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Messe chrismale 2007
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2 avril 2007
Homélie de Mgr Albert Rouet
(cathédrale de Poitiers)
Quand on a construit cette cathédrale, des hommes et des femmes n'avaient pas de maison. Mais l'édification posait, au cœur de la ville, le symbole d'une urgence qui n'est toujours pas résolue. C'est loger Dieu pour rappeler que les hommes que les hommes doivent être logés. Je vous dit cela pour signaler comment nous transformons les objets de liturgie en simple signes ou choses, sans voir qu'il s'agit de symboles autrement profonds, puisqu'ils touchent en réalité à la vie et à la mort de l'homme. Les sacrements jouent tous sur la vie et la mort. Si vous ne mangez pas, vous mourrez. Si vous n'avez pas d'eau, vous mourrez. Et l'huile ? Dans nos pays tempérés, sans trop de températures extrêmes, elle est devenue un objet de consommation. Mais essayez d'imaginer un instant, ce qu'aujourd'hui encore peuvent vivre des hommes, des jeunes, des enfants qui manquent de cet apport de l'huile. Ils sont d'abord rachitiques et ils meurent. Pensons à des populations sans protection du soleil. Elles attrapent le mélanome, qui est mortel.
Les gestes que nous allons accomplir dans un instant, nous font sourire. Car les huiles, les "saintes huiles" ont prit en français un autre sens ! Je voudrais simplement méditer avec vous, ce soir, leur symbolique humaine, parce qu'elle touche à la vie et à la mort de l'homme. Donc Dieu est concerné.
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Sans huile, la vie n'est pas possible. Lorsqu'un conquérant coupait les oliviers, principale ressource d'huile, non seulement il fallait des lustres avant qu'un nouvel olivier devienne productif, mais il causait une détresse dans un peuple aussi grave que l'absence de sel, chose que même Nabuchodonosor n'a pas osé interdire dans ses conquêtes.
Nous allons bénir l'huile des malades. Bien sûr, elle sert pour ce qu'on appelait les derniers sacrements, c'est-à-dire pour l'ultime passage, ou du moins le risque du passage. Notre société fait en sorte que la maladie grave soit tenue à l'écart des préoccupations. Moins on en parle, mieux cela vaut. Regardez encore aujourd'hui les mots utilisés dans les avis d'obsèques : on ne meurt par d'un cancer, on meurt d'une longue maladie. On ne meurt pas du SIDA, on meurt d'une nouvelle maladie. Or, nous allons rappeler ici liturgiquement que l'homme peut devenir malade, qu'il est un être fragile, que son corps ne peut pas le garder éternellement jeune. Il y a dans le rêve d'un bonheur parfait, d'un enfant parfait, d'une vie sans problème, la même tentation que celle tendue au Christ de se jeter du haut du temple et de planer dans les airs.
Nous ne savons plus regarder ces réalités en face, probablement parce que l'Eglise a, pendant un temps, exagéré par une pastorale de la peur, la nécessité de la souffrance. Mais parce que nous ne savons plus parler de la maladie, nous ne sommes plus totalement humains. Nous sommes sans doute plus idéalistes que réellement affrontés à ce fait que, parmi nous, certains sont malades, que dans nos familles le vieillissement, la détresse, le déclin, ne sont pas des idées, mais des faits. Il est important de redire au moment de la bénédiction que ce fait existe.
Cette huile des malades, vous allez pouvoir en oindre, en marquer, des corps blessés. A ce moment où une personne pourra avoir perdu la tête, être sans ressources, sans secours, et à vue humaine sans espérance de guérison, ce simple geste atteste que, même dans cet ultime moment, dans ce passage semblable à Gethsémani, cet homme ou cette femme reste un frère et une sœur. Par conséquent, vous attestez qu'il n'y a aucune situation, même celle des derniers souffles de l'agonie, qui échappe aux relations humaines. Si technique que soit devenue la médecine, et il le faut, si complexe que peuvent être les procédures et les traitements, ils ne peuvent jamais évacuer cette première réalité qu'un malade, même allongé, même à la dernière extrémité, reste un frère, un membre de notre commune humanité. On doit le traiter jusqu'au bout comme un frère, comme celui qu'on n'a pas le droit d'abandonner. Les difficultés que nous connaissons en ce moment proviennent en grande part du fait d'avoir laissé à la seule technique le soin de décider. Nous risquons de déshumaniser l'état de malade. Et là, humblement, avec ce geste de bénir l'huile, mais que vos mains porteront sur des corps blessés, nous disons que celui et celle qui en bénéficiera reste l'un des nôtres, et que rien ne cassera cette chaine.
