Précisions sur la mystagogie

 

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Mystagogie, un mot qui commence comme mystère et qui finit comme pédagogie : il désigne la démarche qui cherche à conduire progressivement dans le mystère. Le mystagogue a cette magnifique mission de conduire celui qu’il accompagne au cœur du mystère qui n’a jamais fini de se révéler.

 

La Mystagogie dans le rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA)

Le rituel présente la mystagogie comme un temps. Essayons d’en repérer quelques aspects importants :

-         Le temps de la mystagogie est situé comme temps qui conclut l’initiation chrétienne. Il fait donc partie de cette initiation à part entière. C’est dire que les sacrements de l’initiation chrétienne ne sont pas le point d’arrivée du temps du catéchuménat ou de la catéchèse, mais qu’il faut aussi les considérer comme départ d’un temps nouveau, comme source. Toute la vie chrétienne aura ensuite cette dimension qui consiste à considérer les sacrements comme des points d’ancrage et comme des sources. Ce temps est donc situé après la célébration du baptême. (RICA §236 RR 37)

-         Le temps de la mystagogie est plus particulièrement lié au temps pascal. Les messes des dimanches de Pâques constituent les temps forts de la mystagogie et sont désignées comme « messes des néophytes. » Le mot néophyte désigne les nouveaux baptisés et se traduit littéralement par « nouvelle pousse. » Redécouvrir l’importance de la mystagogie demandera que l’on valorise le temps pascal sur le plan pastoral. La fête de Pâques n’est donc pas seulement un point d’arrivée du carême, mais l’ouverture de la cinquantaine d’allégresse qu’est le temps pascal.

-         Le temps de la mystagogie est proposé aux néophytes, mais implique toute la communauté. (RICA §236 RR 37) Si des temps spécifiques peuvent être proposés aux nouveaux baptisés, il conviendra donc de veiller à ce que la communauté soit participante notamment dans la célébration eucharistique. L’eucharistie est par excellence la mystagogie du mystère pascal : elle nous fait vivre à nouveau le passage, la pâque. Par le baptême, nous sommes plongés dans la mort avec le Christ pour avoir part à sa résurrection, dans chaque eucharistie nous actualisons ce mystère.

-         Le temps de la mystagogie invite les parrains ou marraines à jouer un rôle particulier pour aider et accompagner leurs filleuls. (RICA § 238, 239 & 240)

-         Le temps de la mystagogie s’appuie sur l’expérience nouvelle et personnelle de la vie sacramentelle et communautaire des néophytes. Pour répondre aux questions des néophytes, le catéchiste s’appuie sur l’expérience du sacrement vécu. Voici un exemple lors d’un rassemblement de néophytes. L’un d’eux pose cette question : « aujourd’hui, nous avons la flamme en nous, comment la garder vivante ? » L’évêque lui répond : « rappelez-vous ce que les chrétiens ont fait au début de la veillée pascale. Ils se sont transmis la lumière. Le meilleur moyen de garder la flamme, c’est de la donner aux autres, parce que si on la perd, on peut la retrouver chez les autres »

 

Les finalités de la mystagogie

 

            Le Directoire Général pour la Catéchèse (DGC §89), se référant à l’époque patristique rappelle les deux grandes finalités de la catéchèse mystagogique « qui  aidait à intérioriser ces sacrements et à s'incorporer dans la communauté. »

Pour expliciter ce verbe « intérioriser », faisons un rapide parcours biblique. Avec Moïse, la loi est écrite sur des tables de pierre qui sont posées devant le croyant. Celui-ci doit observer les lois écrites, elles ne sont pas en lui. Avec le prophète Jérémie (31, 33)  s’annonce la parole qui sera inscrite dans les cœurs, elle devient exigence intérieure, lettre inscrite au plus profond du croyant, lettre qui le fait vivre. Pour le chrétien, cette vie intérieure évoque la vie dans l’Esprit : précisément à la Pentecôte, Pierre parle, sort de lui-même la parole qui annonce la Bonne Nouvelle. L’enjeu de la mystagogie est de vivre ce passage en se référant aux sacrements vécus : le baptême n’est pas que l’histoire d’une eau qui coule sur le front, mais devient l’histoire d’une personne qui en communauté a été baignée dans le mystère du Christ.

Pour le dire autrement : à Pâques, nous célébrons Le Seigneur Jésus sorti vivant du tombeau verrouillé, à la Pentecôte nous célébrons l’église naissante sortie vivante de la maison verrouillée. Intériorisant de dimanche en dimanche le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, les apôtres l’actualisent dans leur vie. Le temps pascal a toujours pour nous cet enjeu. C’est pourquoi aussi, on associe volontiers le langage symbolique à la pratique de la catéchèse mystagogique. L’ouverture du tombeau et de la maison touche le langage lui-même qui s’ouvre et pousse l’auditeur vers le mystère.

            L’incorporation à la communauté révèle que ce que nous visons dépasse l’intégration dans un groupe. En devenant filles ou fils d’un même Père, nous entrons en fraternité avec le Fils Unique, mais aussi avec les autres chrétiens : nous devenons membres les uns des autres (1Co 12, 5). La messe exprime ce souhait au cœur de la prière eucharistique : « nous te demandons que nous soyons rassemblés en un seul corps. » L’intégration des néophytes dans des participations concrètes à la vie communautaire est comme un signe qui renvoie à une réalité ecclésiale et spirituelle plus grande : l’incorporation. S’il s’agit d’aider les nouveaux baptisés à trouver leur place, il s’agit aussi de donner un sens aux engagements qui sont pris.

 

Père Bernard Châtaignier