Ce que l'éveil de la foi dit à la catéchèse et à l'église
Introduction :
Les évêques à Lourdes ont adressé un message au peuple de Dieu : « Aller au cœur de la foi. »
Pour vivre cette démarche, ils proposent de revisiter la vigile pascale et de découvrir comment elle fait cheminer dans la foi.
A travers quelques sondages, je propose de relire l'expérience de l'éveil de la foi des tout-petits comme expérience fondamentale de la vie croyante et de la vie ecclésiale et de chercher ce qu'il apporte de spécifique, de voir comment l'éveil de la foi contribue à nous situer au cœur de la foi.
J'essaierai aussi de faire le lien avec quelques éléments de la liturgie pascale.
Cette approche est tout aussi pertinente pour d'autres tranches d'âge.
- L'éveil de la foi dit que quelque chose précède
- Avant la catéchèse, il y a l'annonce : le kérygme précède la catéchèse. Le mot catéchèse qui contient le mot écho suggère en effet que les paroles du catéchiste sont des paroles prononcées après d'autres, une deuxième fois.
- Avec des tout-petits, nous sommes familiers, de cette première fois, la première fois qu'il adresse un sourire, qu'il se tient droit, qu'il fait un pas, qu'il dit un mot. Il nous faudrait garder cet émerveillement pour toutes les premières fois.
- dans les listes du nouveau testament sur les premiers ministères, on parle des apôtres et des prophètes comme 1 Co 12, 28, Eph 2, 20, au début du chapitre 13 des Actes les prophètes sont notés avant les docteurs : 1 Il y avait à Antioche, dans l'Eglise du lieu, des prophètes et des hommes chargés de l'enseignement: Barnabas, Syméon appelé Niger et Lucius de Cyrène, Manaen compagnon d'enfance d'Hérode le tétrarque, et Saul. 2 Un jour qu'ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient, l'Esprit Saint dit: "Réservez-moi donc Barnabas et Saul pour l'œuvre à laquelle je les destine." 3 Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils leur donnèrent congé.
- Cette primauté se retrouve dans la liturgie ou un rite d'ouverture précède la proclamation et la méditation de la Parole.
- En ce sens l'éveil rappelle à l'église qu'il est important de prendre en compte ce premier temps, de ce qui se passe en tout premier, avant, sur le parvis, à la porte, de ce qui éveille à la foi.
- Le temps de l'avent est la figure de ce temps d'éveil.
- L'enjeu pour l'église est de croire encore à la naissance de Dieu dans la vie humaine, à l'incarnation, à la présence divine en nos cœurs.
- Les métaphores sensorielles sont des modes qui demeurent pertinents aux autres âges
- Elles sont reprises dans la célébration d'entrée en catéchuménat dans le rite de la signation. Pour une catéchèse d'adulte, on peut les reprendre pour des lectures de l'ensemble du récit biblique (du fruit séduisant à voir dans l'arbre au Christ sur la croix : « ils verront celui qu'ils sont transpercé » Jn 19, 37 ; Ap 1, 7)
- Elles s'appuient sur le texte biblique : récits de guérisons d'aveugles et de sourd-muets.
(Voir par exemple Marc 6 à 8 : guérison du sourd-muet Mc 7, 37-37 & guérison de l'aveugle Mc 8, 22-26)
- Elles ont sont des clés de lecture de l'architecture, mais aussi du parcours liturgique (par exemple la cathédrale avec les deux niveaux : 1er niveau avec arcades aveugles et 2ème niveau avec vitraux ; entrée dans l'église avec la sollicitation de l'oreille par le Grand Orgue, et la contemplation du Christ mort et ressuscité dans le vitrail du chevet : la musique qui incante le silence de contemplation .
- L'enjeu pour l'église est de croire encore qu'un chemin est ouvert, qu'il reste encore à voir, à entendre, à découvrir, à sentir, à goûter, à toucher...
- Les métaphores biologiques ouvrent à une autre dimension
- Des exemples de métaphores biologiques : la germination, la croissance, la sécheresse...
- Dans le travail de l'éveil de la foi comme dans le travail pastoral, elles nous sortent du désir d'efficacité « autre est le semeur, autre est le moissonneur » Jn 4,37 : il s'agit de croire que ce qui est déposé aujourd'hui dans le cœur des tout-petits est important, que ce qui est dit, vécu, annoncé aujourd'hui dans l'église et déposé en son histoire peut donner des fruits un jour.
- Elles s'appuient aussi sur le texte biblique : paraboles « la graine qui pousse toute seule » Mc 4, 26-29, « la graine de moutarde » Mc 4, 30-32, gestes faits ou demandés par Jésus (il prit de la boue, va te laver... Jn 9, 6-7)
- Dans l'apocalypse, l'annonce du jugement n'est pas placé sous le signe des semailles, mais sous celui de la moisson et de la vendange « lance ta faucille et moissonne ... la moisson de la terre est mûre » Ap 14, 15 & « lance ta faucille tranchante et vendange les grappes de la vigne de la terre » Ap 14, 18.
- Elles ont aussi une consonance liturgique (le pain sur l'autel est fruit de la terre, le vin est tiré du fruit de la vigne). L'homme aussi vient de la terre.
- Elles sont utiles pour exprimer le mystère qui touche à la mort et à la vie, mais elles demeurent ambiguës ( cf. les rameaux...)
- L'enjeu pour l'église est de croire encore que la parole produit son fruit, que la croissance de la vie est possible...
- La dimension sacramentelle déjà en figure
- L'éveil dit déjà la fin ultime, la finalité, i.e. la résurrection « éveille-toi d'entre les morts... » Eph 5, 14 . Ce qui se dit ici de l'éveil peut aussi se dire de la confiance (la foi) et d'autres attitudes familières aux tout-petits.
- Le tout-petit est donc déjà la figure de l'accomplissement, il est non seulement l'enfant à éduquer, il est aussi le maître. Il est important de contempler cette « coïncidence paradoxale » qui figure le mystère du Christ : « l'agneau sera leur pasteur » Ap 7, 17.
- La finalité de la catéchèse est la communion avec Jésus-Christ (DGC § 80), c'est d'abord au service de cette relation avec le Christ que nous nous mettons.
- On retrouve ici la dynamique de la vigile pascale : dès le départ la passage de la porte est un pas, un passage, une pâque et figure la pâque de Jésus qui fait sauter les portes qui enfermaient les morts.
- L'enjeu pour l'église est de croire encore à la présence du très-haut au cœur du très-bas, à la présence du tout-puissant dans le tout-faible, de croire au Christ, vrai Dieu et vrai homme, d'annoncer le Christ vivant aujourd'hui.
Conclusion :
L'éveil de la foi (comme la catéchèse), n'est pas qu'une activité parmi d'autres, mais une mission qui donne à l'église sa propre mission, sa propre identité, qui donne à l'église de mieux vivre et comprendre ce qu'elle est.