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Ensuite, l'huile des catéchumènes. Pour la majorité d'entre nous, nous avons été baptisés tout-petits. Pensez à ces adultes et à ces jeunes qui ont déjà pendant le Carême reçu l'appel définitif. Il reste lui aussi dans la simplicité. Cela parait tellement ordinaire de tracer une bénédiction sur une urne ! Et pourtant quand vous utilisez cette huile pour marquer un jeune ou un adulte, vous rappelez que ce ne sont pas simplement nos vertus oratoires, notre simple témoignage qui ont conduit ces personnes jusqu'au baptême, mais c'est l'Esprit qui a mené par l'intérieur de leur humanité, de leur existence, qui a mené leur histoire, vers l'Eglise. C'est lui qui nous prépare à être chrétiens. Ce que nous faisons, ce n'est jamais que d'être, comme le dit l'apôtre Paul, que des collaborateurs de Celui qui, avant nous, dans l'histoire de ce monde, trace les chemins de l'Evangile, qui, dans le cœur de chaque personne, ouvre les portes de la foi.
Par conséquent, bénir cette huile des catéchumènes, rappelle que, non seulement nous ne sommes pas tout-puissants, cela on le sait bien, mais que nous sommes de simples accompagnateurs du travail de l'Esprit. Par ce geste, nous reconnaissons que notre Eglise est le fruit du travail de l'Esprit dans l'humanité. Il est bon, au moment de la Semaine Sainte, de faire mémoire de ce geste-là, de ceux qui viennent du dehors, qui ont cherché du sens à leur existence (et là, il est question de vie et de mort) ont, par des chemins uniques, trouvé la route du baptême et du Christ. Celui qui les adapte à Dieu, c'est l'Esprit comme il a adapté Dieu à l'humanité. Cet acte d'adaptation réciproque où nous nous recevons, Dieu et nous, est signifié par ce geste de partager l'huile de l'allégresse.
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Et le saint-Chrême. Il est d'abord le signe de notre égalité. La Constitution sur l'Eglise du Concile Vatican II rappelle cette réalité fondamentale, que s'il y a diversité de ministères, si nous avons des charges différentes dans l'Eglise, nous sommes, par les sacrements de l'initiation, radicalement égaux devant le Christ. Parce que tous, nous avons été marqués du même Chrême au baptême et à la confirmation. La seule chose qui compte est l'habitation du Christ en nous. Par ces sacrements, nous sommes conformés au Christ devenant un avec Lui et en Lui. C'est par notre existence chrétienne que nous bâtissons ce peuple signe d'une humanité réconciliée, ce peuple qui n'existe que par grâce, par l'appel gratuit. Nos fronts ont été deux fois marqués par le saint-Chrême que nous allons consacrons. Par cela, nous savons que cet homme, cette femme, ce vieillard, ce bébé, cet adolescent, est maintenant le temple de Dieu, il est la pierre de construction de l'Eglise, il est témoin de l'Evangile dans le monde. Dignité chrétienne, devant laquelle rien ne peut se dresser. Nous sommes un peuple fondamentalement d'égaux.
Il me semble important de le redire aujourd'hui. Nous avons fêté lundi dernier les 40 ans de Populorum Progressio, l'encyclique de Paul VI consacrée au développement. Vous savez avec quelle ardeur ce Pape et l'Eglise se sont battus pour la dignité de tout homme. L'heure est probablement venue où il nous faut faire un effort et nous engager pour l'égalité de tout homme. Egalité devant la loi, égalité devant les ressources, égalité devant le respect, égalité devant les chances. Si nous, comme Eglise, nous ne sommes pas capables de manifester cette égalité entre nous, nous devenons à ce moment là insignifiants par rapport au monde. Si nous introduisons dans notre communauté des inégalités, nous devenons, non seulement affadis, mais nous sommes, en plus, distants de l'Evangile. La preuve de l'action de l'Esprit, qui unit et qui distingue, qui rassemble et qui envoie, est que ce même Esprit nous édifie en un corps sacerdotal, une nation sainte, une ethnie élue par Dieu. Sur ce fond d'égalité, à chacun, il donne une mission particulière, reconnaissant l'unicité de chacun d'entre nous. L'esprit d'unicité et d'égalité est en même temps l'Esprit des ministères et des services différents. Parce qu'il est, dans cet acte même, cet Esprit Trinitaire qui unit et qui distingue. On comprend que l'unité de l'Eglise ne peut être l'imposition d'un modèle unique, mais la communion de services différents. Qu'elle est, à la manière trinitaire, la communion, l'échange et le partage d'engagements, de responsabilités, de ministères et d'actions diverses dont chacun provient de l'Esprit pour le bien de tous.
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Notre célébration permet de rappeler ces vérités. Elles sont fondamentales, parce qu'elles s'adressent à ce que l'humanité a de plus profond. Vatican II affirme de l'Eglise, qu'elle est comme le sacrement d'une humanité réconciliée. Dans un monde de concurrence, où chacun essaie de pousser l'autre pour prendre sa place, où les rivalités sont féroces, dans un monde si peu unifié, notre première tâche, qui nous donnera du crédit pour parler de l'Evangile, comme au contraire, le peuple de l'égalité dans le respect des services et des dons de chacun. C'est essentiel pour nous et pour ce monde. Il est possible que ce soit là que l'humanité aujourd'hui nous attende. Et qu'en apprenant à vivre ce que nous célébrons, nous devenions ainsi des témoins du Christ pour les hommes d'aujourd'hui.