L'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers

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(Vienne)

Situation

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 Le lieu de la sépulture de saint Hilaire
      Hilaire, originaire de Poitiers, devenu évêque au milieu du 4ème siècle, s’est affirmé en Gaule le grand défenseur de la foi chrétienne orthodoxe en s’opposant à l’hérésie arienne, alors triomphante, qui niait la divinité du Christ. Son combat lui valut un exil de quatre en Phrygie (Turquie), au cours desquels il écrivit son œuvre majeure, le De la Trinité, premier grand traité théologique écrit par un gaulois. De retour dans son diocèse Hilaire fut le principal acteur du retour du clergé de Gaule à l’orthodoxie. Il avait fait construire pour sa sépulture, hors les murs, dans le cimetière sud de la ville, une chapelle dédiée aux saints Jean et Paul, martyrs romains du temps de Julien l’Apostat. Il y fut enterré à sa mort en 367 ou 368. Son tombeau fut, dès l’origine, le siège de miracles et reçut la visite de nombreux fidèles. On sait que c’était, au 12ème siècle, une halte recommandée aux pèlerins se rendant à Compostelle.

Une église collégiale
      Une communauté de clercs dirigée par un abbé assura le service de la chapelle, qui devait prendre le nom de Saint-Hilaire-le-Grand. A partir du 9ème siècle cette communauté devient un chapitre de chanoines, et l’église ne sera, jusqu’à la fin du 18ème siècle que collégiale. Depuis le 10ème siècle l’abbé du chapitre est le comte du Poitou, et, à partir du 13ème siècle, alors que le Poitou est réuni à la couronne, le roi de France. Aussi le chapitre sera-t-il particulièrement protégé. Richard Cœur de Lion, Charles VIII, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, y ont été reçus comme "abbés". Le chapitre a fourni 24 évêques. Il a toujours été un centre de haute culture : brillante école capitulaire, riche bibliothèque (détruite lors des guerres de Religion) ; le premier livre imprimé à Poitiers l’a été dans la maison d’un des chanoines (1479).

Une église romane
      L’église actuelle est une construction romane du 11ème siècle (dédicace en 1049) - 12ème siècle, du moins pour le chœur, le transept, la première travée de la nef et le clocher du côté nord. Le visiteur ne manquera pas de noter qu’à partir de la deuxième travée orientale de la nef la construction est toute différente. De fait c’est une reconstruction du 19ème siècle et, pour se représenter l’église romane il faut l’imaginer plus longue d’une travée et demie à l’ouest.

      Il ne faut pas manquer de se placer au chevet, à l’extérieur, pour admirer la superbe succession de plans : niveau des quatre chapelles rayonnantes et des eux chapelles du transept, niveau du déambulatoire, niveau du cul-de-four de l’abside, carré du transept. En revenant vers la façade on s’arrêtera pour voir le clocher nord, qui comptait jadis une porte vers l’intérieur du sanctuaire. On est là dans l’ancien cimetière, où se trouvait une église Saint-Michel, qui sera paroissiale jusqu’au début du 14ème siècle.

      A l’intérieur on est frappé par la surélévation du transept et du chœur par rapport à la nef (2m30), du fait que le sanctuaire recouvre la confession, c’est-à-dire le lieu où fut enterré Hilaire. Le regard va directement jusqu’au vitrail moderne de la baie d’axe où est représentée la Trinité, baie large car le déambulatoire a un nombre pair de chapelles rayonnantes.

 

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      Déambulatoire et chapelles rayonnantes ont encore d’importants restes de peinture murales du 11ème siècle : martyre de Saint Quentin au sud, « charité » de Saint Martin au nord, œuvre d’un atelier qui travailla ensuite à Saint-Savin. Il y a quelques années on a retrouvé des peintures romanes illustrant l’Apocalypse à la base du cul-de-four de l’abside, où probablement était représenté un Christ en gloire. Les piliers de la nef comportaient aussi la suite des évêques de Poitiers, rappel de la fonction, d’église funéraire des évêques qu’eut Saint-Hilaire jusqu’au milieu du 12ème siècle.

      On verra encore les chapiteaux, et surtout le très beau chapiteau de la mort de saint Hilaire, à l’angle du transept et de la nef côté nord.


Une reconstruction nécessaire au 19ème siècle
      Toute la voûte de la nef et une grande partie des murs de cette nef ont été détruites au moment de la Révolution. Amputée de moitié l’église est devenue paroissiale au début du 19ème siècle, après le concordat.

      A l’origine la nef, large de 15 m, était couverte d’une charpente. Puis on décida de la voûter, et, pour réduire la largeur de la portée, on jeta deux rangées de supports, qui déterminèrent les deux couloirs latéraux qui existent avant les autres nefs latérales proprement dites. Lorsqu’on décida, dans la seconde moitié du 19ème siècle de reconstruire la nef détruite à la Révolution, on pensa que la voûte avait consisté en une file de coupoles. D’après le témoignage d’un voyageur, Claude Perrault, l’architecte de la colonnade du Louvre, en 1669, on sait aujourd’hui que la nef était à l’origine couverte en berceau avec doubleaux.

      Pour permettre l’établissement d’une rue la nef fut diminuée, à l’ouest, d’une travée et demie.

      Dans cette remise en état de l’église un orgue fut installé en 1884. Il est classé monument historique, et sa restauration doit avoir lieu en 2003-2004.

      Bien avant d’être, éventuellement, un « monument historique », que l’on visite par intérêt pour l’art, une église est le lieu du rassemblement d’une communauté chrétienne. On déplorera, à juste titre, la disparition de la nef romane et de sa voûte. La communauté réunie pour célébrer sa foi, se souciera d’abord de l’autel, placé aujourd’hui en avant de la confession, comme ce fut le cas du 14ème-15ème siècle au 18ème siècle. Elle aura, en arrière-plan, l’admirable sanctuaire roman. Elle pourra prier, dans la beauté.

 

© PARVIS
février 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers