1. Dans toute la tradition biblique, l’expression « Parole de Dieu » traduit l’expérience d’une présence active, efficace et concrète de Dieu, au cœur de l’histoire humaine. Dans cette manifestation, Dieu détient l’initiative et appelle de la part des hommes une attitude d’écoute, c’est-à-dire la foi, au sens de confiance, accueil, engagement existentiel.
2. Dans l’espace de la vie chrétienne, les sacrements (à commencer par le baptême et l’eucharistie, présents dès l’origine) constituent le lieu symbolique qui rassemble (sens du mot « symbole ») en un acte signifiant les multiples figures d’une expérience diffuse. Ils tirent leur force de la présence agissante de Dieu (la Parole), au plus concret de l’être humain, le signe impliquant le corps dans un geste physique (laver-plonger ; manger-boire ; oindre ; imposer les mains, etc.).
3. Dès lors, il est clair que c’est Dieu seul qui agit dans les sacrements. Le ministre est, à proprement parler, le porte-parole (littéralement : prophète) : les mots prononcés et les gestes accomplis engagent Dieu lui-même, d’où leur efficacité et leur caractère irrévocable (le Dieu fidèle, révélé dans l’Alliance, ne revient jamais sur sa promesse).
4. Il serait donc normal qu’à l’exemple de l’eucharistie le « je » de Dieu soit intégré dans un récit en « il », manifestant que le sacrement actualise et accomplit l’œuvre réalisée une fois pour toutes par Jésus « : « La nuit qu’il fut livré, il prit du pain, disant : ceci est mon corps ». Ou bien l’on pourrait, à l’exemple des évangiles et dans la tradition des Églises d’Orient, utiliser le « passif divin », désignant Dieu comme l’acteur propre du sacrement, par le don de l’Esprit : « Va, tes péchés te sont pardonnés… » ; « Le serviteur / la servante de Dieu est baptisé(e), au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ».
5. Or, la tradition occidentale, d’inspiration plus juridique, insiste plutôt sur la qualification du ministre comme l’agent efficace du sacrement : « Je te baptise ; je te pardonne tous tes péchés », sans nier que l’action sacramentelle est opérée dans la présence agissante du Dieu trinitaire : « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». D’autre part, la nécessité d’introduire des lectures bibliques dans toute célébration sacramentelle manifeste l’insertion du sacrement dans le récit de l’histoire du salut référé à l’œuvre de Dieu.
6. Quoi qu’il en soit des insistances (sur l’action divine ou sur le ministre agent), la célébration eucharistique demeure exemplaire de toute pratique sacramentelle. En effet, dans l’eucharistie, il apparaît clairement que le Christ seul assume la fonction de présidence (c’est lui qui convoque, enseigne, nourrit, envoie). De plus, non seulement le ministre représente personnellement le Christ dont il assume les paroles (sur l’Écriture : homélie ; sur le pain et le vin : consécration) mais, de façon plus symbolique, c’est bien le vis-à-vis de l’assemblée et du célébrant qui atteste la relation de l’Église à son Seigneur, mystérieusement présent dans la parole et le pain partagés.
7. Les sacrements ont donc mission de rappeler (en parole gestuée) que Dieu parle, donc agit, en attente d’une réponse de l’homme. La présence, au moins partielle, de la communauté manifeste que, quelles que soient les incertitudes et défaillances de chacun, l’Église en tant que telle accueille le don de Dieu et répond de la foi de ceux qui sont engagés dans la célébration de ce don.
(novembre 2002)