L'église Notre-Dame
de Bressuire
      (Deux-Sèvres)

Situation




"Ma demeure sera auprès d'eux ;
je serai leur Dieu et eux seront mon peuple."

(Ezéchiel 37, 27)

Une histoire troublée
      Bressuire semble naître au début du 11e siècle : c'est donc une ville plutôt récente.
      L'église Notre-Dame apparaît dans l'histoire en 1090. Un acte de donation de Thibaut de Beaumont, seigneur de Bressuire, la confie aux moines bénédictins de Saint-Jouin-de-Marnes qui vont y créer un prieuré. Les autres églises de la ville, Saint-Jean et Saint-Nicolas, dépendaient de la même abbaye de Saint-Jouin.
      La modeste église primitive était à vaisseau unique charpenté ; il n'en reste que les bases des murs de la nef et le portail sud. Le chœur fut voûté au début du 12e siècle. L'édifice était alors pourvu d'un transept. A la fin de ce même siècle, la nef fut voûtée à son tour mais reçut, d'est en ouest, des voûtes de type angevin.

      Un vaste sanctuaire remplace le chœur roman au 16e siècle. La présence des armes des Beaumont-Bressuire indique qu'il fut commencé avant la mort, en 1492, de Jacques de Beaumont. Il fut achevé, avec la sacristie, par les Laval-Montmorency vers 1520.
      Aussitôt après un imposant clocher est construit à l'angle sud-ouest. Les guerres de Religion vont pourtant bientôt entamer la prospérité de la ville. Les conséquences de l'insurrection vendéenne entraîneront sa ruine. L'église échappe à l'incendie de 1794 mais devient magasin à fourrages.

      Les 19e et 20e siècles verront se succéder les campagnes de restauration et l'église sera définitivement classée Monument historique en 1915 :
- 1820 : décoration du chœur
- années 1860 : charpentes, toitures
- 1822, 1863, 1882, 1902 : baies et vitraux
- années 1960 : sculptures du portail ouest
- années 1990 : peintures, vitraux...

La façade et la nef, 11e/12e siècles
      La façade, haute et étroite, s'élève entre deux contreforts massifs. Cette verticalité est rythmée par des lignes horizontales. On ne s'arrêtera guère au portail ouest, davantage création moderne que restauration ; en revanche, le portail sud, que l'on découvre après avoir contourné le clocher, mérite d'être admiré. Obturé à une date inconnue, il présente une sculpture soignée réalisée dans un beau calcaire qui contraste avec le granit local employé pour les murs ou certains des chapiteaux intérieurs.

En haut d'une voléee de marches, l'ancien portail roman était trop abîmé pour être refait à l'identique. Le restaurateur a donc choisi le parti de réaliser une série de chapiteaux librement traités.
      La nef, longue de 28 mètres, large de 9 et haute de 14, aligne trois travées éclairées par des baies géminées. Les supports s'étalent largement contre les murs et reçoivent doubleaux et nervures des voûtes fortement bombées du "gothique plantagenêt". Les chapiteaux taillés dans la pierre tendre sont d'une excellente qualité ; ils associent décor de feuillage.

Le passage donnant accès au rez-de-chaussée du clocher, dans la travée occidentale, n'a été aménagé qu'en 1818. L'espace ainsi gagné a permis l'installation des fonts baptismaux.

Le chœur, 15e/16e siècles
      Le passage de la nef au chœur est d'autant plus saisissant que l'arc triomphal a d'abord fortement réduit la largeur de la nef en multipliant les supports.
      Le vaste carré de près de 25 mètres de côté qui forme le chœur est divisé en trois vaisseaux de trois travées. Les voûtes bombées ajoutent aux ogives des liernes* qui contribuent à donner un aspect de toile d'araignée à l'ensemble.

* contrairement aux ogives, qui forment des diagonales, les liernes sont des nervures parallèles ou perpendiculaires aux axes d'un édifice.

      Ce volume reçoit le jour de huit grandes baies à remplage.
      L'extérieur de cette partie est tout aussi singulier que l'intérieur. Le système des couvertures montre un véritable entrecroisement de pentes puisque des toitures transversales viennent s'appuyer sur des pignons latéraux et coupent la toiture axiale.
      Le rude mariage du granit et de l'ardoise n'est pas ici sans élégance et l'ingénieux dispositif nous épargne la lourdeur d'un cube disproportionné à la nef et couvert d'un seul tenant.

Le clocher
      Le chœur est le lieu de l'autel, surélevé par un large podium. Contrairement à ce que son plan pourrait suggérer, l'église est ainsi fortement centrée sur l'autel, figure du Christ et source de la vie sacramentelle de l'Eglise.

         Haute de 56 mètres, l'exceptionnelle tour-clocher aurait été achevée en 1542 comme le rappelle une inscription, aujourd'hui presque illisible, à sa base.

"Parachevée l'an MVCXLII par L. Gendre et O.doune" : telle est l'inscription relevée au 19e siècle. En réalité, un procès semble indiquer, 14 ans plus tard, que la tour ne fut pas achevée avant le milieu du siècle.       Elle superpose un premier niveau à trois étages, un second niveau compris entre les deux balustrades, enfin un dernier niveau de plan circulaire dont la coupole soutient un lanternon classique refait après la tempête de 1728. Un éclairage bien étudié contribue à leur mise en valeur.
      Au milieu du 16e siècle, peu nombreuses sont les autres églises poitevines qui mettent en œuvre le style de la Renaissance italienne : Sainte-Croix de Loudun, Oiron, Maillezais, les clochers de Fontenay et de Bressuire. Surprenantes sont cette introduction réussie du nouvel ordre architectural dans le Bocage et son adaptation au granit.

Un décor surprenant
      Si les enduits peints de la nef ne présentent aucun caractère particulier, le décor du sanctuaire est d'une tout autre nature.
      En 1821 le peintre-sculpteur Pierre Duvetty, de Saint-Maixent, et le plâtrier Baptiste Pizetty, de Parthenay, sont chargés de réaliser ce décor, les travaux s'étalant sur plusieurs années.

Duvetty devait également créer un imposante chaire à prêcher et deux autels en stuc. La chaire fut supprimée en 1955. Les autels l'avaient été quelque 60 ans plus tôt.
      Les piliers reçurent un décor imitant le marbre blanc veiné. Les murs roses, avec des tentures vertes à franges et pompons blancs, montrent des personnages dans des niches en trompe-l'oeil. Les voûtains furent, pour la plupart, peints en gris et rose avec des acanthes dans des rosaces.

Les personnages encore visibles, côté nord, sont les Pères de l'Eglise latine ainsi que saint Christophe. Le peintre pastichait Lebrun, l'auteur du décor du dôme des Invalides, à Paris. Les 12 apôtres faisaient également partie de ce programme iconographique. Les huit voûtains de la voûte centrale sont ornés des vertus théologales et cardinales, normalement au nombre de sept : la Justice, par exemple, a pour attribut la balance.
      Les décors peints d'époque Restauration ont été rarement conservés dans les églises. C'est généralement plus tard qu'enduits et peintures sont refaits, recouvrant et/ou détruisant le décor antérieur, s'il existait. Récemment redécouvertes et remises en valeur, les peintures de Notre-Dame, associées aux vitraux, donnent à l'église une atmosphère inhabituelle.
      Dès la réouverture de l'église au culte, après la Révolution, l'église était dotée de vitraux. Malheureusement la grêle de 1822 devait les détruire en partie. Il fallut alors, faute de moyens, murer les baies éventrées du sanctuaire.

      Les vitraux de la nef furent installés en 1863. Ceux des baies latérales du chœur datent des environs de 1875 et de 1892, ceux des trois baies du chevet, de 1882.
      Dans la troisième travée de la nef, à gauche, on remarquera le vitrail néo-médiéval qui prend pour thème les saintes femmes de l'Ancien Testament : Ruth, Noémi, Deborah, la mère de Judas Macchabée, Esther...
      Les trois verrières du chevet, très colorées, sont dues à Félix Gaudin, maître-verrier de Clermont-Ferrand. Elles ont été, comme tous les vitraux de la partie orientale, récemment restaurées. La Vierge Marie est présente dans les trois compositions.

A gauche : le Christ en Croix accompagné par la Vierge Marie et saint Jean.
Une inscription rappelle les paroles de Jésus : "Femme, voici ton fils" et "Voici ta mère" (Jean 19, 26-27).

Au centre : l'Assomption.
La Vierge, personnage central, rappelle que l'église est placée sous le vocable de Notre-Dame. Les inscriptions "Ave Maria" et "Qui(s) ut Deus" s'appliquent aux archanges Gabriel, messager de l'Annonciation, et Michel dont le nom signifie "qui est comme Dieu".

A droite : la Pentecôte.
Dans cette verrière qui fourmille de personnages, on reconnaît la Vierge parmi les apôtres recevant l'Esprit Saint mais aussi des auteurs qui ont glorifié la Vierge (saint Dominique, saint Bernard, Cyrille d'Alexandrie) Des inscriptions se réfèrent aux litanies ("Rosa mystica"...) et au texte qui fonde la composition : "Tous étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie, la mère de Jésus" (Actes 1, 14).
      Les trois verrières du côté sud sont dues à Charles des Granges, de Clermont-Ferrand. Elles montrent : l'Adoration des bergers, la Présentation de la Vierge au Temple, Adam et Eve devant Dieu en parallèle avec la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par le pape Pie IX.
  

         Côté nord, la Présentation de Jésus au Temple est la dernière verrière réalisée au cours du 19e siècle. Donnée à l'occasion du 25e anniversaire de la nomination de l'abbé Charbonneau à la cure (1867-1908), elle sort des ateliers du Carmel du Mans. L'autre verrière montre une Annonciation.

La disposition des scènes n'est pas le fruit du hasard. La Présentation de Jésus fait face à la Présentation de Marie. Aux conséquences de la faute d'Adam et Eve répond l'Annonciation, c'est-à-dire l'acceptation par Marie, préservée du péché originel - c'est là le sens de l'expression "Immaculée Conception", à ne pas confondre avec la naissance virginale de Jésus.
Les nombreuses inscriptions sont des références, parfois assez libres, à l'Ecriture.

L'ancien autel majeur
      L'abbé Charbonneau - encore lui - fait ôter vers 1885 l'autel trop encombrant de Duvetty. Il le remplace, contre le chevet, par un autel en lave émaillée réalisé par E. Gillet d'après Raphaël.
      Sur le devant, Jésus est entouré par la Vierge et Jean-Baptiste, tandis que les quatre évangélistes, reconnaissables à leurs symboles, forment les séparations verticales.
      Sur les côtés, et dans la continuité de la tradition médiévale, les quatre grands prophètes déroulent chacun un phylactère portant un verset de leur livre.

A gauche :
Isaïe 7, 14 : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils.
Ezéchiel 37, 27 : Ma demeure sera auprès d'eux ; je serai leur Dieu et eux seront mon peuple.
A droite :
Daniel 2, 34 : Une pierre se détacha de la montagne...
Jérémie 1, 11 : Je vois un rameau d'amandier...

A voir également...
      Les stalles datent des environs de 1530. Elles proviennent de la collégiale d'Oiron.
      La grille du chœur a été déplacée mais fort heureusement pas détruite. Une partie a été judicieusement réemployée pour former une sorte de narthex à l'entrée.
      L'orgue, construit par le facteur Nyssen en 1792, est l'un des rares instruments achevés... pendant la Révolution ! Il s'apparente ainsi au Cliquot de la cathédrale de Poitiers.

© PARVIS
février 2003
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers