Qu'est-ce qu'un synode ?


P. Yves-Marie Blanchard

Questions théologiques


1. Un synode est une assemblée du peuple chrétien, qui peut être tenue à différents échelons (Église universelle, continents, pays, diocèses) et peut appliquer différents modes de représentation (collège des évêques ; clercs et laïcs délégués). La pratique en est aussi ancienne que l’Église (assemblée de Jérusalem : Actes 15 ; multiples conciles et synodes de l’Église ancienne). L’objet peut être aussi bien le traitement d’une question précise que la réflexion globale sur les données de la foi et la mission de l’Église en un lieu et un temps donnés.

2. En tant qu’organe de gouvernement, le synode, particulier ou général, doit être articulé sur la responsabilité personnelle de l’évêque au titre du ministère ordonné, aussi bien  que sur le ministère d’unité revenant au Pape, au sein de la collégialité des évêques, pour le service de l’Église universelle. L’équilibre est parfois difficile à tenir : en témoignent aussi bien la tentation du centralisme romain que la revendication opposée, dite du conciliarisme (concile de Bâle : 1431-1449).

3. Plus qu’un mode concret de gouvernement, la synodalité est une dimension constitutive de l’Église, en référence à la conception du sacerdoce commun des baptisés. Dès lors, quelles que soient les médiations institutionnelles, la vie de l’Église ne saurait relever du seul rapport hiérarchique (ex. : clercs – laïcs ; Église enseignante – Église enseignée). Pour être fidèle à sa nature même (peuple de Dieu, corps du Christ, temple de l’Esprit), l’Église ne peut fonctionner que sous le registre de la communion, dans le respect des différences et l’enrichissement mutuel de spécificités tenues pour complémentaires.

4. Au-delà même du sacerdoce commun des baptisés, intimant à tout chrétien la mission d’incarner dans la vie du monde la présence agissante et sanctifiante du Ressuscité, le fondement de la synodalité n’est autre que le mystère du Dieu trinitaire, absolument  et parfaitement un du fait même qu’il est communion du Père, du Fils, et de l’Esprit. La Révélation chrétienne atteste qu’au niveau même de Dieu, l’unité n’est pas uniformité. Quel que soit l’intérêt historique de modèles purement humains (monarchie, démocratie, etc.), l’Église ne saurait trouver meilleure référence que l’être même du Dieu qu’elle a mission d’annoncer et de servir.

5. En tant qu’elle est envoyée au monde, l’Église ne peut vivre sa propre synodalité dans l’indifférence au monde environnant. Ainsi la présence d’observateurs autres que les délégués synodaux (laïcs dans les assemblées épiscopales, observateurs chrétiens non catholiques, experts invités au titre de leur compétence, etc.) ou la mise en œuvre de procédures de communication large (enquête préalable au synode diocésain) attestent le sérieux d’une démarche incarnée dans l’histoire. De même, il revient aux chrétiens la mission de travailler pour que les sociétés humaines soient elles-mêmes plus respectueuses de l’idéal de communion et de son application concrète dans le principe de subsidiarité (référence majeure de la morale sociale chrétienne).

6. Un synode diocésain particulier constitue donc une chance, non seulement de rechercher le consensus autour d’orientations pastorales majeures mais d’initier, dans l’Église diocésaine, une vraie culture de débat et coresponsabilité, dans une solidarité active et soucieuse d’honorer toutes les complémentarités, au service d’une commune fidélité à l’évangile.

(novembre 2002)