7- Sacrement de la Trinité
La fête des Rameaux nous offre deux évangiles : celui de lentrée du Christ à Jérusalem et le récit de sa Passion. Nous suivrons Saint Matthieu.
Remarquons d'abord que ces deux évangiles, comme tout récit, comportent trois éléments.
Premier élément : il s'agit dévénements, de faits, qui se sont produits et que Matthieu ordonne selon un plan chronologique. Un événement n'est jamais accessible directement, même le lendemain du jour où il s'est produit. Un événement ne prend sens que par une autre composante,
un second élément qui est la signification du fait dont on parle. Nous voyons dans ces textes surgir un conflit d'interprétation au sujet de la signification à donner : d'un côté, Matthieu accumule les références à l'Ancien Testament (à Isaïe, Zacharie, aux Prophètes), pour bien attester la fidélité de Dieu. Ce qui arrive à Jérusalem, c'est ce qui était annoncé, cela devait arriver, les Prophètes l'avaient dit... Face à cette lecture des événements, se dresse la compréhension de ceux qui les dénient ou les dédaignent. La fidélité aux prophéties authentifie la compréhension que lévangéliste avance sur ce qui sest produit devant tout le monde et qui concerne le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée (20,11).
Seulement, dans l'Evangile de Saint Matthieu, un troisième élément élargit considérablement les pages que nous venons de lire. Non seulement il fait appel aux textes des prophètes pour éclairer ce qui se passe, il relate l'ambiguïté de Pilate, l'hostilité de la foule, le calcul des responsables... tant d'interprétations différentes des faits et gestes de Jésus de Nazareth, mais en plus, dans son récit, Matthieu introduit deux autres composantes qui retournent les perspectives purement chronologiques.
- La première souligne qu'il existe une logique interne à la vie du Christ : si on prend tel ou tel point, on ne peut le saisir que dans la logique de lensemble. Je vous en donne un exemple, quand Jésus accompagné des foules venues de tout le monde connu à l'époque (v.9), arrive à Jérusalem au milieu delles ; foules qu'on retrouvera identiques à la Pentecôte, la ville est en émoi, c'est le même mot que pour l'arrivée des mages (2,3).
Ces étrangers venus d'Orient sont ceux qui apportent la véritable nouvelle. Comme Marie-Madeleine portera aux Apôtres l'annonce de la résurrection. C'est la Samaritaine qui apprend à ses concitoyens qui est le Christ. C'est l'étranger qui révèle la bonne nouvelle que les habitudes, les connaissances, avaient empêché de découvrir. Voilà une constante de cet évangile.
- Seconde composante : Le Christ parvenu à Jérusalem va plus loin encore : il pénètre dans le temple (v.12). Là, il accomplit ce geste que tout le monde connait : il purifie le temple en chassant les vendeurs, en expulsant les changeurs. Il dépasse la première cour où se tenaient les animaux et les vendeurs et sapproche de la seconde cour du temple. Alors, écrit Matthieu, il guérit malades et infirmes (v. 14).
Affirmation étrange, puisque malades et infirmes étaient interdits de séjour à l'intérieur du temple. Toute maladie, tout handicap étant une impureté, ne pouvait donc rendre impur un lieu aussi sacré !
Voilà que Jésus entre dans l'endroit interdit. Donc il entraîne avec lui, à la place des changeurs et des marchands qu'il a exclus, des boiteux, des aveugles, des infirmes, des rejetés et il les place à l'endroit central de la sainteté !
L'entrée du Christ à Jérusalem se termine par lacte de rendre à ces hommes estropiés, leur dignité et leurs capacités humaines.
A la fin de la Passion, la même logique intervient : au moment où le Christ meurt, les ténèbres, qui ont recouvert la terre depuis la troisième heure, s'arrêtent. Quand le Christ expire, la lumière apparaît (27, 45) !
Arrêtons tout romantisme et revenons au texte même. Quand Jésus meurt, se lève l'aurore d'un monde nouveau. La preuve : le voile du Temple se déchire, la terre tressaille, les rochers se fendent, les tombeaux souvrent, des morts se lèvent... autant de verbes de naissance ! Cinq verbes exprimant traditionnellement dans la culture du temps, l'exode. On passe à un monde nouveau, monde de vie, monde de résurrection, un monde où les morts se mettent debout. Au moment où le Christ meurt, la terre enfante une humanité régénérée.
