L'église Notre-Dame
de Bouin
    (Deux-Sèvres)

Situation




"Salut, reine des cieux… porte par où jaillit la lumière sur le monde."
(Hymne à Marie, 14e siècle)

Siège d'un ancien archiprêtré
      Bouin est cité au 10e siècle comme chef-lieu d'une viguerie, circonscription administrative de l'époque carolingienne. Par la suite, elle devient le siège d'un archiprêtré du diocèse de Poitiers, lequel archiprêtré était partagé entre comté de Poitou et comté d'Angoulême.

      Brûlée au 16e siècle, au cours des guerres de Religion, l'église fut restaurée. Vendue comme Bien national le 16 fructidor an VI (2 septembre 1797), elle sera rachetée en 1833 par l'évêque avec l'aide du préfet.
      Elle est placée sous le patronage de Notre-Dame, en la fête de la Nativité de Marie, le 8 septembre.
      Elle a été inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926.

Une belle façade romane
      La façade est partagée en trois par quatre contreforts plats. Un bandeau, supporté par des modillons dont la plupart des sculptures sont brisées, sépare le pignon de la partie inférieure.

         Le portail en arc brisé comporte deux voussures. L'archivolte s'orne de pointes de diamant et sa voussure elle-même présente une succession de motifs en forme de S, serpents ou palmettes grossièrement travaillées. La voussure intérieure porte, à droite, quatre aigles en méplat alternativement tournés à gauche et à droite. Les chapiteaux montrent des lions et des oiseaux associés à un poisson. Les tailloirs, au-dessus des chapiteaux, alignent des feuilles et des cœurs stylisés.

      Sur le pilastre de droite, le nom de Stephanus - Etienne - est gravé dans une rosace.

      Au-dessus du portail, la baie en plein cintre est encadrée de deux colonnettes et ses arcs sont décorés de dents de scie et d'un damier d'entailles carrées.
      De l'espace largement dégagé devant et à droite de l'église, on pourra admirer le beau clocher gothique du bras sud du transept. Il présente une toiture pyramidale couverte d'ardoise et une baie s'ouvre sur chacune de ses faces. Il a été récemment restauré.

D'importants remaniements
      A la fin du 19e siècle, le mur nord a été démoli et reconstruit sans arcades extérieures ni ouvertures. La voûte maçonnée a été remplacée par un plafond.

      Le niveau du sol a été sensiblement remonté. On s'en convaincra en observant les bases des colonnes et la niche du bras droit du transept, maintenant au ras du sol. Il se trouve de ce fait à la hauteur de la place.
      Le dévers qui se remarque à la partie supérieure des murs du chœur est une autre marque de l'âge de l'édifice.

L'intérieur
      L'église est longue de 32 mètres. La nef est de très peu plus longue et plus large que le chœur. L'avancement des pilastres réduit la largeur à l'entrée du chœur. Cet étroit passage de moins de 3 mètres contribue à l'isoler de la nef.
      La nef, aujourd'hui très dépouillée, ne retiendra guère l'attention. Le mur sud, avec ses pilastres, permet de retrouver sa division en quatre travées.

      L'arcade basse de sa dernière travée correspond à un enfeu, niche funéraire pratiquée dans le mur. Lors des travaux de 1860, un squelette y fut découvert.
      Le transept est large de près de 14 mètres. La belle travée gothique du bras sud retiendra l'attention. Le bras nord est plafonné et est meublé, contre le mur nord, d'un autel secondaire surmonté d'une Vierge à l'Enfant.

         Le chœur constitue une partie bien à part. Il aligne deux travées marquées par des colonnes sans continuité avec l'actuelle voûte en plâtre.

      Le mur du chevet est plat et percé d'une grande baie gothique dont le vitrail est consacré à Marie, titulaire de l'église.

A sa droite, une femme est agenouillée, tenant un livre sur lequel se lit Ave Maria (Je vous salue, Marie). Une petite fille se tient debout à sa gauche, mains jointes. Entre elles est posé un livre avec les mots Regina coeli et les portées musicales de cette hymne composée à la fin du 10e siècle par le pape Grégoire V. Les inscriptions A la mémoire de Marie Martineau et A la mémoire de Marie Ferdonnet renseignent sur l'origine de ce vitrail, sorti des ateliers de L. V. Gesta, à Toulouse.

      On ne manquera pas de regarder, dans le chœur, la piscine de style gothique flamboyant, les pierres tombales de Jean Turpin, écuyer, seigneur de Puiferrier, Bouin et autres lieux, bienfaiteur et restaurateur de l'église, mort en 1663, et de Marie Tessereau, son épouse, morte en 1660.


Une statuaire traditionnelle
      A gauche, en entrant, près des fonts baptismaux : un ange. Le long du mur sud : Radegonde, Antoine de Padoue, Jeanne d'Arc, Thérèse de l'Enfant Jésus et au-dessus de l'enfeu, Anne et Marie enfant. Dans le bras nord : Joseph à l'Enfant. Dans le bras sud : le Sacré Cœur. Tous ces plâtres moulés témoignent de la piété des paroisses au 19e et au début du 20e siècle. C'est probablement l'extérieur - façade et clocher - qui retiendra principalement le visiteur amateur d'histoire de l'art. En entrant, il pourra revisiter les siècles à travers les transformations de cette petite église mais le croyant pourra aussi se laisser guider vers le chœur, son autel contemporain, sa croix sous le vitrail et le vitrail lui-même. Dans ce cadre fait de simplicité, il est aussi possible… de prier.

© PARVIS
janvier 2005
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers