Le sacrement de mariage


Mgr Albert Rouet



1- L'amour est plus qu'un sentiment
2- Amour et société
3- Alliance et réciprocité
4- Consentir à l'autre
5- Ce que Dieu a uni
6- Mystère du Christ et de l'Eglise
7- Sacrement de la Trinité


5- Ce que Dieu a uni  (Indissolubilité)

Faites attention aux oraisons de la messe : elles sont une nourriture de prière beaucoup plus importante qu'on ne le pense ! Une des liturgies se termine par cette supplication : "Seigneur, donne-nous toujours soif de la vraie vie". Nous venons de communier, nous avons donc reçu tout ce que, sur cette terre, nous pouvons désirer de plus riche, de plus fort, de plus aimant, la présence même de Jésus en notre coeur. Et au moment où nous remercions Dieu de cette communion qui devrait nous rassasier, voilà que nous lui demandons : "donne-nous encore soif" !

L'Eucharistie est un pain qui donne faim, parce que l'amour est insatiable. C'est justement par ce côté inépuisable du désir d'aimer, que se définit la fidélité, sur laquelle nous allons méditer aujourd'hui. Fidélité que l'on dit compromise à notre époque au vu des statistiques du divorce.

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Peut-on tenir le registre de toutes les infidélités conjugales ? Aujourd'hui, au moins, le divorce est un fait public, on peut donc le dénombrer. Mais que dire de cette littérature de la fin du siècle précédent et du début de ce siècle, dont le thème favori tournait autour de l'adultère ? Il n'y avait pas de divorce, certes en ce sens il y avait toujours moyen de se reprendre, il y avait toujours moyen de revenir. Mais des couples divisés s'installaient dans deux vies parallèles, partageant non plus la joie, ni même la peine, mais surtout l'indifférence. Dans les bonnes familles, on essayait qu'il n'y ait point trop d'hostilité à cette cohabitation matrimoniale, sur mode de séparation.

S'il y a autant de difficultés à vivre la fidélité aujourd'hui qu'hier, c'est probablement, pour nous chrétiens, pour des raisons d'ordre spirituel.

Les raisons sociales sont connues. L'isolement des couples est un drame de notre époque. Mais au manque de fidélité existe une raison spirituelle que l'on pourrait aborder par cette question probablement surprenante : fidèle, mais à qui ?

Apparemment, la question va de soi, puisque ceux qui sont fidèles dans le mariage répondent évidemment : fidèle au conjoint. Les pourfendeurs de la fidélité qui ne voient dans le mariage qu'un carcan dont il faudrait se libérer au plus vite, savent également très bien à qui il s'agit d'être fidèle : au conjoint auquel ils ne veulent pas se lier, fidèles à l’instabilité.

Donc poser cette question, impertinente j'en conviens, ne porte pas sur le fait de la fidélité mais bien sur son contenu !

Or je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui, même entre chrétiens, nous soyons très au clair sur le contenu de la fidélité. La question mérite donc d’être posée, comme une soif, c’est à dire comme une prière.

Si l'on aborde le sujet par la négative, on pense immédiatement au côté volage, au vagabondage sexuel, “aux coups de couteau au contrat de mariage”, selon l'expression appliquée à Don Juan. Justement, restons un instant sur Don Juan, un des grands mythes de l'imaginaire de notre culture.

Don Juan est un homme qui promet, promet sans arrêt, mais le corps ne suit pas. La parole vole, mais jamais le corps ne peut s'attacher. Parce que le corps ne peut pas s'attacher, la parole, la promesse inlassablement reprise, ne peuvent que décevoir et décliner. Don Juan est le type même de l'incapacité d'aimer. Dans ces faillites répétées où il croit dominer les femmes qu'il berne, en réalité c'est lui-même qui rencontre l'échec, puisque jamais, manquant au temps, il ne rencontre l'amour. Sa parole échappe au dialogue, faute de l’engagement du corps.

Don Juan est la parole qui évite de se donner, en quoi il se révèle incapable de sortir d'une rigidité étonnante. Alors qu'il se présente au dehors pour un libertin déterminé, il demeure intérieurement lié à une fidélité envers lui seul. Don Juan ne change pas. Il est étonnamment fidèle, mais à lui seul.

Fidèle à sa recherche qui est vouée à ne jamais aboutir parce qu'il n'en prend pas les moyens. Se heurtant, d'impasse en impasse, à l'absence de l'autre. Don Juan est celui qui cherche quoi ? Probablement à exorciser la peur et l'angoisse de la solitude qui l'habitent depuis toujours.

A la question de l'infidélité ou de la fidélité, Don Juan doit répondre qu'il n'est fidèle qu'à sa propre tristesse, en quoi d'ailleurs, il peut être rapproché de quelqu'un qu'on qualifie de traître, Judas.

Peut-être bien que Judas est le seul qui ait été fidèle ! Ayant rencontré le Christ pendant trois ans, rien ne l'a fait évoluer. Entré à la suite du Christ pour un succès messianique matériel, tangible, militairement constatable, rien n'a fait changer Judas. Il a tout trahi, sauf lui.

Il a abandonné son maître et son ami par un baiser. Mais Judas est resté implacablement fidèle à son désir de réussir.

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Si bien que dans l'errance, dans le côté volage, que l'on interprète parfois très superficiellement, il peut y avoir une forme étonnante de fidélité qui est en réalité une constance.

Combien de ménages, ayant vieillis l'un à côté de l'autre, sont tellement endurcis, habitués, alourdis par la poussière des jours, qu'ils sont devenus parfaitement incapables de se tromper l'un l'autre, tout autant qu'ils sont devenus incapables de s'aimer réciproquement.

On touche, là, la plus grande des difficultés, cet abîme qui sépare la fidélité de la constance. La constance demeure intangible, inaccessible, tel qu'on est. Elle se fige dans une volonté de conjurer le temps et c'est un leurre. Elle fixe un moment de la durée dans un refus de toute évolution.

La constance est l'infidélité même car elle idolâtre un moment déterminé de l'existence. Elle sacralise des gestes, des habitudes et elle s'en tient matériellement à la conservation du même, comme si le temps n'existait pas. Il n'y a donc pas de contradiction interne entre Don Juan et les Pharisiens. Ils se prennent pour éternel ; il ne sont que pétrifiés dans l’immuable.

Ceux de l'Evangile, qui croient faire de mieux en mieux, alors qu'en réalité ils font de plus en plus, parce qu'ils s’attachent à la sauvegarde matérielle d'un certain nombre de rites, d'attitudes, de pratiques, de règles, ils prennent leur constance implacable et durcie pour de la fidélité.

Il va donc falloir trouver le chemin de l'authentique fidélité entre deux excès, par exemple : entre la rigidité de rites codifiés (les heures des repas du soir dans les vieux ménages) et la surprise d'inviter quelqu'un à l'improviste ! J’ai fait beaucoup de préparations au mariage. Tous les couples, tous, voulaient être ouverts et accueillants. Cinq ans après, ce projet se termine parfois par le bridge du vendredi soir ! Constance. On se croit ouvert parce qu'on a rétréci ses exigences à l'horizon d'un petit cercle élu. Ce n'est pas de la fidélité. L’amour y meurt en se sclérosant, tison éteint d’une ancienne ardeur.

Dans l'adultère, cette altération, selon l'étymologie, du mariage, le corps trahit et l'on prétend que l'esprit peut rester fidèle. Mais dans la constance, c'est l'esprit qui trahit, même si le corps ne bouge pas.

Le libertinage et la constance commencent par écarteler le corps et l'esprit, d'un côté ou de l'autre. C'est pourquoi toute rigidité est une trahison, une infidélité fondamentale, sous prétexte de fidélité. Le drame est là. Parce que la vertu peut s'enorgueillir de ne jamais avoir trahi, le conjoint croit que cette raison suffit pour aimer encore.