C'est cette logique que Matthieu veut nous faire comprendre. Au-delà du conflit des interprétations, il y a ce don premier du Christ qui rend vivants les hommes auxquels on ne penserait pas, les exclus, les boiteux et auxquels on ne penserait plus, les morts si vieux...
En même temps, l'action du Christ échappe à toute interprétation classique, va plus loin que les prophètes. Jésus retourne complètement l'axe de l'attente messianique : le Roi, fils de David, qui mérite le manteau de pourpre, est celui qui va recevoir la chlamyde de la dérision... Le Roi, qu'on doit protéger de son corps dans l'ultime combat, devient l'agneau qui livre sa vie.
Le Christ n'entre à Jérusalem, acclamé et glorieux, que pour faire comprendre la royauté qui est la sienne : celle du service, de la confiance, de l'amour. Ce qu'il fait au matin des Rameaux, il le vit jusqu'au bout, au soir de sa passion.
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Un événement, une interprétation et une logique qui retourne et convertit nos idées. En elle, on voit qui est Dieu. Non pas, le Dieu de nos rêves, le Dieu de nos intérêts, le Dieu qui nous arrangerait peut-être, mais Dieu dans sa vérité : celui qui se donne.
Cette manière décrire l'Evangile nous permet de conclure nos méditations sur le sacrement de mariage.
Un événement, oh ! tout simple, que bon nombre d'entre vous ont vécu : imaginez dans cette église, les deux fiancés, émus comme il se doit. Lui, arrive au bras de sa mère. Elle, attend quelque peu, puis l'assemblée se retourne et elle avance, tout de blanc vêtue, au bras de son père, dans la joie. C'est la répétition d'un geste qui a été long à se fixer, à se dérouler ainsi et qui, finalement, constitue la manière dont, aujourd'hui, nous célébrons un mariage. Un événement.
Evénement qui vient de tant de rencontres, de fréquentations, d'échanges, de confidences... et un jour, ils se sont dit : oui. Oui, nous allons bâtir notre vie ensemble. Leur amour, comme sentiment, devient à ce moment-là, la logique de leur existence.
Ils sont là. L'événement est clair. On prend des photos, la presse locale en parle parfois. On montrera les albums aux amis. Quel sens donner à l'événement ? Quel sens donner au fait que, beaucoup plus qu'une bénédiction, l'Eglise, qui est l'épouse du Christ, engage sa nature propre dans l'échange qu'un homme et une femme font de leur promesse mutuelle de bâtir leur existence l'un avec l'autre ?
Il faut donc aller chercher plus loin que l'Eglise même. Si elle engage sa nature propre, comme épouse du Christ, dans le sacrement de cet homme et de cette femme, il faut donc maintenant senquérir de la propre source de l'Eglise. Cette source profonde, cette manière de comprendre qui est l'Eglise, repose en Dieu. Elle est à chercher dans la Trinité.
LEglise provient du fait que, loin d'être un solitaire, Dieu éprouve en lui-même ce qu'est de se donner à l'autre. La Trinité est le maximum de respect de la personne de l'autre, dans le maximum d'intimité avec cet autre.
Vous qui êtes mariés, vous savez très bien qu'on ne continue pas impunément à dire je ou tu, mais que l'amour bâtit un esprit commun, un nous commun. Ce pronom unit deux destinées dans une même parole. Ainsi l'Esprit unit le Père et le Fils dans une même ardeur, dans un unique amour, l'Unité même. La Trinité est le coeur même du sacrement de mariage.
La différence humaine la plus radicale, la plus fondamentale, est celle des sexes : l'autre est autre que je suis. Il n'est pas simplement un autre homme que moi. Il est la femme que je ne serai jamais et que je ne peux pas être, ma semblable tellement différente, tellement autre.
La différence sexuelle annonce l'irréductibilité de l'un à l'autre. Dieu n'est pas simplement l'autre, Il est le Tout-Autre. Il est autre, autrement que je me l'imagine. Autre que celui qui serait mon vis-à-vis, mon semblable, mon égal.
Tout autre, ce que je ne serai jamais et que je ne peux pas, à la limite, comprendre profondément. Non seulement parce que je suis célibataire, évêque et homme - ce qui fait déjà beaucoup d'handicaps pour parler d'une femme ! - mais, c'est ce que je ne peux pas être, radicalement.
De ce que je ne peux pas être, va naître une union. Non pas la confusion, chacun reste qui il est. Mais cette forme d'union spécifique, qui est la communion d'un homme et d'une femme dans un même amour, à l'image de l'amour du Père et du Fils, dans un même Esprit.
