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  • Le territoire plutôt que la carte

     Vivre et annoncer l'Evangile en Poitou en 2014

    Lettre pastorale, septembre 2014
    Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers

    Le choix de Dieu 
          Gardons-nous de mettre la religion au service de nos causes
          Le Dieu plus grand
          De la foi personnelle à l’engagement des chrétiens dans la société

    N'oublions pas la géographie
         La géographie ne compte pas pour rien
         Identité de la France
         De la géographie physique à la géographie humaine et chrétienne   
              Vers une France des autoroutes ?   
              Continuons à prendre des initiatives
              Grâce au ministère des prêtres
              Ne soyons pas aveugles sur notre vitalité

    Il n'y a pas que les paroisses qui doivent bouger

    La « deuxième première annonce »

    Une Eglise sous la Parole

    Conclusion

    Note


    1)    Le choix de Dieu


    Jésus-Christ, hier et aujourd'hui, est le même, il l'est pour l'éternité. Ne vous laissez pas égarer par toutes sortes de doctrines étrangères. Il est bon de fortifier nos cœurs par la grâce, et non pas des observances alimentaires qui n'ont jamais profité à leurs adeptes.
    Lettre aux Hébreux 13, 8-9.
    N.B. Les textes bibliques sont ceux de la nouvelle Traduction officielle liturgique.


    Le lundi 19 mai 2014, au sujet d'une campagne de publicité organisée par les diocèses normands afin de promouvoir le denier de l'Eglise, adopteuncuré.com, Jean-Michel Aphatie, sur RTL, dénonçait une Eglise qui innove dans la communication mais qui demeure figée dans ses règles disciplinaires et ses interdits moraux. Pour l'éditorialiste, alors que l’Occident changeait du tout au tout depuis les années 1950, l’Eglise, parce qu'elle restait fixée sur le XVe siècle (sic), perdait ses fidèles ; il ne lui reste plus désormais qu’un petit cercle de convaincus.


    Gardons-nous de mettre la religion au service de nos causes

    En effet, l’Eglise est aujourd’hui l’objet d’un choix, elle n’est plus appuyée sur une pratique sociale qui déterminait comme norme de comportement, sinon la foi chrétienne, du moins la participation à la messe et la pratique des sacrements.
    Puisque la foi appelle un choix, ceci suppose d'être en capacité de se distinguer des comportements du plus grand nombre et des lois grégaires. Qui est capable de cela sinon des personnes en capacité de réfléchir et de dire non, et donc le petit nombre ?
    Peut-il en être autrement pour l’acte de foi ? Peut-il être le choix du plus grand nombre ?
    Je risque une réponse, appelant les lecteurs à la confirmer ou l'infirmer : ce qui mobilise les gens, ce n’est pas un dogme, ce n'est pas le contenu d'une croyance, mais ce sont des comportements sociaux, c’est aussi, souvent, la sauvegarde ou la défense de valeurs morales auxquelles ils adhèrent, et c’est bien entendu la perpétuation de leur modèle familial.

    Parce que l'acte de foi est difficile, parce que ses expressions ne se laissent pas réduire à des slogans, aujourd’hui comme hier, la religion est attendue par certains comme n'étant que le support au profit de combats en faveur de valeurs sociales et sociétales, valeurs qui peuvent être infiniment dignes d'estime.

    On envoya à Jésus des pharisiens et des partisans d'Hérode pour lui tendre un piège en le faisant parler, et ceux-ci vinrent lui dire : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne car ce n'est pas selon l'apparence que tu considères les gens, mais tu enseignes le chemin de Dieu selon la vérité. Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à César, l'empereur. Devons-nous payer, oui ou non ? » Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit : « Pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? Faites-moi voir une pièce d'argent. » Ils en apportèrent une, et Jésus leur dit : « Cette effigie et cette inscription de qui sont-elles ? – De César », répondent-ils. Jésus leur dit : « Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et ils étaient remplis d'étonnement à son sujet. Marc 12, 13-17.

    Il est naturel que ce qui est une force, la religion, veuille être récupéré au service de causes, bonnes ou mauvaises. A la fois l'Ecriture et l'histoire de l'Eglise manifestent qu'il y aura toujours un combat à mener contre cette tendance, qui est d'abord inscrite dans l'esprit de chacun avant que de devenir l'objet de stratégies.
    Je souligne ici que l’Eglise catholique, en choisissant la discipline du célibat et en le proposant comme chemin spirituel a voulu que ses « permanents » soient libres du désir de transmettre... un nom, un patrimoine, une famille. Ceux-ci, les évêques et les prêtres, auront toujours une distance par rapport à ces désirs, naturels, légitimes sans doute ; mais, en rien, ils ne sont des absolus.