Nous avons bien du mal à comprendre cela aujourd'hui et je pense que la présentation que nous faisons du mariage souffre, dans ce domaine précis, d'une insuffisance.

La théologie traditionnelle présente le mariage comme un contrat. Le mot a eu son importance et sa grandeur. Il a servi pendant des siècles à l'Eglise pour défendre la liberté conjugale des jeunes gens et surtout des jeunes filles. Nul ne pouvait contraindre au mariage. Le mariage est un contrat libre entre deux personnes aptes à se marier, car tenues pour décider d'elles-mêmes. C'est au nom de la théorie du contrat, que pendant des siècles, l'Eglise à défendu la liberté de se marier, bien souvent contre des familles.

Mais, aujourd'hui, voilà que cette théorie se retourne contre nous, parce que le contrat, vous le savez bien, est éminemment privé et celui qui a pouvoir de contracter, a également pouvoir de rompre le contrat. La liberté même du contractant se manifeste dans la capacité qu'il a de détruire le contrat qu'il a pu signer, moyennant certaines conditions, au besoin moyennant compensations, intérêts, que sais-je ?

A force de s'appuyer sur le contrat, on ne se rend pas compte que, dans la mentalité contemporaine, l'approche contractuelle fonctionne au détriment du mariage. Elle l'a soutenu pendant des siècles, puisque elle fournissait l'assise juridique permettant à des personnes de se marier. Mais aujourd'hui, un contrat se déchire ou se change. Cette théorie elle-même se retourne. Je comprends qu'un certain nombre de chrétiens soient désarçonnés, ils continuent à répéter cette théorie, alors même que ceux qui les entendent ne la partagent pas ou, plus exactement, la lisent à l'envers.

A la capacité de rompre ou de modifier spontanément un contrat, s'ajoute que l'amour est devenu un sentiment privé dont les personnes sont maîtresses. Il se peut que l'époque technicienne qui est la nôtre accentue, par compensation, le besoin de romantisme et de sentimentalité qui nous caractérise également.

Comme, finalement, à partir d'une théorie majoritaire, seulement majoritaire, qui, depuis le jansénisme et Pierre Nicole en particulier, fait que les ministres du sacrement de mariage sont les conjoints et non pas le prêtre, plus personne ne sait très bien ce qu'on échange en réalité.

Vous abandonnez ainsi, à une époque individualiste comme la nôtre, le contenu du sacrement, ce sentiment d'aimer, la base du sacrement, le contrat et le ministre du sacrement, à l'appréciation unilatérale des fiancés devant l'autel. Comment voulez-vous que le jour où rien ne marche plus, ils ne décident pas tout seuls de rompre ? Vous leur avez tout donné, vous leur avez tout remis, ils vont donc mesurer leur fidélité à l'impression qu'ils en ont.

Voilà comment une théologie, complaisante de fait à une mentalité et à un temps, abandonne une autre approche qui serait probablement plus nourricière pour ce temps.

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Car, pour le dire rapidement, le sacrement de mariage n'est pas d'abord (il l'est ensuite, bien sûr), un contrat entre un homme et une femme.

Revenons à la magnifique expression de Tertullien : "Le mariage est la bénédiction (entendez au sens de consécration), d'un amour déjà né ou en train de naître".

Quand vous venez célébrer la messe ou y participer, le pain est déjà cuit, il est là. Donc, ce qu'on présente à l'Eglise, c'est un couple qui s'aime, un amour déjà constitué et le mariage est plus qu’un contrat entre deux personnes, une alliance entre un couple et Dieu.

Le coeur du mariage porte sur l'union de l'homme et de la femme, devant Dieu. S'il y a sacrement, ce n'est pas simplement horizontalement à la mesure de l'affection que se portent un garçon et une fille, mais bien par l'entrée de Dieu dans un amour déjà partagé et qui vit.

