"L'église en laquelle le peuple se réunit pour la louange de Dieu signifie la Sainte Eglise catholique... La porte est le Christ."
(Miroir des mystères de l'Eglise, 12e siècle)
Une terre d'Eglise...
En 964, une terre est donnée à l'abbaye de Saint-Maixent dans le domaine de Chail. Vers 1079, la paroisse est citée pour la première fois. Elle relève d'abord des abbayes bénédictines de Saint-Cyprien de Poitiers puis de Charroux.
A partir de la fin du Moyen Âge, Chail est un prieuré-cure des chanoines réguliers de Saint-Augustin de l'abbaye Notre-Dame de la Réau.
Plusieurs reconstructions...
De l'époque romane, au temps des bénédictins, date la partie basse de la façade et des murs latéraux.
L'église a subi beaucoup de dégradations lors des guerres de Religion. En 1638, la nef unique est restaurée, et c'est peut-être à cette date que le chevet primitif a été transformé en chevet plat, éclairé d'un oculus, avec un pignon surmonté d'une croix antéfixe. Le troisième niveau de la façade est alors aussi refait.
Le choeur a été remanié en 1661. La date et le nom du prieur, Jean Caillaud, sont gravés à la clé de l'arc doubleau entre nef et choeur. Ce dernier présente une partie centrale polygonale avec entrée en plein cintre ; la voûte sur croisée d'ogives est de forme bombée.
Le nom de Caillaud, prieur et curé, apparaît encore à la deuxième travée de la nef. En 1749, cette nef, c'est-à-dire la partie de l'église dont l'entretien est alors à la charge des paroissiens et non du prieur, est en médiocre état. Des travaux y sont effectués en 1750, puis entre 1770 et 1784.
Entre 1840 et 1844, le pignon de la façade a été reconstruit. En 1911, les murs latéraux ont été rehaussés, charpente et couverture refaites, et la nef a reçu une voûte en briques creuses. Trois contreforts sur l'élévation nord, quatre au sud - où l'on remarque un cadran solaire -, deux en façade et deux au chevet consolident l'édifice. Certains se décollent du mur de manière impressionnante.
"Je suis la porte..." (Jean 10, 9)
La porte de l'église est toujours particulièrement soignée. Elle invite, par sa beauté, à entrer dans la "maison de Dieu, qui est porte du ciel" (Genèse 28, 17). A Chail, c'est bien la façade qui retiendra le plus l'attention.
"Le Christ est la porte de ceux qui entrent dans le royaume de Dieu."
(Prosper d'Aquitaine, 5e siècle)
Au centre de la partie basse, la porte est mise en relief par un massif en avancée. Son archivolte comprend des tores et quatre rangées concentriques de disques. Ce motif est fréquent en Poitou et en Saintonge. Les chapiteaux des colonnettes galbées des jambages ont été refaits.
Au deuxième niveau, une baie centrale en plein cintre est encadrée de colonnettes avec chapiteaux à feuillage et surmontée d'une archivolte sans décor. La partie haute de la façade, avec ses deux arcades en plein cintre, a été refaite en 1638, puis au 19e siècle. La cloche de 1864 provient des ateliers Bollée, d'Angers.
De part et d'autre de la baie deux reliefs romans encastrés, protégés par un larmier, sont encastrés. A gauche, l'archange Michel, protégé par un bouclier, plante sa lance dans la gueule d'un dragon - le diable - qui serre une tête humaine entre ses pattes.
"Tu es Pierre..." (Matthieu 16, 18)
...et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise". En Poitou, le mot chail signifie caillou, silex, d'où le nom de ce bourg du Mellois. Le patron de l'église est saint Pierre (précisément rocher, en grec) : ce patronage n'aurait-il pas été en partie influencé par l'étymologie ?
A droite, on reconnaît le Christ au reste d'un nimbe crucifère. Il bénit de la main droite et, de la main gauche, tend les clés à Pierre, renvoyant à la suite du texte : "Je te donnerai les clés du Royaume des cieux ; ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux".
Le texte a été très souvent invoqué à la fin du 11e et au 12e siècle pour justifier la primauté du pape, successeur de Pierre, le premier évêque de Rome, qui avait alors entrepris une réforme* de l'Eglise.
Cette rare représentation de Pierre avec chasuble et crosse est à tous points de vue anachronique. L'iconographie soutient ici l'Ecriture : les évêques sont bien les successeurs du collège apostolique.
Le relief invite à se rappeler que c'est par la mission confiée à Pierre et aux autres apôtres qu'a commencé l'Eglise, mission dans laquelle chaque chrétien d'aujourd'hui a sa part de responsabilité.
* La réforme grégorienne tient son nom de Grégoire VII, l'un de ses principaux instigateurs.