1. Tout langage humain repose sur la combinaison d’un élément matériel concret, le signifiant (un mot, un son, une graphie) et d’un élément intellectuel, abstrait, le signifié (idée ou concept). Dans la plupart des cas, le lien constitutif du signe linguistique est arbitraire et univoque : il tient sa validité du fait qu’il est reconnu dans une communauté linguistique donnée (ex. chat / chien, dans le domaine francophone).
2. Toutefois, l’expression d’un certain nombre d’expériences humaines, de l’ordre des sentiments, émotions, engagements vitaux (ainsi de l’amour humain ou de la foi religieuse) ne saurait se satisfaire de signes simples. Elle suggère le détour par d’autres réalités, plus concrètes, utilisées en l’occurrence pour désigner autre chose que leur signification usuelle (ex. le feu pour l’amour ; la colombe pour la paix). On parle alors d’images, métaphores, symboles, bref d’un langage poétique plus riche que le langage ordinaire voué à la simple transmission d’informations (ex. le langage sportif, très imagé, en raison de la forte implication émotive).
3. Dans son essence même, le langage humain sur Dieu est forcément métaphorique : appliqués à Dieu, les mots humains quels qu’ils soient demandent d’être entendus à un autre niveau de sens que leur usage habituel, sans pour autant rompre une certaine continuité avec l’expérience humaine, sans quoi aucune connaissance de Dieu ne serait possible à l’homme (doctrine dite « de l’analogie ») – ex. : Dieu est Père autrement que les hommes le sont, mais dire cela implique que la paternité (ou maternité) humaine puisse nous révéler quelque chose de l’être même de Dieu et de son attitude à notre égard.
4. La dimension symbolique est donc essentielle dans le domaine religieux. À côté de l’effort théologique, en vue de trouver les expressions raisonnées les plus justes pour parler de Dieu à partir de ce que Lui-même nous révèle de son être et de son activité pour nous, le langage symbolique dit l’insuffisance d’un discours théorique et le trop plein de sens, du moment qu’il est question de Dieu et de son œuvre de salut pour l’humanité. Présente tout particulièrement dans la poésie, le chant, l’art, la dimension symbolique du langage chrétien s’exprime fortement dans la liturgie et les sacrements.
5. Le recours à des réalités simples et universelles (eau, feu, huile, lumière, pain et vin, etc.) permet, au-delà de précisons intellectuelles nécessaires, de fonder l’unité des croyants, à un niveau de profondeur anthropologique qui transcende partiellement les différences sociales et culturelles. Dès lors, le symbole a vocation de rassembler, là où l’exercice de la raison distingue et sépare. Tel est d’ailleurs le sens du mot symbole, justement utilisé pour désigner les confessions de foi (symbole des Apôtres ; symbole de Nicée et Constantinople) rassemblant la totalité des chrétiens autour de l’essentiel de la foi commune, exprimée selon les modes d’expression d’un moment donné (ex. réfutation de l’arianisme, dans le cas du symbole de Nicée).
(novembre 2002)