        Le Dieu plus grand

    Lors du synode romain d’octobre 2012 ayant pour thème la nouvelle évangélisation, l'insistance avait porté sur la rencontre personnelle avec le Seigneur. Celle-ci est la source de toute réponse, elle est le motif de l'acte de foi.
    Cependant, cette rencontre est un premier pas ; les défis, défis du fait des mentalités du temps et surtout d'un individualisme qui exacerbe le regard sur soi, sont situés dans deux passages qui sont à vivre : le disciple est celui ou celle qui apprend à passer de l'expérience spirituelle et personnelle au témoignage ; il est aussi celui qui passe du témoignage à l'institution, de la parole à la première personne du singulier au « nous » de l'Eglise.

    Chacun de nous doit bien entendu conserver comme un trésor précieux le moment, les circonstances, qui ont été pour lui décisifs dans sa rencontre avec le Seigneur, il est salutaire d'en faire mémoire dans l'action de grâce. Cependant, il nous a fallu découvrir que Dieu était plus grand que Celui qui s'est manifesté lors de cette expérience fondatrice ; nous l'avons fait sur le chemin de notre vie personnelle, mais aussi en découvrant la foi dont témoignent les autres frères et sœurs chrétiens, et bien entendu toute l'Eglise.

    Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un expulser les démons en ton nom ; nous l'en avons empêché, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l'en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous.  Marc 9, 38-40.


        De la foi personnelle à l’engagement des chrétiens dans la société

    Ne retenir que la dimension personnelle de l'expérience chrétienne, ou même simplement en faire le point d'insistance privilégié, conduit-il à faire son deuil d'une présence sociale des chrétiens et même d'une « société chrétienne » (expression bien sûr à préciser) ?
    Si tel est le cas, ne seraient alors chrétiens que les personnes en capacité de faire des choix (dont celui de la foi), que les personnes aptes à se démarquer de la culture « main stream » et des diktats médiatiques ; qu'en est-il des gens de tous les jours, qu'en est-il de ce christianisme populaire qui a façonné notre pays et ses paysages ?
    Une telle attitude risque de dessiner une certaine sociologie du christianisme. On pourra se réjouir de chrétiens plus assumés, plus résolus, certes en nombre plus restreint ; ceux-ci appartiendront le plus souvent aux classes éduquées, mieux élevées, davantage en capacité de vivre ces démarcations. Plus identitaires, ces personnes attendront de l'Eglise qu'elle soit davantage un soutien pour vivre une identité plus forte et plus affirmée.

    L’Eglise, en France, pourrait alors s’inscrire dans le même mouvement qui voit s’accentuer une société à deux vitesses.
    Alors qu'il y a d'une part la France mondialisée, celle qui est à l’aise dans la globalisation, celle des métropoles et des CSP+, demeure une France de la ruralité et des villes moyennes, une France qui perd de plus en plus du terrain.
    C'est vrai, le dynamisme est aujourd’hui dans les métropoles, y compris le dynamisme chrétien ; c’est là où existent des vocations plus nombreuses ; ce sont aussi dans les trois villes cardinalices que se sont concentrés les prêtres de la communauté de l’Emmanuel et que sont aussi présentes les communautés religieuses les plus jeunes et les plus dynamiques.
    Faut-il déclarer la fin du christianisme des campagnes et des bourgs ?
    Dans un tel contexte, une partie notable de la population aura de plus en plus le sentiment d’être laissée pour compte, de ne plus avoir capacité à agir sur son destin.

    Certes, l'Eglise, le témoignage de la foi, ne se définissent pas dans les études sociologiques, cependant je m'interroge, au regard de la mise en place des paroisses comme d’autres initiatives, nous pouvons laisser se développer un tel sentiment chez beaucoup, celui qui distingue une Eglise d’en haut d'une Eglise d’en bas !

    N.B. : Dans une note située en annexe, on trouvera un complément sociologique à ces réflexions.