Le sacrement de mariage est le visage même de notre Dieu. Il faut aller jusque là... A la condition immédiate d'ajouter ceci : que le plus grand, le plus immense, le plus beau, se vit dans l'ordinaire et le quotidien.
L'Eucharistie, présence du Christ dans son offrande, nous la recevons dans l'humilité d'un petit morceau de pain. La nature même de Dieu, vous la vivez en reprisant les chaussettes, en disant au revoir pour partir au travail, en faisant la vaisselle, en partageant les mille petites choses et les soucis de la vie. Là nous touchons (rappelez-vous ce qu'est un sacrement), le plus grand dans le plus humble, la totalité dans un détail, tout dans un seul geste.
Votre vie ordinaire, simple, est trinitairement marquée puisque vous vivez l'union dans la différence. Union des dialogues, le soir ; union des rencontres, union des actes d'amour, union de la tendresse. Le mariage est trinitairement marqué dans les choses les plus quotidiennes, les plus ordinaires.
Il ne faut pas faire de la théologie du sacrement un idéal inaccessible. Il faut au contraire incarner cette réalité d'un Dieu toujours présent et partageant, dans la vie quotidienne, la plus simple présence.
La Trinité devient la logique de votre vie. Voilà la signification, l'événement, où se situe le retournement.
Avec fidélité, l'évangile de Matthieu nous montre la logique de la vie du Christ. Au-delà des interprétations, il retourne les prophéties, pour nous révéler que le roi attendu, le messie glorifié, sera cet homme livré ! Ainsi le mariage devient le lieu où Dieu se révèle.
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Pour terminer je voudrais vous faire réfléchir au fait que c'est sur ce point, que j'appelle le retournement, qu'il y a, aujourd'hui, le plus de travail à faire.
Souvent le sacrement de mariage est présenté comme la sacralisation de ce qui existe. La famille est quelque chose d'important, donc on la rend sacrée. La famille est le lieu où naissent les enfants, on sacralise cette procréation. La famille est indispensable à une vie sociale, on sacralise la réalité sociale de la famille.
Je vous fais remarquer que cette approche n'est pas spécifiquement chrétienne. Des non-chrétiens peuvent aisément tenir le même langage. Mais surtout par la sacralisation, vous évacuez ce retournement évangélique.
Vous bénissez le mariage, sans le convertir.
Vous exhaussez une réalité humaine au rang religieux et sacré et vous ne faites pas que la foi transfigure le contenu de ce sacrement. Vous ne faites pas que le passage par léglise modifie votre perception du sacrement de mariage. Alors, le sacrement de mariage ne fait qu'avaliser, bénir, renforcer vos propres conceptions, vos propres mentalités, vos propres orientations. Mais il n'y a pas de transfiguration de l'amour. L'évangile ne renverse pas vos perspectives et ne vous apporte pas autre chose quau fond vous ne possédiez déjà, mais quil bénit ensuite...
En fait, au moment où on croit promouvoir le sacrement de mariage, et pour le défendre, on le banalise, parce qu'on le rend simplement à la condition d'un acte humain, qui recevrait un revêtement sacré lors de sa célébration. Ensuite, on ne peut le justifier que par des argumentations de convenance, tirées de la vie en société, de l'équilibre social, de l'intérêt bien compris d'une politique. Ce sont des arguments humains, terrestres, donc contingents, qui viennent justifier le sacrement que vous avez célébré.
Le sacrement, comme tel, n'offre plus de résistance. C'est la limite la plus grave à cette sacralisation de la perception de la famille lorsquon n'opère pas ce renversement évangélique, si manifeste dans les textes d'aujourd'hui et qui sont à ce sujet d'une clarté exemplaire. Il faut partir de Dieu pour comprendre le mariage : la Trinité en pose le fondement.
La famille garde, quoi qu'il arrive, trois fonctions. Par tous les temps, dans tous les âges, trois fonctions indispensables à la vie de l'humanité. Il n'est pas question de les mettre en cause.
Elle est le lieu de rencontre de sexes différents.
Elle est le lieu de rencontre de générations différentes.
Elle est le lieu de rencontre de la vie privée de la cellule familiale et de la vie publique, à laquelle en particulier le père, doit progressivement introduire.
Mais vous concevez, comme moi, que ces raisons tout à fait nobles, légitimes, respectables et défendables, ne sont pas spécifiquement chrétiennes.
Y a-t-il, dans notre situation d'aujourd'hui, des missions spécifiquement chrétiennes, qu'au nom de l'Evangile on doive apprendre à la vie familiale ?
Est-ce que le sacrement de mariage n'est que la bénédiction d'un amour déjà constitué, pour qu'il soit fécond et se maintienne ?
Ou, est-ce qu'à l'exemple du Christ, auquel ce sacrement vous conforme, vous recevez par le mariage des missions propres, en tant que missions chrétiennes ?
Aujourd'hui, notre Eglise aurait le plus grand intérêt à insister sur le contenu chrétien du sacrement de mariage, pour en montrer la pertinence et la grandeur à notre société qui ne sait plus très bien ce qu'est le mariage lui-même.
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Aujourd'hui, au nom de l'Evangile et des textes qu'on vient d'entendre, trois missions propres peuvent être données à la famille. Des missions qui sont particulièrement urgentes dans notre monde.
La première mission je l'ai appelée, avec un peu de paradoxe forcé, le consentement à la nécessité.
Nous sommes dans un monde individualiste où on rencontre qui on veut, comme on veut, quand on veut. Où les étrangers sont admis quand on a besoin de main-d'oeuvre, expulsés quand on nen a plus besoin. Où ce sont les variabilités de nos besoins, de nos intérêts qui commandent nos relations. Il n'y a plus de contrainte dans les relations humaines.
Cela nous paraît être signe de liberté, je crois au contraire, que c'est la grande faiblesse de nos libertés. Parce qu'alors nos libertés butinent de rencontre en rencontre, sans jamais tenir quelque chose de suffisamment essentiel et déterminant, qui contraigne la liberté à aller plus loin que l'immédiat, le superficiel et le quelconque. Nos libertés flottent, méduses emportées selon les courants des opinions et des modes.
Or le mariage vit une nécessité. Quand vous avez promis de passer votre vie avec quelqu'un, l'autre est là ! Votre liberté n'est plus souveraine, immature, cherchant à papillonner de-ci de-là. Elle a devant elle celui ou celle qui a été choisi, qui désormais est présent et qui est la contrainte heureuse, de conduire la liberté plus loin qu'elle voudrait aller par elle-même.
Une société, dans laquelle il n'y a plus cette nécessité de reconnaître l'existence de l'autre, est une société, qui, sous couvert de libéralisme, est en fait, fort loin de la liberté.
Une liberté, ce n'est pas être exempt de toute nécessité. Elle consiste au contraire, à livrer cette liberté à la logique de sa vie. Logique qu'on vient de découvrir, dans l'existence du Christ.
Nécessité également : vous n'avez pas choisi vos enfants. Et heureusement ! Quel serait ce monde où l'enfant devrait être exactement copie de ses parents ? Tellement le miroir en plus petit de l'enfant qu'on aurait voulu être, qu'il ne pourrait même plus être lui-même. Il serait prié d'être l'esclave des désirs de ses parents. Or, l'enfant arrive, il n'est pas toujours comme vous l'avez souhaité, mais vous êtes bien obligé de l'accepter. Il y a des jours où il sera votre joie, des jours où il sera vos larmes et puis un jour, il partira. Cette nécessité nous apprend qu'il n'y a pas de liberté sans pauvreté, sans refus de posséder l'autre.
Or, au nom de la liberté aujourd'hui, on voudrait que l'homme devienne maître de l'homme. Depuis l'instant de sa conception jusqu'à l'euthanasie. Maître de l'homme au début et à la fin. Maître de l'homme au milieu de sa vie, parce qu'il est utile ou on l'enlève, on le parque ou on l'expulse.
Quel est ce monde, où au nom d'une liberté inscrite sur ses frontons, il n'y a plus aucune nécessité de l'autre ? L'autre, n'est jamais une exigence pour moi, il doit être à mon sens, à mon bon plaisir, à mon gré, à ma botte ...
Ce problème est grave et sérieux. Le mariage atteste au contraire qu'une société humaine où la liberté va plus loin dans la rencontre, est une société où je ne choisis pas l'autre, mais où il est là, nécessaire, du fait même qu'il existe. Japprends à consentir à cet autre.
Le mariage est le sacrement du consentement à la nécessité de l'autre, comme étant celui qui ne dépend pas de mon plaisir, dont je ne suis pas le maître et sur qui je ne peux pas mettre la main.
Je n'ai pas besoin d'expliciter comment cette première mission du sacrement de mariage est profondément conforme à l'Evangile et absolument urgente aujourd'hui.
La deuxième mission pourrait être appelée une mission d'équité.
Le mot n'a pas bonne presse parce qu'on pense que l'équité dispenserait de la justice et que traiter les gens avec équité serait la manière de les accommoder au plus juste de nos intérêts.
C'est l'inverse qu'il faut dire. La justice donne à chacun son dû. L'équité reconnaît chacun comme unique et traite chacun au-delà de la stricte justice, dans son unicité la plus profonde.
Vous qui êtes parents, vous le vivez. Vous avez plusieurs enfants, il n'y en a pas deux pareils.Vous les aimez chacun de votre mieux. A chacun vous adaptez votre relation. Vous adaptez votre attention à ce qu'est chacun de vos enfants. Vous devez gérer cette exigence extrêmement délicate d'être à la fois présents et de vivre une préférence adaptée, appropriée à chacun de vos enfants. Grand signe ....
C'est dire qu'une société humaine n'est pas une société qui donne les mêmes choses à tout le monde et qui traiterait tout le monde de la même manière. Elle est une société où chaque personne est reconnue comme unique, à partir de ce qu'elle est. Où chacun est reconnu pour ce qu'il est devant les yeux des autres. Quel exemple en donner de plus net que le sacrement de mariage, où l'unique est choisi et épousé ? Quand la justice peut aplatir, léquité promeut. Elle passe du régime unique au respect.
Cet enjeu, dont vous avez fait l'expérience au jour de votre mariage, vous apprend que si vous voulez traiter l'autre homme tel qu'il est aux yeux de Dieu vous devez aussi le reconnaître comme unique. Non pas avec des droits négligés, mais au-delà même dun droit à surpasser.
Le mariage est l'endroit où une société fait l'expérience de l'équité, c'est-à-dire de cette justice miséricordieuse où chacun est reconnu pour ce qu'il est, comme une personne unique, donc différente.
Rappelez-vous cette page d'Evangile où le Christ appelle Pierre à le suivre et demande à Jean d'aller ailleurs. Où chacun est traité avec l'attention particulière du Christ et en même temps, dans les yeux du Seigneur, chacun est aimé pour ce qu'il est (Jn 21, 18-23).
Puis-je faire une parenthèse : Dans notre Eglise si nous le vivions !
Mais combien il nous est difficile de pardonner et de reconnaître que le pécheur aussi, a droit à l'équité.
Et que donner une permission à l'un, parce qu'il est comme il est et tel qu'il est, ce n'est pas faire un droit pour tout le monde.
Qu'admettre à la communion une personne et retarder une autre parce qu'elle n'est pas prête, tel est bien le respect le plus radical de ce qu'est une personne.
Traiter avec équité dans l'Eglise, c'est reconnaître que chaque frère et chaque soeur a droit d'être conduit à son pas, comme il est.
Troisième mission du mariage, le respect des différences, que nous proclamons beaucoup et qui n'est peut-être pas toujours respecté.
Certes, il y a des différences qu'on n'a pas à respecter. Le fait d'être différent ne donne pas un droit, ce n'est pas une qualité. Le fait d'être différent ne permet pas de tout dire, de tout faire. Sans quoi, la tolérance devient une affaire de statistiques. Elle est ce que supporte le plus grand nombre. Or, ce n'est pas cela la différence.
Dans l'Ecriture, la différence est le lieu de la rencontre, de l'union, de l'alliance.
Ne sont donc respectables que les différences aptes à entrer en alliance.
Ne sont supportables que les différences aptes et capables d'engendrer de la communion.
Sans quoi, au moment même où vous paraissez respecter la différence, en fait, vous tolérez l'exclusion sous couvert d'indifférence, sous couvert que tout se vaut donc que rien n'a de réelle importance.
Dans le mariage, où la différence est affirmée, vous montrez que cette différence n'est pas de l'isolement. Elle ne conduit pas à faire n'importe quoi, mais cette différence est orientée vers la rencontre, pour la communion, pour l'alliance.
Il y aurait là une tout autre conception de la société où chacun pourrait être reconnu dans la mesure où il participerait au bien commun.
Ces contenus sont des contenus évangéliques. Vous voyez aujourd'hui leur importance comme signe de Dieu même dans notre monde ; comme preuve de ce Dieu trinitaire dans notre société où tant de gens ont besoin d'être reconnus.
Le mariage est le sacrement de ce monde nouveau, né de la croix et de la résurrection du Christ.
(juin 2000)