sur les églises au 19e siècle.
      La nef à trois travées, est très haute par rapport à sa largeur, inférieure à 7 mètres. La chaire, du côté nord, marque la séparation entre la nef et le chœur.

         L'église du Cormenier n'avait qu'une petite cloche faite en 1801 (Joannes fecit annum 1801). Une cloche beaucoup plus importante fut offerte en 1877 par Paul Proust, ancien maire de Niort, et par madame Marie Félicité Benoist, veuve de Jules Michaud, qui en furent les parrain et marraine ; elle fut appelée : Maria Lucia Paula.

      Le maître-autel doit être de cette même époque. Trois scènes figurent sur le devant : la Sainte Famille, les Pèlerins d'Emmaüs, la Présentation de Marie au Temple. Sur la porte du tabernacle sont représentées deux colombes qui boivent dans un calice, symbolisant l'Eucharistie. La grille de communion est toujours en place.

      Il ne reste plus qu'une grande statue de la Vierge à l'Enfant sur une marche du maître-autel. Les autres statues du 19e et du début du 20e siècle, "classiques" des églises de la région, ont été retirées.

Renouveau du vitrail
      Le vitrail connaît de nombreuses réalisations au 19e siècle. S'y rencontrent art et foi, une foi qui est celle des curés et des familles qui offrent généreusement de l'argent pour les réalisations. Au Cormenier, six vitraux sont offerts par Mme Alexandre, née Alleau, plus connue sous le nom de veuve Lamy ; deux autres le sont par M. de Raismes à l'occasion de la première communion de son fils.

      A la rosace du mur ouest figurent les armes de Monseigneur Pie. Les trois verrières du mur nord (à gauche) sont réservées à saint Jean-Baptiste, à sainte Germaine Cousin ou de Pibrac (canonisée en 1867), à sainte Jeanne de Valois, œuvre de Guérithault, verrier de Poitiers.

      Les trois verrières du mur sud (à droite), le sont à : - sainte Marguerite-Marie Alacoque ;
- à l'Immaculée Conception, Lourdes 11 février 1858 ;
- à sainte Elisabeth (par Champigneulle, Paris, 1936).

      Dans la travée sous clocher on a, au nord, un saint Jean-Baptiste (Dagrant, Bordeaux, 1902), au sud, une grisaille.
      Dans l'abside, le vitrail de la baie centrale est occupé par le patron de l'église, saint Eutrope qui, suivant le récit fait par Grégoire de Tours au 6e siècle, révèle à deux religieux le lieu où ils trouveront son sarcophage. L'église Saint-Eutrope, à Saintes, sera alors construite à cet emplacement.

Eutrope a évangélisé la région. Son sarcophage, conservé dans la crypte de l'église Saint-Eutrope de Saintes, a été retrouvé une nouvelle fois en 1842. Saint Eutrope est le patron du diocèse de La Rochelle et Saintes. Il est fêté le 30 avril.
      Encore dans l'abside, dans la baie de gauche est représenté le martyre de saint Pierre, dans la baie de droite sainte Madeleine avec l'apparition du Christ ressuscité. Ces vitraux sont aussi l'œuvre de Guérithault.

© PARVIS
octobre 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers