Dieu a-t-il créé le monde ?


P. Yves-Marie Blanchard

Questions théologiques


1. Toutes les cultures et civilisations se sont interrogées sur l’origine du monde. Elles ont traduit leur réflexions sur le sujet dans des récits imaginaires (mythes) rassemblant aussi  bien l’état de leurs connaissances scientifiques que le fruit de leurs recherches philosophiques ou religieuses. La Bible n’échappe pas à la règle : sa réflexion sur l’origine du monde doit beaucoup à la culture mésopotamienne environnante.

2. L’originalité du récit biblique des origines tient à l’idée de création, c’est-à-dire le fait que :
            - l’univers jouit d’une réelle autonomie à l’égard de Dieu ; il n’est ni une expansion ni un prolongement de Dieu ; dès lors, il ne peut être tenu pour sacré (ex. : désacralisation des astres dans le récit de Genèse 1) ;
            - l’univers ne peut être considéré comme mauvais, malgré l’omniprésence du mal et du malheur ; dès lors, il n’est pas un déchet, expulsé du monde divin ; il n’est pas porteur d’une souillure radicale ; le salut ne saurait consister à fuir ou nier le monde ;
            - l’univers n’aurait aucune existence si Dieu ne le portait chaque jour à l’existence, en tant que lui seul est à l’origine et au terme de toute vie ; la création n’est donc pas seulement un acte initial, mais un engagement permanent de Dieu aux côtés de l’homme, lui-même inséparable de l’univers auquel il appartient.

3. Dès lors il convient de ne pas confondre le discours scientifique, valable en son ordre, et l’affirmation de foi confessant un lien initial et permanent entre l’aventure humaine et le don incessant et toujours neuf du Dieu vivant. D’ailleurs, dans la tradition biblique, la foi en Dieu créateur ne procède pas d’une réflexion théorique sur l’origine, mais elle découle d’une expérience historique (l’Alliance) étendue dans le temps et généralisée dans l’espace ; Dieu n’est pas seulement le libérateur de son peuple, mais le créateur de l’univers ; sa promesse est donc bien universelle.

4. De toutes façons, ce serait une erreur de réduire la foi en Dieu créateur à n’être qu’une explication de l’origine. Si Dieu est à la source de toute existence, son amour créateur se déploie en tous temps. Il se présente comme le partenaire indéfectible de l’être humain, que non seulement il porte à la vie mais qu’il appelle à la condition filiale, au-delà même de l'existence terrestre éphémère. En ce sens, la création est aussi devant l’homme, puisqu’elle consiste dans l’accomplissement de sa vocation divine.

5. La foi chrétienne en Dieu créateur ne saurait donc se satisfaire de l’affirmation théorique d’un Être suprême et tout-puissant (toutes formes de déisme ou théisme). Il s’agit plutôt d’une relation existentielle au Dieu Père Fils Esprit, révélé en Jésus Christ dans sa capacité de nous introduire au cœur de la vie trinitaire, sans nous détacher de notre propre environnement cosmique (« divinisation » de l’homme et « récapitulation » de l’univers).

(novembre 2002)