L'église Notre-Dame
de Chenay
      (Deux-Sèvres)

Situation




"Que le roi s'éprenne de ta beauté !"
(Psaume 45 (44), 12)

Sur la route de Compostelle
      L'église Notre-Dame de Chenay, inscrite dans son ensemble à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, s'élève au centre du village, son chevet tourné vers une route jadis très importante.
      Cette Via Turonensis, empruntée au Moyen Âge par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, faisait de Chenay une halte entre Lusignan et Melle.

      Passages...
1526 : les ducs de Bretagne et d'Orléans, fils de François ler, passent par Chenay alors qu'ils font route vers l'Espagne pour prendre la place de leur père prisonnier.
1650 : passage du jeune Louis XIV.
1700 : passage de son petit-fils, qui devient Philippe V d'Espagne.

      L'église dépendait du chapitre de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers.


Un édifice complexe
      Construite au 11° siècle ou au début du 12°, l'église conserve les traces de nombreuses transformations.
      Elle présentait à l'origine une nef unique prolongée d'un sanctuaire s'achevant par une abside en hémicycle dont l'assise se voit encore au fond du sanctuaire. L'accès pouvait se faire par le portail sud.

De l'admirable décor sculpté roman de ce portail, qui lui valut le classement parmi les monuments historiques en 1909, on remarquera surtout le personnage tenant en laisse un lion et un ours (?) et les amphisbènes, dragons à têtes opposées.
      De l'époque romane datent également une partie des murs et de la voûte, la triple arcade du fond de la nef, divers éléments sculptés, tels les modillons encore visibles dans la chapelle Sainte-Catherine, et le portail ouest préservé lors de la reconstruction du clocher.
      Entre 1300 et 1350, la construction d'une chapelle dédiée à sainte Anne supprime l'accès par le portail sud. En 1399, celle de la chapelle Sainte-Catherine ajoute une autre extension au flanc sud. Les belles arcades qui permettent sa communication avec la nef ne paraissent dater que de la fin du 15° ou du début du 16° siècle.
      Au 16° siècle, le chevet est reconstruit. Son pignon, ouvert d'une baie en plein cintre est épaulé par deux puissants contreforts obliques. Ses parements extérieurs montrent de nombreuses marques lapidaires, J et + parfois associés sur la même pierre.


L'époque moderne
      La voûte est reconstruite au 17° siècle ainsi que le maître-autel et les fonts baptismaux, refaits par Louis Simonneau, maître-maçon, en 1622-1623.

Des traces de peintures murales, au fond du choeur, sont peut-être les vestiges d'un décor accompagnant le maître-autel. Cet autel a disparu et les fragments de bois peints et dorés conservés dans l'église n'en proviennent pas forcément. La grande croix pattée peinte sur le mur de la nef est difficile à dater.
      Le 18° siècle voit Chenay, au coeur du pays protestant, sortir progressivement d'une période tourmentée. En 1724, l'église est dotée d'une nouvelle cloche. Cachée pendant la Révolution, elle échappera à la fonte. L'autre cloche date seulement de 1828.
      En 1779, une sacristie est adossée au chevet. On y pénétrait par une porte ouvrant dans le choeur. Ce bâtiment sera supprimé en 1994.


Restaurations
      En 1818, les deux chapelles sont restaurées et trois ans plus tard, en 1821, mécontent du désintérêt de la municipalité pour l'entretien de l'entrée, le curé fait ouvrir la chapelle Sainte-Anne qui devient l'accès habituel des fidèles.
      Dans les années 1860 sont posés des vitraux. Le vitrail du choeur est l'oeuvre des frères Guérithault, maîtres-verriers de Poitiers, et date de 1863. Il représente le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. Les deux vitraux de l'une des arcades sud ont été réalisés par E. Stelze, de Nancy, en 1866.
      En 1884, toute la partie ouest est reprise pour asseoir le nouveau clocher, couvert d'ardoises, d'un type commun dans la région.

      La dernière grande campagne de restauration, menée en 1994-1995 a visé à conforter la solidité de l'édifice, dont le mur nord déverse de manière très visible. Elle a par ailleurs partiellement supprimé la voûte, laissant apparaître la nouvelle charpente et révélant l'architecture des parties hautes.
      A travers les siècles, de restaurations en adjonctions, d'embellissements en transformations, l'église de Chenay témoigne aujourd'hui de la vitalité d'une petite communauté rurale.


"La Vierge Marie, la maison d'or de Dieu,
recelant en elle les trésors de la Sagesse céleste."

(Office de la Sagesse éternelle composé
par saint Louis-Marie Grignion de Montfort, 1775)


© PARVIS
janvier 2002
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers