Les visages de la foi

 

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II. LES MULTIPLES VISAGES DE LA CONFESSION DE FOI

 

1. Dire sa foi, c'est affirmer son option fondamentale pour la vie :

la confession de foi peut être soumise aux agitations de surface, aux révoltes ou aux hésitations du moment, elle demeure si elle repose sur une orientation fondamentale de l'existence vers le oui à la vie contre toutes les forces du mal. En reposant sur le roc qu'est le Christ, la foi reste soumise aux tentations de lassitude, de divertissement, de fuite en avant, mais elle reste au coeur de l'Homme et peut refaire surface le moment venu. Les premières communautés chrétiennes concentraient le message évangélique sur l'annonce " le Christ est ressuscité" (kérygme). Si l'explicitation du Kérygme favorise l'intelligence de la foi, il n'en demeure pas moins le coeur vivant et brûlant qui peut renaître de ses cendres lorsque tout semble lui être contraire.

 

2. En confessant notre foi, nous disons notre incroyance :

confesser sa foi, c'est confesser que certaines dimensions de notre existence sont parfois traversées par l'incroyance et ont besoin d'être converties. Prendre le temps de dire ses doutes, ses hésitations, ses zones d'ombre, ses résistances, est une étape importante de la confession de foi. Saint Augustin, dans les Confessions, confesse d'abord sa misère sans Dieu, avant de découvrir la grandeur de l'Homme en confessant Dieu. La foi n'est jamais "chimiquement pure", elle reste mêlée, indissociablement humaine et divine.

 

3. La foi nous met en route, elle provoque des déplacements, elle invite à relire :

la foi nous déloge de nos fausses sécurités, elle nous met en crise en questionnant nos attitudes. Confesser sa foi, c'est l'accueillir toujours à nouveau comme une promesse jamais possédée, comme un appel à changer son regard et sa vie. La foi ne peut être tranquillement affirmée, elle est en constante recherche tant qu'elle ne repose pas en Dieu. La foi est donc itinérante, nomade, en perpétuel pèlerinage, en perpétuel passage (la Pâque), toujours suspendue à l'événement de la communication de Dieu.

 

4. Confesser sa foi implique de se l'approprier, de la faire sienne :

chacun des quatre évangélistes a une manière bien singulière de relater, de mettre en scène, les mêmes événements, selon des projets théologie qui diffèrent selon leur communauté d'appartenance ou leur personnalité de témoins. L'intelligence de la foi est étroitement lié à la nouvelle compréhension de soi provoquée par la Révélation. C'est en me comprenant comme enfant de Dieu appelé à revêtir l'homme nouveau, et non d'abord en dépressif ou en handicapé lourd, que l'esprit de la foi peut m'être ouvert. L'appropriation d'une foi personnelle implique de saisir la nouveauté de vie qui s'offre dans la confession de foi. La foi ouvre des possibles, élargit son horizon d'espérance et de charité, et appelle inévitablement la conversion.

 

5. Le récit, l'histoire, l'image facilitent la confession de foi :

l'identité chrétienne est narrative, elle naît des récits bibliques et de la configuration qu'ils donnent au récit de l'existence de chacun. En confessant notre foi, nous racontons l'histoire de Dieu à la rencontre de l'Homme. Notre propre histoire mise en récit livre son poids d'alliance et ses promesses de vie. En advenant à notre propre histoire ordonnée, nous découvrons la Révélation d'un Dieu qui se dit dans l'histoire des hommes. L'image, le souvenir, le rêve, le dessin sont autant d'énigmes qui nouent notre relation à Dieu.

 

6. La foi s'incarne, se dit, se chante, se peint :

nous croyons en Dieu créateur qui s'est incarné en Jésus. Créés à son image, nous sommes appelés à être à notre tour créateurs dans notre vie, à engendrer du neuf et du singulier à partir de l'ancien et du général. Chacun, selon son charisme, ses talents, découvre la note particulière de sa foi dans l'unique mélodie de la foi de l’Eglise. La foi a stimulé des générations d'artistes, d'architectes, de musiciens qui ont trouvé les mots, les couleurs, les notes justes pour dire leur foi. Sans faire oeuvre d'art, toute création originale personnalise et universalise le contenu de la foi : elle manifeste une appropriation singulière, en même temps qu'elle reste communicable à tous.

 

P. Jean-Christophe Bougouin