Dieu est comme un “tiers fondateur” entre un homme et une femme, exactement comme Il le fut entre Adam et Eve. C'est-à-dire que le mari n'a pas simplement sa compagne à ses côtés, il a celle que Dieu lui a donnée. La femme n'a pas simplement un homme avec elle, elle a le mari que Dieu lui a présenté. Dans le regard de l'autre, à travers le mystère profond de la liberté de l'autre, c'est Dieu qui se présente et est contemplé.

Se marier, c'est vouloir que l'amour échangé, soit regardé avec les yeux de Dieu. C'est regarder l'autre comme Dieu le voit. C'est pourquoi, bien avant d'être un contrat, le mariage est d'abord une alliance. Il est l'alliance entre un Dieu et un couple.

C'est parce que Dieu est partie prenante de cette alliance, parce qu'il en est contractant, parce que Dieu lui-même est le fondateur de cette alliance, que le mariage est indissoluble.

Car il repose, non pas sur l'échange d'un homme et d'une femme, dont on sait très bien la fragilité. Un amour humain peut être détruit, irrémédiablement détruit. Si vous faites reposer le mariage uniquement sur les capacités d'un homme et d'une femme, alors la destruction risque d'avoir un jour raison des capacités. C'est reconnaître équivalemment, que nul ne peut être fidèle tout seul.

Au contraire, puisque Dieu est partie prenante de la vie intime du couple, alors le mari est chemin vers Dieu pour sa femme et la femme est chemin vers Dieu pour son mari. La fidélité conjugale découle de l’alliance par laquelle Dieu me donne aujourd'hui le conjoint avec lequel Il me lie. Dieu se révèle en celui (celle) que j’aime.

On l'a déjà vu à propos des sacrements, dans le cours du temps qui fluctue et qui passe il y a cette profondeur -kairos-, ce moment fondateur, qui est présence de l'éternité.

Vous n'êtes pas seulement soumis à la temporalité, à la durée qui s'en va. Chaque instant à la fois dans le cours du temps et au coeur de l'éternité.

Etre fidèle c'est voir l'autre, apprendre à voir l'autre, dans le regard que Dieu nous donne pour le contempler. C'est pourquoi la fidélité est une conversion.

Il ne suffit pas simplement de rester côte à côte, il ne suffit pas simplement de découcher un soir... La fidélité est un acte créateur, parce qu'il s'agit chaque fois de découvrir l'autre dans son mystère inépuisable que Dieu donne de découvrir. C'est apprendre à voir l'aujourd'hui de l'autre dans ce présent d'éternité.

Détaillons un peu : on se rappelle que l'alliance de Dieu, sans cesse, avance et progresse. La grande figure en est Elie. Elie persécuté, condamné à mort, retourne à l'endroit où Dieu est apparu à Moïse.

Qu'est-ce qu'Elie désire ? Comment attend-il la fidélité de Dieu ? Il veut que Dieu se manifeste, comme Il s'est manifesté à Moïse : dans le fracas des éclairs et du tremblement de terre. Comme autrefois, à l’identique.

Vous connaissez la scène : Dieu n'est pas dans le tonnerre ni dans le tremblement de terre. Surprise, la fidélité change, évolue au cours du temps... La fidélité n'est pas restée comme hier. La fidélité est d'être aujourd'hui, avec l'aujourd'hui de l'autre. A ce prophète condamné, Dieu se présente comme une brise adoucissante et apaisante (1 R 19,11-13).

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On doit donc dire que la fidélité est une désillusion créatrice.

Désillusion, parce que l'autre évolue, change, l'autre ne sera jamais comme il a été il y a quinze ans, moi-même aussi j'évolue. Désillusion par la mort des illusions.

L'autre ne correspondra jamais à l'idée que je m'en fais. Je dois sans cesse me dépouiller des images que j'ai de Dieu et des images que j'ai de l'autre. La fidélité passe par la croix, car il est crucifiant de renoncer à ses propres besoins, à l'idée que l'on se fait de l'autre, à l'envie qu'on a de lui.

C'est dans cette mort que va renaître véritablement l'autre comme autre, celui sur qui je ne peux jamais mettre la main, même après cinquante ans de mariage. Toujours aussi neuf, toujours aussi créateur, toujours aussi donné.

L'exemple d'Elie est l'exemple de la fidélité de Dieu. Elie est déçu tout d'abord, car Dieu ne se présente pas comme il l'attendait. Et Elie est comblé parce que Dieu lui donne l'aujourd'hui dont il avait besoin. Mais il ne le découvre qu'après.

C'est l'autre qui me donne de lui être fidèle. L'infidélité d'un des conjoints ne laisse pas l'autre indemne à l'origine. L'autre est souvent fidèle, dans la mesure où je lui donne de m'être, à moi, fidèle. Telle est la grande responsabilité, celle de s’ouvrir à demain. Acte d’espérance..

Car cette fidélité est un travail. On n'est pas fidèle aisément. La fidélité ne consiste pas à traverser sans histoire, sans appendicite ni épidémie, une vie conjugale. Elle est de se demander, chaque matin, comment mieux aimer l'autre. Comment le recevoir et le découvrir. Comment contempler son mystère, que Dieu seul connaît.

Par là, la fidélité est pardon.
Ce qui tue profondément un couple, ce n'est pas toujours une faute réputée grave, ni un accident, dès lors qu'on accepte de ne pas en faire un drame, ou plus exactement dès lors qu'on accepte de ne pas prendre inconsciemment plaisir à en faire un drame. Le plus grave n'est pas dans ces écarts, mais bien dans le déclin de la fidélité en constance. Parce que là, elle y perd son goût, son élan, sa soif.

Etre fidèle n'est pas tourné vers l'arrière.
Etre fidèle est tourné vers l'avant, comme l'espérance radicale d'une soif plus grande d'aimer davantage.

C'est parce que l'autre n'est jamais identique aux torts et erreurs qu'il a faits, que l'espérance est possible et que le pardon arrive.

Il n'y a qu'à relire l'histoire de l'alliance dans l'Ancien Testament et jusqu'à la mort du Christ, pour se rendre compte à quel point Dieu a maintenu une alliance qu'inlassablement des hommes brisaient.

La fidélité n'est pas une œuvre du passé, elle est un travail d'espérance, un travail quotidien depuis les humbles choses : écrire, téléphoner, être à l'heure, respecter l'autre... Ce travail de tous les jours, cette petite pierre, bâtit la fidélité. Ne croyez pas qu'à dédaigner ces détails, on se prépare le coeur à être fidèle le jour où il y aura gros temps.

En ce sens, la fidélité est révélation de Dieu. C'est cela qu'il nous faudrait aujourd'hui redire. Si nous défendons la fidélité uniquement autour du passé, nous ne serons pas crédibles. Nous serons amenés à raconter des slogans et on se moquera de nous.

Mais si nous parlons de la fidélité en termes d'espérance, parce qu'on n'a jamais fini d'aimer, qu'on n'a jamais découvert l'autre, que le Dieu qui m'a donné un conjoint, est un Dieu qui me donne aussi, en même temps, de pardonner au conjoint, d'espérer en lui, A ce moment-là, la fidélité prend toute sa splendeur.

Elle est révélation du visage de Dieu, car je comprends ainsi que la seule raison d'aimer est de ne pas aimer encore assez, pour recevoir de l'autre la capacité de l'aimer mieux.

C'est l'apprentissage de notre pauvreté.
Il n'y a peut-être que dans la fidélité où l'on touche avec le plus d'acuité ce fait que nous ne savons pas aimer. Il nous faut l'apprendre, jour après jour, en acceptant cette humilité d'un amour médiocre, que nous donnons parfois avec beaucoup de passion, en passant par la croix de ne pas être capable d'aimer comme on voudrait aimer. Alors l'espérance nous ouvre le chemin de la rencontre et de la soif.

“Donne-nous Seigneur, d'avoir toujours soif”.

(mai 2000)