L'église Saint-Martin
de Chiché
      (Deux-Sèvres)

Situation




"Voici que mon serviteur triomphera, il sera haut placé,
élevé, exalté à l'extrême."

(Isaïe 52, 13)

Guerres et destructions
      Comme Notre-Dame de Bressuire, l'église Saint-Martin de Chiché est donnée par le seigneur Thibaut de Beaumont à l'abbaye bénédictine de Saint-Jouin-de-Marnes vers 1090.
      Endommagée pendant les guerres de Religion, elle est restaurée en 1603, date gravée sur deux massifs ajoutés à des contreforts d'angle. Le chœur subit encore des réparations en 1737.
      Alors que Turreau, féroce chef révolutionnaire, a établi un camp à proximité, le bourg et l'église sont brûlés pendant l'insurrection vendéenne. L'église est à nouveau restaurée, notamment sous le Consulat puis le Second Empire.

Chiché, où existait un marché depuis le 11e siècle, ne comptait pas moins de trois prieurés : Bandouille, Pierlay et la Poraire. La commune fut, pendant la Révolution, le chef-lieu d'un éphémère canton. Alors que l'inventaire des biens religieux, au temps de la séparation des Eglises et de l'Etat, en 1906, se déroula souvent sans heurts sérieux, il donna lieu ici à quelques violences.
      Pénétrons dans l'église par la porte nord - autrefois protégée par un auvent dit "ballet" - qui conserve les traces des affrontements de 1906.


Un édifice très remanié
      La nef aligne cinq travées rythmées par des supports en bois, dégagés de leur revêtement, assis sur des bases en pierre. La fausse vôute moderne dissimule une belle charpente ancienne.
      Le chœur roman, qui a conservé plusieurs chapiteaux sculptés, présente un aspect insolite : chevet plat, collatéraux, piles cruciformes habillées de granit renforcant la travée centrale couverte par la coupole du clocher auquel on accède par la tourelle nord. Le vaisseau central est voûté en berceau, les collatéraux en voûtes d'arêtes.
      La chapelle de deux travées et l'espace des fonts baptismaux, tous deux accolés au flanc sud, datent du 19e siècle.

A quelques mètres en avant du chevet s'élève l'ancienne chapelle de Notre-Dame de Recouvrance, aujourd'hui occupée par la mairie. De style gothique flamboyant, elle fut construite perpendiculairement à l'axe de l'église. Il semble que le chœur fut tronqué lors de cette construction et qu'il présentait, à l'origine, un déambulatoire en hémicycle, comme à Saint-Sauveur.
Les autels
      "Le tabernacle ainsy que l'autel (...) fort beaux et bien dorés", dont il est question en 1659, ont disparu.
      L'ancien autel majeur, livré en 1816, est le travail d'un mensuiser bressuirais. Son entablement porte les statues en bois des saints Pierre et Paul, probablement de la même main, et un plâtre moulé représentant saint Martin, titulaire de l'église.
      Sur le devant : l'Agneau reposant sur le Livre aux sept sceaux. Les cœurs métalliques ajoutés sur le gradin postérieurement à 1921 rappellent les cœurs offerts par des fidèles, cloués sur les croix de mission et contenant parfois un court billet exprimant une dévotion.

L'agneau, qui apparaît fréquemment dans la Bible, est souvent un symbole du Christ. Il est ici fait référence à l'Apocalypse (5, 6) : "un agneau se dressait qui semblait immolé". L'ambiguïté du texte a conduit à deux représentations de l'animal, couché sur le livre ou, au contraire, debout et triomphant. C'est de cet Agneau vainqueur que les Anciens chanteront la louange : "Tu es digne de recevoir le livre et d'en rompre les sceaux, car tu as été immolé et tu as racheté pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation" (5, 9).
      Les trois autels secondaires :
      - au fond du collatéral nord, autel de la Vierge : marbre gris et plâtre, 19e siècle.
      - au fond du collatéral sud, autel du Sacré Cœur : bois peint en gris et doré, colonnes peintes imitant le marbre, probablement contemporain du maître-autel.
      - chapelle sud : autel du Sacré Cœur de Marie, surmonté d'une statue en plâtre.


Les autres statues
      Les autres statues - certaines ont disparu - sont des plâtres modernes qui témoignent de la générosité et des dévotions d'une époque, la fin du 19e et le début du 20e siècle.
      On reconnaîtra : Anne et Marie enfant, Notre-Dame de Lourdes, Radegonde, Joseph à l'Enfant, Antoine de Padoue, Thérèse de l'Enfant Jésus, Michel archange et Jeanne d'Arc. Ces saints personnages comptent parmi les plus fréquemment représentés dans les églises du Poitou à cette époque.

Jeanne d'Arc : Cette statue fut bénite le 16 septembre 1909, donc pour la béatification de Jeanne.

Les fonts baptismaux
      Les fonts datent du 19e siècle. L'espace qui les abrite, ouvert sur la travée au fond de la nef, a été orné de peintures murales.
      Ces peintures ont été réalisées par Jean-Marie Coudreau en 1949-1950 et restaurées à l'identique par Bernard Cailleau en 2002. Elles représentent des scènes bibliques accompagnées de citations de l'Ecriture en relation avec l'eau du baptême.


      L'arche de Noé, image du salut que l'alliance offerte par Dieu promet, est placée en parallèle avec l'Eglise.
      La scène du baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain se comprend plus directement, tout comme le "Laissez venir à moi..."
      Moïse frappant le rocher de son bâton pour en faire jaillir une source est une autre image du salut : l'eau du baptême est signe de résurrection.
      Les cervidés se désaltérant font référence à un psaume : ils sont l'image de la soif de Dieu.

"Comme une biche se penche sur des cours d'eau,
ainsi mon âme penche vers toi, mon Dieu.
J'ai soif de Dieu, du Dieu vivant,
quand pourrai-je entrer et paraître face à Dieu ?"

(Psaume 42 (41), 2-3)


© PARVIS
février 2003
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers