L'église Saint-Léger
de Chanteloup
      (Deux-Sèvres)

Situation




"J'habite une demeure élevée et sainte
mais je suis également avec l'homme contrit et humble."

(Isaïe 57, 15)

Un nom évocateur
      Le nom de Chanteloup n'est pas un toponyme de formation très ancienne. Il traduit la présence du loup dans les campagnes médiévales.
      Une dizaine de communes en France le porte et, dans le diocèse de Poitiers, on peut relever 17 villages ou fermes de ce même nom.
      Un petit bas-relief de loup, à gauche des baies du côté sud du clocher, rappelle le temps où l'on entendait "chanter le loup".


Le patronage de saint Léger
      Archidiacre de son oncle l'évêque de Poitiers, puis abbé de Saint-Maixent, Léger devint évêque d'Autun vers 663. Défenseur des libertés de la Bourgogne contre les empiétements de la Neustrie, il dut se livrer pour que sa cité fût épargnée, fut torturé puis décapité vers 677-680. On le vénéra de suite comme saint et martyr. Vers 681 son corps fut ramené en Poitou pour être enterré à Saint-Maixent. Lors des invasions normandes du 9e siècle, il fut transporté à Ebreuil (Allier), où il est encore. Une dizaine d'églises du diocèse ont été ou sont encore placées sous son vocable.

      L'église Saint-Léger de Chanteloup fut donnée par l'évêque Guillaume à l'abbaye de la Trinité de Mauléon entre 1117 et 1140. Cette cession fut contestée et le procès fut porté devant le pape. C'est finalement de l'évêque de Poitiers que l'église relèvera. Elle fera partie du doyenné de Bressuire lorsque celui-ci sera créé à la fin du 12e siècle.


   Une nef très courte
      Quand on découvre l'église de l'extérieur, on est frappé de voir que la travée touchant le clocher est beaucoup plus basse que le reste de l'édifice. En fait, le robuste clocher carré, qui sert d'entrée, et la travée suivante sont les seuls restes de la reconstruction de l'église à la fin du Moyen Âge.

      On pénètre dans l'église par la porte qui s'ouvre au côté sud du clocher. On trouve devant soi les fonts baptismaux et un tableau représentant le Baptême de Jésus.

      Le vitrail de la baie occidentale est consacré à la lutte de l'archange Michel contre le dragon (Apocalypse 12, 7-9). Il est du 20e siècle tout comme celui qui clôt la seule baie de la travée suivante, du côté sud : "Souvenir de la mission du jubilé de 1926", avec la phrase du Christ, "Laissez venir à moi les petits enfants" (Marc 10, 14).

Le chœur très ample
      A la nef succède un chœur à trois vaisseaux de trois travées couvertes de voûtes néogothiques. Haut et abondamment éclairé, il se termine par un mur droit. Le contraste avec la nef est saisissant comme il l'est à Courlay et à Notre-Dame de Bressuire.

         Cette reconstruction, sur un plan nouveau, remonte au 19e siècle. Les voûtes des deux dernières travées sont datées du dernier tiers du siècle par les armoiries de leurs clés, qui sont celles du pape Léon XIII (1878-1903) et de Mgr Juteau (1889-1893), évêque de Poitiers.

      L'autel du collatéral de gauche est consacré à Marie : "Je suis l'Immaculée Conception", dogme proclamé par Pie IX en 1854. Sur le devant de l'autel est figurée l'Assomption, entre deux saintes.

      Le maître-autel est surmonté par une statue du Sacré Cœur, les bras étendus. Sur le devant de l'autel, l'Apparition du Christ à sainte Marguerite-Marie Alacoque rappelle la demande qu'il fit à la visitandine de Paray-le-Monial de promouvoir la dévotion à son cœur sacré (1673-1675).


      A gauche, on a saint François-Xavier, à droite, sainte Elisabeth de Hongrie. De chaque côté du tabernacle, figurent Pierre et Jean, d'un côté, Paul et le pape Léon le Grand, de l'autre.


Les autels
      L'autel du collatéral de droite est consacré à saint Joseph. Sur le devant, on peut voir la Mort de Joseph, assisté par Jésus et Marie - selon la tradition, Joseph serait mort avant la Passion - ce qui lui valut d'être invoqué, à partir du 17e siècle, comme patron de la bonne mort.
      En 2002, on a placé un nouvel autel à l'intersection de la première et de la deuxième travée à l'est. Il est sobrement orné d'un chrisme, les lettres X (khi) et P (rhô), les deux premières du mot Christ en grec.


Les vitraux
      Ils sont dus à l'atelier de J. Fournier, à Tours, et datent de 1889 et 1894.
      Au mur nord, les trois baies sont consacrées à des saintes. D'ouest en est, on rencontre : Marguerite-Marie Alacoque, qui sera canonisée en 1920, Germaine Cousin, dite Germaine de Pibrac, canonisée en 1867, et Radegonde, reine et moniale très vénérée à Poitiers où elle fonda le monastère Sainte-Croix au 6e siècle.


         Les trois vitraux du mur oriental figurent :
- à gauche, l'Annonciation,
- au centre, saint Hilaire, saint Léger, la Charité de saint Martin, trois évêques surmontés par la Remise des clés à saint Pierre,
- à droite, saint Joseph, "patron de l'Eglise", et le pape Pie IX dans la barque de Pierre.

L'invitation Ite ad Joseph (Allez à Joseph) rappelle que Joseph a été déclaré par Pie IX en 1870 patron de l'Eglise universelle.       Les trois vitraux du mur sud sont consacrés, de gauche à droite, à saint Louis, saint Benoît Labre, canonisé en 1881, et Louis-Marie Grignion de Montfort, à l'origine de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse, qui sera canonisé en 1947.
      Au mur sud-ouest du chœur, un dernier vitrail illustre une dévotion répandue dans la région, celle de saint Isidore, le laboureur.

      Les statues des murs est et ouest du chœur viennent compléter l'iconographie des vitraux et le tableau des grandes dévotions de la fin du 19e et du début du 20e siècle.
      Le long du mur oriental, on verra, à gauche, les statues de différents saints : François d'Assise, Anne et Marie enfant, puis, au centre, celles de Léger et de Roch, à droite, celles d'Antoine de Padoue et Jean-Marie Vianney, curé d'Ars.
      Au mur ouest du chœur, on a placé, au nord, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, à droite, sainte Bernadette.

      Avec son programme d'ensemble à l'évidence bien étudié, le chœur de l'église de Chanteloup offre une remarquable image de ce qu'a pu être la vie d'une paroisse à la fin du 19e siècle. Une maison de Dieu qui continue d'accueillir, comme elle le faisait déjà dans le temps où, le soir, chantait le loup.

© PARVIS
avril 2006
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers