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novembre 2004
Service des vocations
Conseil Diocésain du Diaconat
1) Un diaconat en cours de construction (P. Joseph Bertaud) 2) Les fondements du ministère diaconal (Pierre Russeil) 3) Pour mémoire (P. Jacques Lefebvre) 4) Le diacre, ministre de la Liturgie (François Lardeau) 5) Le diacre, ministre de la Parole (Bernard Salignat) 6) Le diacre, ministre de la Charité (Colette Reveau et Jean Dubois) 7) Diacres : un service de proximité (Jean-Paul II) 8) Le diaconat permanent invite les vocations au dialogue (Bénédicte Nau) 9) Prière pour les vocations
Il y a eu, dans le diocèse, 35 ordinations de diacre permanent depuis 1981. Un est actuellement en mission à Madagascar et quatre sont en dehors du diocèse pour des raisons professionnelles, à Tours, Ruffec, Lille et Nouméa. Deux diacres sont décédés en 1995 et 2001. Sur les 28 diacres présents aujourd’hui, il y a une parfaite répartition : 14 dans la Vienne, 14 dans les Deux-Sèvres. La moyenne d’âge des diacres est de 58 ans, le plus jeune a 42 ans et le plus âgé 80 ans. Soulignons également la présence de deux moines-diacres à l’Abbaye Saint Martin à Ligugé.
1) Un diaconat en cours de construction (P. Joseph Bertaud)
Il m'a fallu les rencontres régulières avec les trente-cinq diacres du diocèse pour faire, au cours de ces deux dernières années, la découverte du diaconat permanent. Ce sont dès lors quelques images qui s'imposent, d'autant plus fortes que je n'ai aucun bilan à dresser.
Une image immédiatement marquante : celle de la variété du diaconat en Poitou, une variété qui se manifeste dans les appels et dans les insertions, dans les cultures d'origine, dans les cheminements tout autant que dans les situations professionnelles.
Cela pourrait entraîner des distances à cause de diversifications tellement marquées Mais la qualité constante de l'écoute mutuelle est ici le reflet de leurs relations habituelles dont le caractère, toujours chaleureux, interpelle de suite l’"étranger".
On confond trop souvent enthousiasme et exubérance alors que l'enthousiasme est une donnée intérieure qui chez eux, ne se dément pas, l'enthousiasme - au sens authentique - des diacres explique peut-être la montée en force du diaconat. Une montée en force qui, elle aussi, récuse tout tapage et qui s'opère sous nos yeux.
Le visage du diaconat (de ce diaconat tout jeune puisque restauré lors du dernier Concile) évolue paisiblement en fonction des appels, des besoins, des expériences, des confrontations La profondeur des convictions qui habite les diacres, l'acceptation fraternelle de leurs démarches si différentes sont gage du visage abouti que le Seigneur accordera à un diaconat aujourd'hui "en train de se faire".
Heureuse initiative que celle du Service Diocésain des Vocations que de contribuer à révéler un des aspects du nouveau visage de l’Eglise !
2) Les fondements du ministère diaconal (Pierre Russeil)
Du Concile Vatican II est né un formidable élan qui renouvelle la vision chrétienne du monde, en manifestant à son égard une sympathie et une solidarité fondamentales. Peuple de Dieu en marche, l’Eglise est dans ce monde, comme le sacrement du salut pour tous, servante des hommes dans leur humanité et leur histoire. C’est ainsi qu’a été restauré le diaconat permanent, les diacres recevant l’imposition des mains non pour le sacerdoce mais pour le service.
Lors du "dernier repas" le Christ lave les pieds de ses disciples. Là est le fondement du ministère qui fait que le diacre est appelé à participer à cette re-création de l’homme avec le Christ, de façon sacramentelle.
"Le lavement des pieds"
L’Evangile du "lavement des pieds" en Saint Jean (13, 1-15) est le fondement du ministère diaconal. Essayons de mesurer la profondeur inouïe de l’attitude du Christ voulant laver lui-même les pieds de ses disciples.
"Tout entre ses mains" Jésus sait que son heure est venue, et que le Père alors remet tout entre ses mains. Tout, c’est-à-dire la mission de porter nos souffrances, de se charger de nos douleurs, de se laisser transpercer à cause de nos péchés. Dans ses blessures, nous recevrons alors le salut, c’est-à-dire la guérison, la paix, la vie éternelle. Tel est le service du Christ !
Geste d’anéantissement Jésus anticipe ici le grand mouvement d’abandon, de déprise de soi, d’anéantissement total (Ph 2) qu’il va vivre au cours de sa passion. Alors, il se lève de table et dépose ses vêtements, annonçant ainsi qu’il sera dépouillé sur la croix, exposé nu au regard de tous.
Portée sacramentelle Jésus se ceint d’un linge. Il prend la tenue d’esclave pour accomplir le geste de l’esclave. Il verse une eau pure sur les pieds de ses disciples. Cette eau est celle qui jaillira de son côté ouvert sur la croix. C’est l’eau du baptême. D’avance il verse cette eau sur les pieds des siens. Il restaure leur humanité.
"Se laver les pieds les uns aux autres" A l’exemple qui est ainsi donné, les disciples sont appelés à entrer dans ce mouvement de déprise de soi, en orientant leur vie vers la croissance en humanité de leurs frères les hommes, dans le don gratuit de la grâce, de façon sacramentelle.
Sacrement de l’Ordre Le sacrement de l’Ordre s’enracine dans le lavement des pieds et l'institution de l’Eucharistie. Offrande du Christ et service des hommes ne peuvent être séparés, encore moins opposés. Diacres et prêtres configurés au Christ dans le sacrement de l’Ordre, sont, de façon complémentaire, au service de la même mission que l’Eglise reçoit dans l’Esprit.
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Directoire pour le ministère et la vie des diacres (Documentation Catholique n° 2181)
Quelques extraits : - "Le diacre reçoit le sacrement de l’Ordre pour servir en qualité de ministre en vue de la sanctification de la communauté chrétienne." - "C’est le propre du diacre que de proclamer l’Evangile et de prêcher la Parole de Dieu. Les diacres jouissent de la faculté de prêcher partout, dans les conditions prévues par le droit. Cette faculté procède du sacrement." - "L’autorité des diacres, exercée en communion hiérarchique avec l’Evêque et les prêtres, est un service de la charité dont le but est d’aider et d’encourager tous les membres de l’Eglise particulière à participer, dans un esprit de communion et selon leurs charismes, à la vie et à la mission de l’Eglise."
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Théologie du diaconat
Depuis trente ans maintenant, la théologie du diaconat est en travail d’élaboration. En voici un très bref aperçu avec les extraits d’articles de trois évêques de France.
Un ministère qui procède du dévoilement "Nous avons trop souvent l'habitude d'analyser toutes ces questions relatives à la vie de l'Eglise en termes fonctionnels. Nous nous demandons finalement : à quoi sert telle ou telle catégorie de chrétiens ou de ministres de l’Eglise ? Avec les diacres, nous nous trouvons devant des ministres ordonnés qui ne sont pas pour autant assignés à un rôle déterminé dans l'organigramme de nos communautés. Cela peut nous compliquer la vie.‘Cela peut aussi nous rappeler fort à propos que tout, dans l’Eglise, ne doit pas se penser en termes d'efficacité et de rationalité des organisations. L’Eglise est, nous dit le Concile Vatican II, "dans le Christ, en quelque sorte, comme le sacrement du salut". Il peut être bon que des ministres ordonnés reçoivent pour le bien de tous, une mission qui nous rappelle ce caractère fondamentalement sacramentel de l’Eglise et de toute vie chrétienne. Le fait de nous obliger à penser ce que veut dire "être ordonné", en deçà même de toute fonction définie, peut être une invitation à mieux comprendre le mystère de l’Eglise, dans lequel s'enracine toute expérience spirituelle chrétienne." Mgr Hippolyte Simon, Archevêque de Clermont (Diaconat Aujourd’hui - décembre 2002)
Le diaconat dans l’Eglise, corps d’espérance "Les diacres sont ordonnés pour animer la diaconie de l'Eglise, pour tourner la communauté chrétienne vers le pauvre, l'incroyant et la sensibiliser au service que le Peuple de Dieu doit rendre aux hommes à l'exemple du Christ. Tous les membres sont donc concernés par le ministère des diacres. A travers celui-ci quelque chose de l'amour de Dieu est manifesté à tous". "Le service de l'humanité est l'une des dimensions fondamentales de l'œuvre de l'Esprit dans la suite du Christ. Il y a besoin dans l'Eglise d'un ministère qui signifie, rappelle et anime cet esprit de service. C’est là le ministère diaconal : un ministère qui rappelle sans cesse aux communautés chrétiennes que la diaconie est une dimension fondamentale du baptême et de l'Eucharistie que nous vivons." Mgr Francis Deniau, Evêque de Nevers (Diaconat Aujourd’hui - juin 1997)
L’action du diacre s’effectue au nom du Christ créateur et sauveur de l’histoire "L'ordination diaconale conforme une personne au service que le Christ rend à l'histoire des hommes, afin de la conduire vers son achèvement. Car le Royaume est donné, il est grâce. Les efforts humains constituent des réponses au don actif du Seigneur, depuis la création, à travers ombres et lumières. Le diacre, ministre ordonné, signifie la présence du Ressuscité dans la multiplicité des actes qui montrent le dynamisme du Royaume. Aux chrétiens il montre que le Maître de l'histoire veut collaborer avec les hommes pour continuer cette création confiée à l'humanité. Les engagements ne dépendent pas seulement de la bonne volonté, d'un vif sentiment de la justice ou d'une large générosité, ils témoignent des orientations même du Christ (Ph 2, 5). Ainsi le diacre rappelle que le Christ est la source de toute action de justice et de paix, source actuelle et féconde (deuxième préface pour la Réconciliation). L'action du diacre s'effectue au nom du Christ créateur et sauveur de l'histoire : c'est pourquoi il est ordonné "pour le service", "au nom du Seigneur". Car ce monde est appelé à être récapitulé et consacré dans le Christ." Mgr Albert Rouet, "Vers une théologie du diaconat" (Etudes - juin 2004)
Diaconat et communauté
Les solidarités naturelles de chacun des diacres correspondent à leur milieu de vie. Les terrains d’engagement ne sont pas les mêmes pour tous, et c’est heureux. D’où l’intérêt pour le Diocèse d’avoir des diacres dans le maximum de secteurs d’activité, la diaconie étant d’autant plus réelle qu’elle à un visage pluriel. C’est à partir de son insertion dans telle ou telle communauté humaine, dans tel ou tel réseau associatif, syndical ou politique, donc de sa carte de relations, que se déploie le ministère du diacre, au cœur des réalités humaines.
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"Quand notre mission est tout près de chez nous, enracinée là où nous vivons, quand celle-ci frappe à nos portes, dans le quotidien de nos vies, elle prend aussi allure de grand voyage." Jean-Paul
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Au sein d'une communauté, locale ou de secteur, dans le cadre plus large d'un territoire ou d'une mission diocésaine, on essaie, autant qu'on le peut, "de se battre avec les armes de l'amour qui sont d'abord celles de la justice et du droit (Jérémie) Dans ce monde, une mission de veilleur, d'éveilleur et de prophète" (extraits d'homélie, pour l'ordination d'un diacre, à Nanterre, en 1994, par Mgr Favreau, qui cite par ailleurs le diacre lui-même : "Le diacre n'a pas le monopole du service. J'aiderai les copains à ce qu'ils deviennent encore plus serviteurs auprès des gens qu'ils rencontrent").
Les diacres étant dans leur très grande majorité mariés, leur première communauté est bien le couple et la famille. Le "oui" de l'épouse exprimé publiquement au jour de l'ordination se vit tous les jours en correspondance avec le "oui" du mariage. Et cela colore grandement la vie d'un couple dont le mari est diacre.
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"Il y a une part de renoncement et de choix à accepter car, étant femme de diacre, il me semble que même dans les actes de la vie quotidienne, j'engage plus que moi seule ; mais n'est-ce pas là la responsabilité de tout baptisé ?" Florence
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Par l’ordination, le diacre est configuré au Christ dont le service est de révéler le salut de Dieu ; et comme le souligne Mgr Rouet "les diacres, envoyés par l’Eglise, ont pour mission de rendre ecclésiales les tâches auxquelles ils collaborent avec beaucoup d’autres".
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Extrait de la lettre de mission de Louis (Mgr Joseph Rozier)
"Le diacre est auprès de tous le témoin d’une porte toujours ouverte, d’un appel toujours présent, d’une place toujours offerte, dans le champ du Père… Désormais toutes ces tâches prennent une signification nouvelle. Par le ministère diaconal, tu as à manifester d’une manière plus claire et plus effective la dimension d’Eglise de tous tes engagements."
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3) Pour mémoire (P. Jacques Lefebvre)
Au départ du diaconat en Poitou, je vois une volonté de Monseigneur Rozier, qui fait venir en 1978 Bernard Lemettre, diacre du Nord, pour une réunion diocésaine d'information. Huit personnes seulement l'écoutent alors dire "le diaconat est un cadeau de Dieu à son Eglise." C'est ce que j'ai retenu, et ressenti profondément à chacune des 27 ordinations que j'ai accompagnées comme délégué.
C'était le temps des pionniers. Les décisions conciliaires prenaient forme lentement. Tel ou tel cherchait déjà individuellement, avec eux l'évêque voulut participer aux réunions régionales de formation, alors à Blois ou Orléans. Le Comité national du diaconat diffusait des feuilles volantes de réflexion pour cadrer la recherche. Les premières rencontres se firent au centre géographique du diocèse, à Airvault. Sœur Marie-Thérèse apporte sa présence au petit groupe naissant. Et c'est la joie de la première ordination (1981), dans la simplicité. La route s'ouvre d'une façon juste.
Puis vient l'aventure des interpellations écrites, lancée suite à la session nationale d'Orsay. Le terreau était prêt, et la réponse toute belle pour les ordinations des années 85 à 90. La formation avait besoin de se structurer : la région Sud-Ouest, avec l'aide de l'Institut Catholique de Toulouse, opte peu à peu pour un roulement sur quatre ans, et c'est la richesse des rencontres à Saint-Brice, malgré la distance, avec les épouses bien sûr, et parfois même les enfants. Ce fut ma joie que ces rencontres, avecla diversité des diocèses, des milieux sociaux, des paysages spirituels, et avec en même temps une atmosphère quasi-familiale, dans l'unité d'un même projet ministériel. L'option régionale avait ses exigences, que nous étions près de bouder, mais plus encore ses atouts, sans compter les longs temps de partage en voiture sur la route de Saint-Brice.
Vint ensuite une période avec une volonté explicite de ralentissement dans les interpellations, pour laisser le temps d'évaluer la mise en place de ce nouveau visage d'Eglise. Naissaient aussi les ministères reconnus, et il fallait veiller à l'articulation de ces "jeunes pousses". Les cheminements devinrent plus individuels.
Mais voici que tout cela relève déjà des archives de l'archevêché. Le diaconat a pris maintenant un nouveau souffle et sa vitesse de croisière. Alléluia et bon vent !
Merci Seigneur pour mes 17 ans de défrichage et d'accompagnement pour ce "service" dans le diocèse.
4) Le diacre, ministre de la Liturgie (François Lardeau)
Le diacre, dans la liturgie, est ministre de la célébration du Salut. Mais comment définir simplement et brièvement la liturgie ?
Nous dirons qu’elle est l’expression totale du Christ en son Corps qui est l’Eglise, c’est le lieu où s’exprime l’Alliance entre Dieu et son peuple, par les paroles et les gestes du Christ lui-même, dans la dynamique joyeuse de l’Esprit-Saint. C’est pourquoi la liturgie est une œuvre à la fois humaine et divine. Par la Liturgie, l’Eglise est perpétuellement renouvelée par ce qu’elle célèbre. Dans l’action liturgique, les diacres sont l’icône du Christ serviteur de l’Amour du Père pour les hommes leurs frères.
Mais nous, diacres, que faisons-nous dans la liturgie ?
La réponse est dans "Lumen gentium" au numéro 29, et dans le "Motu Proprio" de Paul VI de juillet 1967 : "Il appartient au diacre d'assister l'Evêque ou le prêtre durant les cérémonies liturgiques, d’administrer solennellement le baptême, de conserver et distribuer l’Eucharistie, d’assister, au nom de l’Eglise, au mariage et de le bénir, de porter le viatique aux mourants, de donner lecture aux fidèles de la Sainte Ecriture, d’instruire et d’exhorter le peuple, de présider au culte et à la prière des fidèles, d’être ministre des sacramentaux, de présider aux rites funèbres et à la sépulture."
Dans la liturgie les diacres expriment ce qu’ils doivent vivre tout au long des jours, dans leur ministère de la parole et de la charité.
Pourquoi portons-nous l’étole en diagonale ?
L’étole est le signe de la charge ecclésiale. Elle se porte effectivement comme une charge (la Croix) sur l’épaule, et en diagonale, rappelant la besace que portaient en bandoulière les diacres comme Laurent, pour collecter les fonds et les redistribuer aux pauvres, et figurant aussi la serviette qui pend à la ceinture lors du lavement des pieds. La diagonale peut signifier aussi que le diacre travaille en transversalité : du cœur à la main.
Quelques témoignages...
"Il me vient en mémoire cette dame que j’ai rencontrée un jour en alcoologie. Croyante, elle avait pris de la distance vis-à-vis de l’Eglise à cause de son alcool. Je lui propose de prier. La joie l’envahit alors ainsi que les larmes. Lorsqu’elle retourna vers le groupe de curistes, elle était tellement rayonnante qu’ils sont venus vers moi, m’invitant à les rejoindre pour trouver, eux aussi, la force de s’en sortir, et la joie. Je compris alors que ce n’était pas moi qui faisais le travail et que je n’étais qu’un petit serviteur… Je me compare parfois au petit âne de Jérusalem qui avait la chance de porter le Seigneur. C’est aussi ce que j’essaie de faire pour le donner aux autres." Ernest
"Communiquer est une priorité. S’adresser au petit, à l’humilié, c’est déjà le faire grandir. Quand je le regarde, c’est Toi que je vois Seigneur. Ouvre mes lèvres et viens à mon aide, Seigneur, afin que je puisse encore mieux semer ton amour." André
"Ce n’est pas toujours l’enthousiasme lorsque je prends le PTP ("Prière du Temps Présent"). Il y a des jours où on traîne les pieds, ces jours "secs" où on enchaîne rituellement. Mais il est rare qu’un verset de psaume, un mot de la Parole ne viennent réveiller une petite lueur dans un esprit embrumé. Et quand bien même cette petite lueur ne s’allumerait pas, il y aurait pour moi comme un vide si je ne lisais pas l’office. Ce serait comme rompre une chaîne de prière, une chaîne rejointe pendant l’été 1992. Le décès de notre curé laissa un bréviaire sans usage, c’est alors imposée l’évidence de prendre le relais. C’est ainsi que je commençais mon apprentissage de la liturgie des heures, un apprentissage qui continue." Christian
"Dans les rencontres de préparation de liturgie, de baptême, de mariage, il est important de proposer une lecture spirituelle de l’Evangile, en langage symbolique, un peu à la manière des Pères du désert." Hervé
"Un serviteur doit être disponible, et je crois que j’ai appris cela dès l’âge de 17 ans, quand pendant mes vacances, j’ai été garçon de café. Aujourd’hui, ma journée commence par être disponible pour Dieu, pendant deux heures : Prière du Temps Présent, oraison, lecture, écriture… Cela maintient dans un esprit de disponibilité tout au long de la journée." Georges
"Mon service s’exerce dans la préparation aux sacrements de baptême et de mariage des familles qui vivent dans l’indifférence… pour les mariages je m’y connais dans les demandes de dispense auprès de la chancellerie de l’Archevêché, puisque souvent l’un des fiancés n’est pas baptisé." François
"Depuis que Jean-Paul est diacre, cela fait un peu plus de deux ans maintenant, j’essaie de l’accompagner au mieux en l’aidant à préparer ses célébrations de baptême ou de mariage. C’est une aide matérielle notamment que je lui apporte, en lui tapant tous ses déroulements sur l’ordinateur. Aussi lorsqu’il fait des homélies, le fait de les reprendre après lui pour la frappe, nous permet une réelle discussion, ce qui est une grande richesse pour nous deux. C’est aussi vrai lorsque le soir, il nous arrive de partager notre vécu ou notre expérience de la journée, ce qui est une grande richesse pour nous deux. La rencontre à la maison afin de préparer la célébration, avec les futurs mariés ou les parents, à l’occassion du baptême de leur enfant, est un réel plaisir que nous partageons ensemble, autant qu’un enrichissement personnel. Pouvoir construire une célébration, essayer de s’adapter à chacun pour qu’il se sente accueilli, là où il en est dans la foi et face à l’Eglise, est notre but. Tout cela, c’est un côté que je n’avais absolument pas perçu avant l’ordination de Jean Paul, et c’est vraiment une grande joie pour moi, que de pouvoir l’aider dans sa mission, sans empiéter sur son ministère. C’est lui qui est diacre ! Je ne fais que l’accompagner. Je pense que l’accompagnement est le rôle de l’épouse, tout en sachant que chacun le fait selon son charisme. L’épouse doit être présente tout au long de sa formation, alors il faut continuer après. Pour rien au monde, je ne ferais marche arrière dans cette grande aventure qu’est le diaconat." Annick
Notre rôle dans la liturgie eucharistique
La goutte d’eau dans le calice Comme ministre de la coupe, à l’offertoire, le diacre verse une goutte d’eau dans le calice en disant : "Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité." Ces paroles disent l'essentiel de la vie chrétienne : le Christ tient de nous son humanité, donc la mort ; nous tenons de lui la divinité, donc la vie éternelle. Notre humanité est un milieu divin et tout homme une histoire sacrée. En disant ces paroles, le diacre apporte tout ce qu’il a vécu au milieu des hommes, dans la semaine.
Elévation de la coupe A la fin de la prière eucharistique, le diacre élève la coupe (une seule et unique coupe). C’est la symbolique du "serviteur souffrant", car c’est la coupe du "sang versé pour nous." Le diacre rappelle alors à la communauté qu’elle ne doit pas seulement trouver sa communion sous la forme du pain partagé mais aussi sous le signe du "serviteur souffrant." Nous sommes tous en effet "frères de sang", par le sang versé du Christ. Le diacre élève la coupe en silence, tandis qu’il entraîne l’assemblée dans un retentissant Amen.
La communion au Précieux Sang : l’effervescence de la charité La communion sous les deux espèces nous fait toucher de manière plus profonde le mystère de la Pâque du Christ : la dimension sacrificielle et la résurection intimement liées. Le diacre est ministre de la Coupe, de l’Alliance nouvelle et éternelle, source du monde nouveau. C’est pourquoi, à la communion, la place idéale du diacre est à côté du célébrant principal pour inviter l’Assemblée à communier au Précieux Sang. La Coupe en effet, contient toute l’effervescence de la Charité : pour le diacre alors, ministère de la liturgie et ministère de la charité sont profondément unis.
Le diacre serviteur de la paix "Frères et sœurs dans la charité du Christ donnez-vous la paix !" Par ces paroles avant la communion, le diacre nous invite à réaliser que la paix du Christ nous est donnée pour être redonnée aux frères. Le diacre dit bien : "Donnez-vous la paix", c’est-à-dire le Christ lui-même, la paix définitive qui nous traverse et nous saisit. A la fin de la célébration, les derniers mots que nous proclamons sont : "Allez dans la paix de Christ." Par cet envoi nous rompons l’assemblée comme tout à l’heure nous avons rompu le pain, rappelant ainsi que l’Eglise est pour le monde, sacrement du Royaume.
L’autel vide et la purification des coupes et du calice En purifiant les coupes et le calice, le diacre les fait passer de l’état de sacré à l’état de profane. Il les rend au monde en quelque sorte. A la fin de la célébration, le diacre rend vide l’autel. C’est une manière de dire au peuple qui vient de célébrer : "De la résurrection du Seigneur il ne reste que cette table vide, ce tombeau vide et vous, qui allez dans un instant vous disperser."
La liturgie est épiphanique Toute célébration liturgique est épiphanique. Elle donne à voir, elle déploie le visage de l’Eglise en ses diverses composantes. Or, la charité est le commandement nouveau, la nouveauté essentielle et indispensable (Matthieu 25). Ainsi s’explique la nécessité d’une visibilité ministérielle de la charité dans les célébrations eucharistiques. Dans cette perspective, le diacre n’est pas un ajout, ni un sous-prêtre, mais un visage ministériel essentiel à la vie de l’Eglise, sacrement du salut. Comme le disait récemment un prêtre du diocèse : "Le temps est maintenant venu de s’interroger sur ce qui manque dans une célébration eucharistique quand il n’y a pas de diacre."
5) Le diacre, ministre de la Parole (Bernard Salignat)
Diacres, nous nous voulons à l’écoute et porteurs de la Parole mais tout autant à l’écoute et relais de paroles incarnées et fragiles. Notre ministère nous situe où la Parole de Dieu et les paroles d’hommes se rejoignent.
La remise du livre de la Parole est un des temps forts de l’ordination : "Recevez l’Evangile du Christ que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentifs à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné."
Soyez attentifs à croire à la Parole que vous lirez
L’assiduité à la liturgie des heures nous permet de baliser la journée en nous mettant en communion avec tous ceux qui, par le monde, partagent un ministère ou un engagement religieux. Ce temps est un rappel quotidien de notre appartenance au Peuple de l’Alliance.
La Parole ne se limite pas à sa place dans la liturgie ou à des moments privilégiés de la journée. Comme pour chacun de ceux qui ont soif d’une source vive, il nous faut, à travers les activités quotidiennes, trouver le temps et les moyens. Cela peut se faire en tous lieux, tout autant que dans un oratoire. Ce peut être les textes du jour, une lecture partagée dans un groupe comme une phrase prise au hasard dans la Bible.
Après la lecture, le texte est mâché, comme ruminé ; il apporte d’autant plus qu’il est partagé avec d’autres, il est bien rare dans ces conditions qu’il ne s’en dégage pas du nouveau pour éclairer le chemin. Une telle attitude d’écoute de la Parole n’est pas particulière aux diacres, mais nous sommes, avec d’autres, envoyés par notre ministère pour en rappeler l’importance dans une fidèle relation à Dieu.
Ministres ordonnés nous avons toutefois le privilège, pour la plupart d’entre nous, de pouvoir échanger à partir de cette Parole, avec celle qui nous accompagne depuis notre mariage. Cette "autre", différente et tellement proche, éclaire le texte de sa sensibilité et nous ouvre naturellement à de nouveaux horizons.
Soyez attentifs à enseigner ce que vous avez cru
"Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé." (Romains 10, 8-9)
Au cours de la liturgie nous proclamons l’Evangile et nous sommes invités à en faire le commentaire dans l’homélie. Le ministère de la Parole prend là toute sa dimension, il participe à l’édification de la communauté. Après le travail de préparation, nous nous remettons entre les mains du Père pour que sa Parole prenne chair par nos mots.
C’est un privilège qui nous est donné, malgré nos limites. Nous ne faisons que semer et nous prions, pour que l’Esprit fasse son œuvre dans le cœur de chacun, sur le terrain qu’il a préparé. Comme tous ceux qui en ont la charge, nous recevons des couples qui souhaitent se marier, des familles qui demandent le baptême de leur enfant, d’autres accablées par un deuil. Leur attente ouvre à une parole qui édifie et donne sens au vécu. L’enseignement donné prépare au sacrement qui lui-même devient signe et Parole. Notre foi en Jésus-Christ ressuscité peut s’exprimer et être entendue quand nous restons proches en humanité.
Il n’est pas nécessaire de "dire" ou de parler pour témoigner, car la Parole ne se traduit pas seulement par des mots. Celui qui se sait écouté, a aussi une parole qui édifie ; il arrive même, dans ce cas, que des silences soient plus éloquents que de longs discours.
Le besoin d’écoute est d’autant plus grand que les moyens de communication sont développés. Il y a bien les psychologues, auxquels on fait appel lorsque les blessés de la vie sont traumatisés ; ce sont des professionnels qui font peur et que l’on ne va pas voir tant que l’on n’est pas convaincu d’en avoir besoin.
Ici, le mal ressenti est, le plus souvent, diffus ; il mérite davantage l’affection attentive d’un ami que la technique d’un professionnel. Diacres, nous faisons partie de ceux qui prennent le temps d'accompagner et nous sommes bien dans notre ministère diaconal en signifiant ce que chacun est invité à faire. L’attente est immense et le risque à la mesure de cette espérance.
Soyez attentifs à vivre ce que vous aurez enseigné
La parole de l’homme peut aussi être médiatrice de la Parole de Dieu. Cette parole se lit dans notre témoignage lorsque nous donnons priorité à l’homme et à sa dignité plutôt qu’au rendement et à l’économie de marché.
Faire un sermon sur le lieu de travail n’est habituellement pas opportun mais un mot, une réflexion, peuvent donner sens à une attitude et justifier un engagement. Le témoignage doit pouvoir être explicite et nous ne devons pas perdre les occasions de dire le pourquoi de notre action, sous prétexte de ne pas faire de prosélytisme.
Sans doute faut-il "être" plutôt que "faire" encore faut-il souvent des mots pour donner sens au geste. L’information comme la formation sont aujourd’hui dispensés par les médias. Les moyens de communication permettent de parfaire les connaissances, de prévenir, de faire connaître l’autre ; ils peuvent ainsi raviver la fidélité de l’homme envers Dieu et participer à la communion.
Il fut un temps où la Parole se lisait sur le tympan des églises ou sur la sculpture des chapiteaux, nous ne devons pas, aujourd’hui non plus, négliger ces autres formes d'expressions de la Parole qui sont comme autant de louanges ou de cris de l’homme à travers le temps.
Au service de la Parole, nous devons être attentifs aux autres aspects de notre ministère que sont la charité et la liturgie. "Nous aurions beau parler toutes les langues de la terre, si nous n’avons pas la charité, nous sommes comme des cymbales retentissantes." Nous aurions beau faire de beaux discours, si nous délaissons la liturgie, nous ne sommes "rien" et certainement pas des diacres.
Paroles de diacres
"Quand je lis l’office, je ne le lis jamais seul : il y en a nécessairement d’autres qui au même moment disent cette prière, peut-être célèbrent-ils Laudes quand je célèbre Vêpres mais qu’importe !" Christian
"Lors d’une rencontre de préparation au baptême, des mots clés se dégagent : Amour, Eglise, Accueil, Jésus, Foi… Au delà de la diversité apparente, je fais ressortir ce qui unit les uns aux autres. Chacun avec sa propre histoire, venant chercher dans l’Eglise, un moment de foi, de fraternité partagée." Joël
"Etre humblement à l’écoute des uns et des autres, attentif à ce qui m’entoure, c’est là mon territoire." Jean-Paul
"Je suis témoin du besoin des hommes et des femmes d’avoir un temps de parole pour être écoutés. Chacun s’exprime… se met à raconter son histoire. Des mots surgissent comme amour, partage, famille, solidarité, respect, valeurs..." Joël
"S’adresser au petit, à l’humilié, c’est déjà le faire grandir, quand je le regarde, c’est toi que je vois Seigneur." André
"Humaniser est un grand mot quand on vit la concurrence, la tentation est forte de mettre au "placard" celui qui est dépassé… Après deux mois de discussion et de recherche nous avons trouvé une fonction qui lui permette de ne pas être dévalorisé. Aujourd’hui il est heureux." Jean-René
"Le temps et une écoute donnés, permettent à un jeune de faire une expérience précieuse." Gérard
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- "Le Christ est là présent, c’est Lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures." (Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie n° 7) - "Il est nécessaire que les diacres apprennent l’art de communiquer la foi à l’homme d’aujourd’hui, efficacement, intégralement, dans toutes les cultures, à tous les âges de la vie." (§ 23 du Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents) - "Tous ceux et celles qui adressent une demande d’écoute doivent pouvoir trouver des personnes disponibles dans leur secteur pastoral ou leur territoire." (Serviteurs d’Evangile n° 1432)
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6) Le diacre, ministre de la Charité (Colette Reveau et Jean Dubois)
Le directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents indique au paragraphe 37 : "L'autorité des diacres exercée en communion hiérarchique avec l'évêque et les prêtres… est un service de la Charité dont le but est d'aider et d'encourager tous les membres de l'Eglise particulière, pour qu'ils puissent participer dans un esprit de communion et selon leurs charismes, à la vie et à la mission de l'Eglise..."
Service de la Charité ? Qu'est-ce à dire ?
La Charité, c'est à la fois l'Amour que Dieu donne à l'homme et l'accueil de cet Amour par l'homme. Accueil qui transforme l'homme et qui lui fait découvrir sa véritable nature : aimer gratuitement.
La Charité est la plus grande des vertus pour le chrétien (1 Co 13, 1 - 8, 13). C'est la vertu qui donne sens à toute la vie. Elle est vraiment obéissance aux commandements de Dieu (1 Jn 5, 3). C'est la Charité qui nous pousse à nous poser sans cesse la question : "Qu'as-tu fait de ton frère ?"
"Le diaconat est un ministère ordonné destiné à faire exister et retentir obstinément cette question et à ouvrir des chemins nouveaux". Joseph Rozier
Mais qui est-il ce frère ?
Le frère, bien sûr, c'est le prochain. Ce prochain ce n'est pas seulement le membre de "ma" famille, de "mon" groupe, de "mon" entourage. Le Christ nous a montré que le prochain, c'est celui dont je me rends proche (cf. le bon Samaritain). Ainsi le prochain est celui en qui Dieu se révèle, en particulier le pauvre, l'abandonné, l'exclu.
Diacres, nous sommes ordonnés pour rappeler cette fraternité universelle de toute l'humanité créée à l'image de Dieu. "Se faire proche" est un défi permanent pour l'Eglise ; le ministère des diacres le manifeste.
"J'ai été invité à animer un groupe de délégués des compagnons d'Emmaüs. Il s'agit de leur donner la parole, de les responsabiliser, de maintenir la logique des mots de l'Abbé Pierre "j'ai besoin de toi"... Cette participation change mon regard et me permet d'agir autrement devant des personnes en difficulté et en d'autre circonstance autour de moi. J'en retire une grande ouverture." René
Se faire proche pour être au service de...
Ce service du frère, ce "sacrement du frère" comme le dit Saint Jean Chrysostome est essentiel à la vie de l'Eglise et peut prendre diverses formes. Nous n'en retiendrons ici que trois : l'action caritative classique, l'action structurelle et l'action de création. Celles-ci n’excluent pas toutes les autres actions.
1- L'action caritative (charité en proximité)
C'est la forme la plus traditionnelle de l'exercice de la Charité. Le mode du témoignage interpersonnel est très important. Comme diacres nous y sommes engagés au côté des autres chrétiens.
"J’ai réservé cette matinée pour un travail de préparation concernant le dossier "spécial diaconat". Toc-toc… c’est Inacia qui se présente pour une visite… pour parler… ; et le temps passe vite ! Je pense à cette préparation que nous mettons en commun le lendemain. Je m’inquiète, intérieurement je suis bousculée par ce dérangement… Une question m’effleure : qu’est-ce que j’ai à vivre ? Une réflexion et écrire sur le service de la charité ou me rendre disponible et vivre cette rencontre ? Puis, tout s’apaise autour d’un petit café… de la visite au jardin, d’un échange de graines, de jeunes plantations… Un vrai bonheur partagé." Colette
"L'engagement de mon mari avec "les compagnons", je le vis en complicité. Ce contact avec ceux que notre société ne connaît que par leur passé et qui n'ont pas à faire valoir que leurs erreurs, change ma façon d'être, d'écouter, d'accueillir... Quand parfois l'un d'eux sonne à notre porte, visite inattendue, c'est une vraie joie de le recevoir..." Monique
2- L'action structurelle (organisation de la société)
Pour les mêmes raisons qu'il vient en aide à son prochain, le chrétien doit aussi agir sur les causes qui font le malheur de l'homme. Il s'agit pour les chrétiens de développer un idéal de justice et d'équité à travers la défense économique et sociale des opprimés, des exclus, des étrangers, des plus pauvres. Il s'agit aussi de faire la critique des exploitations et des injustices perpétrées par les systèmes politico-économiques en vigueur. Il s'agit enfin de faire des propositions d'actions concrètes et de réformes pour corriger ces situations et assurer un meilleur partage des richesses.
Nous témoignons comme diacres que l'Eglise doit aussi travailler à promouvoir le changement des sociétés vers des structures plus humaines, plus justes qui permettent à chacun de participer au développement intégral de sa personne. Notre ministère de diacres permet de promouvoir cette part de la mission sociale de l'Eglise.
"La mission que Mgr Rouet m'a confiée se situe principalement dans le monde économique et plus particulièrement au sein du mouvement des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens." Michel
"Je crois que la volonté de Dieu est de rendre le monde plus humain. Une responsabilité d'entreprise c'est vivre toujours en tension, en équilibre entre l'économie et le développement humain. L'Esprit travaille le monde de l'entreprise et le monde des affaires." Jean-René
3- L'action de création (construction du monde)
La création a été confiée aux hommes pour être continuée dans le sens voulu par Dieu en son Fils, le Christ. C'est donc à la suite du Christ que l'Eglise collabore avec les hommes de bonne volonté pour faire avancer la création dans un sens fraternel.
"[Ainsi] le diacre rappelle que le Christ est la source de toute action… que l'humanisation n'est pas facultative… Le diacre sert moins l'Eglise établie que l'Eglise en train de naître… visible… Le diacre est le ministre de l'Eglise ailleurs, là où l'homme peine et espère, combat et aime, bâtit et replante ; il est un homme du seuil." Mgr Albert Rouet
Par leur ministère de la Charité les diacres engagés avec les chrétiens en Action Catholique travaillent à cette humanisation. Ils y témoignent de l'importance de ces actions dans la mission de l'Eglise annonçant la présence anticipée du Royaume dans un monde en devenir.
"Ah ! mais on vous a vu à l'église, vous êtes diacre… on vous voit aussi en ville, comme jardinier vous continuez à faire que la cité soit belle et accueillante." Jean-Paul
Le ministère de la Charité mène aussi les diacres à s'engager dans les débats éthiques où les questions de l'homme et des sociétés humaines sont en jeu. Là les paroles de l'Eglise et des chrétiens sont attendues.
"C’est d’abord, à l’hôpital, auprès des malades, parmi les soignants, que je suis diacre ; j’essaye de ne jamais l’oublier, affronté au désarooi et souvent à la souffrance. Il faut vivre l’Evangile, demeurer serein, dans un univers pressé et bousculé, riche de sa technique, mais bien vite inquiet et inachevé. Il faut être simple, proche, fraternel, si possible bien disponible, et vaincre l’image du médecin forcément pressé et surmené à l’agenda incompréssible ; calmer le jeu, mais satisfaire à l’exigence de l’excellence technique. Diacre aussi en tant que veilleur dans les instances professionnelles, attentif à l’évolution des pratiques et au contenu des textes officiels : lois de bioéthique, projets de loi pour la fin de vie, réforme de la sécurité sociale. Diacre aussi en étudiant les sciences religieuses, en se laissant émerveiller, prêt à rendre compte de l’Espérance qui est en nous." Jean-François
Une dimension prophétique (témoignage d’un autre monde)
Les chrétiens ont une grande responsabilité pour témoigner qu’un autre monde est possible lorsque l’on constate que :
- la globalisation de l'économie et l’idéologie de compétition conduisent souvent à agrandir le fossé entre riches et pauvres, - la course à la croissance a des conséquences destructrices sur l'environnement, - les progrès scientifiques posent aussi de redoutables questions éthiques, - l'individualisme désintègre trop souvent le lien social, - la montée des extrémismes politiques ou religieux menacent la société.
Autant de chantiers où les chrétiens peuvent dire et montrer que cela n’est pas inéluctable et qu’un monde plus juste et plus fraternel est possible. C’est là aussi que notre ministère de diacre rappelle que depuis son incarnation le Christ est dans l'histoire et qu'Il le sera jusqu'à la fin des temps, quand Il aura rassemblé l'humanité et l'aura remise au Père.
Le ministère de la Charité contribue à redire le sens de l'histoire et de l'humanité, à énoncer en paroles et en actes la dimension prophétique de la foi en Jésus-Christ ressuscité. Cela passe aussi par une attention particulière aux jeunes qui sont face à tous ces défis.
"J'essaie d'être attentif aux engagements et projets des jeunes: engagement social, projet professionnel et engagement de vie (mariage). Il s'agit de favoriser l'envie des jeunes de se construire. Accompagner un jeune c'est marcher avec lui, c'est lui donner du temps, le temps ce bien peut-être le plus précieux aujourd'hui." Gérard
"Plus largement que le service qu'il rend, le diacre remplit une fonction prophétique : être acteur là où surgit un trait du règne de Dieu." Mgr Albert Rouet
7) Diacres : un service de proximité (Jean-Paul II)
Message du Pape aux Evêques de France (lors de leur visite "ad limina" le 24 janvier 2004)
Les diacres permanents, le plus souvent mariés, dont le nombre ne cesse de croître dans vos diocèses, ont un rôle important dans les Églises diocésaines. Je les salue affectueusement, eux-mêmes, ainsi que leurs épouses et leurs enfants qui, par leur proximité et leur soutien, les aident dans leur ministère ; vos rapports témoignent de l'estime que vous leur portez et de la confiance que vous leur faites. J'apprécie la mission qu'ils remplissent, car ils sont parfois au contact de milieux très éloignés de l'Église ; ils sont reconnus par leurs frères en raison de leurs compétences professionnelles et de leur proximité fraternelle avec les personnes et la culture dans laquelle elles sont immergées. Ils présentent un visage caractéristique de l'Église qui aime être proche des gens et de leur réalité quotidienne, pour enraciner dans leur vie l'annonce du message du Christ, à la manière de saint Paul à Athènes, dont rend compte l'épisode de l'Aréopage (cf. Ac 17, 16-32). Que tous soient remerciés pour la mission d'Église qu'ils remplissent comme serviteurs de l'Evangile, en accompagnant, souvent dans le cadre professionnel qui est le contexte premier de leur ministère, le peuple chrétien, donnant un témoignage primordial de l'attention de l'Église à toutes les couches de la société et s'attachant, par la parole et par leur vie personnelle, conjugale et familiale exigeante, à faire connaître le message chrétien et à faire réfléchir les hommes et les femmes sur les grandes questions de société, pour que resplendissent les valeurs évangéliques !
8) Le diaconat permanent invite les vocations au dialogue (Bénédicte Nau)
Le Service Diocésain des Vocations suit et accompagne avec un intérêt tout particulier ce qui demeure encore une nouveauté dans la vie de l'Église : le renouveau du diaconat permanent. Alors que les SDV se préoccupent de l'opportunité d'interpeller des hommes, jeunes ou adultes, pour le presbytérat, ils sont attentifs à ce que l'Esprit dit à l'Église dans et par la vocation des diacres permanents. En même temps, devant les temps difficiles que connaît l'Institution du mariage, le SDV se demande s'il n'y a pas un enseignement fécond à recueillir de la part de ces époux qui acceptent de s'aventurer bien loin de leur projet de départ.
Le diaconat permanent, vraie ou fausse vocation spécifique ?
Toute vocation a sa source dans le baptême qui lance chaque chrétien sur un chemin de vie, où consciemment ou non (hélas) il tente de répondre à l'appel du Seigneur. Cette vocation chrétienne doit se concrétiser dans une forme de vie plutôt qu'une autre, où la personne se donne par amour. Amour de Dieu, amour des autres, sans oublier l'amour de soi qui est une condition préalable : "Aime ton prochain comme toi-même", "aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés".
Que nous donnent à voir ces diacres permanents qui ont été saisis au cœur de leur vie adulte ? La grande majorité sont mariés, pères de famille, quelques uns seulement sont restés célibataires. Ils exercent une profession, ils ont des engagements dans un ou plusieurs domaines, politique, syndical, associatif, etc. Un jour, ils sont interpellés par une personne autorisée au sujet du diaconat permanent, et ils se mettent en route. Leurs choix de vie sont-ils remis en cause pour autant ? On ne le leur demande pas...
On leur demande s'ils acceptent de se préparer à recevoir le sacrement de l'ordination diaconale pour exercer un ministère spécifique au milieu du monde. Comment mesurer ce que représente de nouveauté dans leur vie l'intériorisation d'un tel appel ? Ils avancent sur un chemin nouveau, parce qu'une parole leur a été adressée par un tiers, mais cet appel n'est entendu que si une autre Parole vient résonner au plus intime de leur conscience et dans leur cœur telle que : "Avance au large..." ou tout autre message que seul l'Esprit peut adresser à qui Il veut.
C'est un choix à faire pour un don "une fois pour toutes" qu'ils feront de leur personne, non pas comme un religieux, non pas comme un prêtre, mais en devenant néanmoins homme de Dieu, dans le monde. La préparation est longue pour cette "mise à part" qui donnera un souffle nouveau à leur vie "par l'imposition des mains transmise depuis les Apôtres, et plus étroitement unis à l'autel, pour qu'ils s'acquittent de leur ministère plus efficacement, au moyen de la grâce sacramentelle du diaconat".
Leur vie est appelée à devenir "ministérielle", ayant en charge d'être serviteur, signe de la tendresse de Dieu pour les hommes : pas seulement ceux qui sont dans l'Église, spécialement ceux qui sont éloignés, isolés, exclus (de la société, de l'éducation, de la richesse, mais aussi de la foi). Cette tendresse de Dieu, ils continueront de la proposer dans l'intimité familiale, pour qu'elle se mélange à la tendresse humaine avec laquelle elle ne fait qu'un.
Par leur travail, leurs activités, ils participent à la Création là où les hommes donnent de leur vie pour transformer le monde. Hommes de Dieu dans tous les milieux, partout où ils sont ils annoncent le Royaume.
Cette audace de l'interpellation (que nous connaissons également pour l'appel aux ministères reconnus) va-t-elle réveiller notre torpeur, voire notre résignation, concernant l'appel au ministère presbytéral ? Si nos communautés chrétiennes ont compris que le diaconat permanent ne pallie pas le "manque de prêtres", vont-elles s'interroger sur la spécificité du prêtre, pour pouvoir appeler l'un et l'autre, l'un ou l'autre, selon les besoins de la mission et la grâce de Dieu reconnue ?
L'appel venant des chrétiens de nos communautés, que l'on ose lancer en direction du ministère diaconal, n'est-il pas aussi attendu pour que retentisse l'écho d'un appel du Seigneur au ministère presbytéral dans le cœur de jeunes hommes (ou hommes disponibles). Le travail de l'Esprit est là pour s'emparer de toutes ces pierres d'attente.
Diaconat permanent et mariage : une double vocation ?
La question est souvent posée de la place de l'épouse du diacre permanent lorsque celui-ci est marié, et l'on sait que celle-ci devra signifier son accord avant l'ordination. Le lien du couple est comme renouvelé par le sacrement que reçoit l'époux, ce dont témoignent nombre d'épouses lors de leur prise de parole avant l'ordination.
Comme l'exprime Xavier Lacroix , ce qui est spécifique ce n'est pas le mariage en tant que tel, mais le mariage avec un tel ou une telle, parce qu'il engage le don total à l'autre. "Je me donne à toi pour t'aimer fidèlement tout au long de notre vie", c'est une parole qui s'appuie sur l'Évangile : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". L'époux n'est époux que par l'épouse et réciproquement. Le don réciproque fait prendre le feu, crée ce "foyer" où l'amour se dit (avec le feu qui peut n'être plus que braise ou qui peut faire une belle flambée). Cette chaleur est vie pour le monde, à travers tous les aspects de la vie : enfanter, éduquer, accueillir, travailler...
Celui qui va être ordonné, s'il est époux, a déjà donné sa vie une fois pour toutes et sa mission de diacre permanent va se vivre au quotidien dans sa famille, elle s'appuiera sur le sacrement du mariage pour rayonner en fruits de charité dans le monde. Comme tout couple chrétien, le diacre et son épouse continueront à vivre la mission qu'ils reçoivent de par leur mariage (Jean-Paul II parle du "ministère des époux", dans l'Exhortation apostolique Familiaris Consortio). Il y a un ministère dans le sens du service au sein de la communauté familiale, mais aussi eu égard à la situation des époux-parents au sein de la communauté d'Église et de la Société.
La mission du couple se nourrit de la vocation personnelle, particulière, de l'un et de l'autre : chacune demeure et leur alliance permet de porter d'autres fruits, bons pour le monde. Le couple diaconal n'est-il pas particulièrement appelé à en témoigner ?
La figure nuptiale du couple, où la Tradition voit l'image de l'amour du Christ pour son Épouse, l'Église, est grandie par le diaconat permanent dans la mission de service et de charité qu'il met en œuvre. Le diacre permanent est particulièrement signe de la préférence pour les pauvres et les petits, pour ceux qui sont en manque, en recherche, en attente. Par son ordination il se fait ouvrier de Dieu pour "élever les humbles, combler de bien les affamés...", il offre sa vie avec le Christ pour que toute la Création soit renouvelée par Lui.
Le contour de la nouvelle vocation du diacre est ainsi dessiné : un appel par l'Église à donner sa vie en vue de la mission confiée, spécifique au charisme de chaque diacre. Cette seconde réponse se vit par amour, élargissant la première sans l'englober, laissant du jeu pour que la vocation de l'épouse s'épanouisse, ainsi que celle des enfants !
Entrer en dialogue
La vocation du diacre permanent opère un passage de l'homme baptisé laïc à l'homme ordonné pour servir l'Évangile, et, s'il est marié, ceci instaure une double vocation, celle de l'époux qui devient diacre. Cela nous ouvre à une dimension de toute vocation : que l'on soit laïc, chargé d'un ministère reconnu ou non, religieux ou non, ou ministre ordonné, toute vocation porte en elle une part du mystère de l'Amour de Dieu pour ses créatures. C'est en dialoguant entre elles que nos différentes vocations s'épaulent pour s'épanouir.
Puissent nos vocations s'interpeller mutuellement et nous donner l'audace d'appeler autour de nous.
9) Prière pour les vocations
Dieu notre Père, nous te rendons grâce pour ton Fils Jésus Christ. Aujourd'hui, il nous invite à devenir serviteurs, à sa suite.
Dieu notre Père, nous te rendons grâce pour ton Esprit. Qu'il donne à chaque baptisé de découvrir et de vivre sa vocation dans l'Eglise. Qu'il donne sa force à ceux qui choisissent de suivre le Christ dans la vie consacrée, les ministères ordonnés et le mariage.
Dieu notre Père, que ton Esprit donne à nos communautés de proposer de devenir prêtre ou diacre, d'inviter à la vie consacrée, et d'accompagner les époux chrétiens. Que ton Esprit d'amour fasse de nous des serviteurs joyeux de l'Evangile, à la suite de ton Fils.
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