    2)    N'oublions pas la géographie


        C'est au printemps 2014 que j'ai effectué ma troisième visite pastorale ; après le Bocage et l'agglomération de Poitiers, cette visite m'a conduit dans le Mellois. C'est à cette même période que le gouvernement dirigé par Manuel Valls lançait le projet de création de nouvelles et plus grandes régions. Sitôt le projet exprimé, sitôt publiée la carte des futures régions, chaque français s'est révélé géographe et, sans toujours proposer de projet alternatif, a souligné les erreurs et inconvénients de la carte proposée par la Gouvernement.


        La géographie ne compte pas pour rien

        Depuis sept ans au service du diocèse de Poitiers j'y ai mesuré – ce qui est neuf pour l'urbain que j'étais jusque-là – l'attachement des français à leur ancrage territorial, bien souvent rural. Le projet de nouvelles régions, comme celui de la suppression des départements bouleverse cela et met à mal une population dont l'horizon des relations est le plus souvent inscrit dans un espace géographique restreint. Ceci m'a été confirmé lors de rencontres de collégiens (je pense ici à ceux de Chef-Boutonne) : plusieurs m'ont dit préférer choisir des études courtes mais ainsi demeurer dans leur environnement proche et envisager un métier lui aussi proche de leur milieu social et familial ; les différences sociales et culturelles expliquent ceci pour une part. Par ailleurs, ces attitudes me semblent davantage à prendre en compte que les résistances de certains élus qui peuvent porter le souci de leur propre sort.

    Quoi qu'il en soit, il faut entendre, en particulier les plus jeunes, ceux qui ne manifestent pas de désir d'ouvrir leur horizon, que celui-ci soit géographique ou professionnel. Quelles en sont les raisons ? Un attachement à ses racines ? Le sentiment qu'il n'est pas envisageable de connaître une progression sociale et économique ? Certes, il s'agit de respecter des choix personnels, cependant ceci interroge la société et son système éducatif. Même s'il ne faut pas généraliser quelques propos entendus, la grandeur de l'école c'est de faire découvrir des horizons plus vastes que ceux de sa naissance et de son milieu familial, c'est de permettre à chacun de vivre des déplacements, quelles qu'en soient les modalités.

    Après l'arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l'Evangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l'Evangile. »  Marc 1, 14-15.

    Ecoutant l'Evangile, l'Eglise catholique fait retentir l'appel à bouger : l'Evangile selon saint Marc commence en effet par un appel à la conversion. Loin de comprendre ce mot et cette réalité comme s'arrêtant au combat contre ses péchés, la conversion désigne l'accès à un soi plus grand grâce à une rencontre, celle de Jésus-Christ. Ainsi de l'éducation qui fait découvrir les sciences et l'émerveillement devant l'univers, la beauté des lettres et des images, la fascination pour les musiques et les arts, et bien entendu d'autres horizons que ceux de sa famille grâce aux enseignants et aussi aux autres élèves.

    La finalité de ces projets n'est pas de détourner de ce qui a du prix aux yeux de chacun, son terroir, ses origines sociales et familiales, mais d'aller à la rencontre de qui est plus vaste et plus riche que tout ceci.

    L'Eglise est qualifiée de catholique parce qu'elle s'étend au-delà de ce que l'on peut découvrir, même du point le plus élevé de son clocher. Sa géographie est vaste puisqu'elle s'étend du Vanuatu aux grand nord canadien, et de même son histoire qui a commencé avant les quelques souvenirs que nos grands-parents ont pu nous rapporter ; j'aime aussi à rappeler qu'il faut se garder de telles paroles ou de telles pensées : « On a toujours fait comme cela ! » Ce « toujours » n'est ici pas plus vrai que le « jamais » qu'on pourrait lui opposer.

    La création des paroisses nouvelles peut ainsi être l'occasion de développer ses horizons, sans pour autant déserter les responsabilités locales ; tel est ce que veulent servir nos communautés, justement qualifiées de « locales ».


        Identité de la France

        Le projet de grandes régions a différents motifs, pas toujours exprimés par ses promoteurs. Tel que je les saisis, il s'agit de faire des économies dans les finances publiques, de doter la France de régions plus fortes et douées de capacités d'initiatives renforcées, et d'axer le pays autour de ses métropoles. Or, sur ce dernier point, la France n'est pas l'Allemagne, ce pays avant tout composé d'un réseau de très grandes villes ; l'essentiel de la population française réside, pour un quart d'entre-elle, dans cet espace que l'on qualifie de périurbain, ni vraiment la ville ni vraiment la campagne, et pour la majorité dans des villes moyennes et petites. Il en est ainsi pour le diocèse de Poitiers. S'il est vrai que l'axe qui suit l'autoroute A 10 concentre une part notable de la population, avec Châtellerault, Poitiers et Niort, un ensemble qui peut compter environ 250.000 habitants ; le diocèse, c'est-à-dire les deux départements des Deux-Sèvres et de la Vienne, en compte 750.000.

    Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi. » Philippe était de Bethsaïde, le village d'André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l'avons trouvé, c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » Nathanaël répliqua : « De Nazareth ! Peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens et vois. »  Jean 1, 43-46

    Dans un discours politique qui valorise les métropoles, la majorité de la population, qui vit en dehors d'elles, a le sentiment de ne pas exister, de ne plus compter. Comment regarde-t-on cette France des petites villes et des campagnes ? Elle semble déclassée parce qu'elle ne s'inscrit pas dans le dogme de la mobilité que prône la mondialisation. En effet, nombre d'habitants de ces lieux restent attachés à leur terroir ; on m'a rapporté que certains préfèrent ne pas évoluer professionnellement, malgré leurs diplômes, pour demeurer sur la terre de leurs origines. Un tel attachement demeure aussi chez des personnes qui, pour des raisons professionnelles, s'éloignent pour rejoindre une grande ville, l'Ile de France, ou encore un pays étranger.

    Bien sûr qu'il faut encourager l'ouverture à d'autres modes de vie, à d'autres cultures, mais pour celui qui n'a pas de racines, l'ouverture à l'universel devient une perte et il développe le sentiment de vivre dans des espaces où tout repère a disparu.
    Alors que d'aucuns soulignent que les Français perdent leur mémoire historique, je constate qu'ils conservent le sens de la géographie, spécialement de cette géographie de proximité que symbolise le clocher. Il est dès lors dangereux de jouer avec les symboles – les départements et les régions sont de ceux-ci – sans tenir compte de la mémoire affective qui lie les personnes à leur terroir.
    La réalité de la France, c'est-à-dire le rapport particulier que le peuple entretient à sa géographie, mais aussi les fragilités sociales, avant tout familiales et affectives, et aussi économiques, exacerbe le refus de voir s'ajouter ce qui est perçu comme de nouvelles fragilités, par la redéfinition du cadre territorial en particulier.

    Les analyses de Christophe Guilluy sont ici pertinentes : « Si elle se définit par la surreprésentation des catégories populaires, la sociologie de la France périphérique se construit aussi sur un sentiment de plus en plus marqué d’une relégation sociale et culturelle. Cette perception tend à rapprocher culturellement des catégories hier opposées. L’ouvrier en milieu rural, l’employé du lotissement bas de gamme, le chômeur des régions industrielles, le petit paysan, partagent la même insécurité et la conviction que le processus de mondialisation n’a pas contribué à améliorer leur condition d’existence » (Christophe Guilluy, Fractures françaises, François Bourin, 2010, p. 112).

    « La pauvreté dans l’espace rural, déjà plus élevée qu’en ville, a été renforcée par l’arrivée de populations en difficulté. Aux populations pauvres déjà présentes (agriculteurs, ouvriers, personnes âgées, chômeurs, jeunes sans qualification) sont venus s’ajouter des néo-ruraux qui se sont installés à la campagne tout au long des années 1990 et 2000 essentiellement pour des raisons de coût de logement »  (o.c., p. 118).

        De la géographie physique à la géographie humaine et chrétienne   

    -    Vers une France des autoroutes ?   

    Si, dans l'aménagement des territoires, comptent les métropoles, les axes de circulation sont aussi déterminants. A Paris ou dans les grandes villes, il faut habiter près d'une station de métro ; dans l'espace rural ce sont les routes qui comptent.
    Je prends l'exemple du Mellois, j'invite les habitants des autres parties du diocèse à s'interroger sur ce qu'ils observent chez eux. Il est structuré par deux axes principaux, celui qui relie Niort à Limoges et celui qui relie Poitiers à Saintes, deux axes qui empruntent ceux d'anciennes voies romaines.

    Aujourd'hui, le développement économique se fait le long de ces routes, en particulier dans l'espace qui est le plus en proximité de Niort. Ce sont les lieux éloignés de ces deux axes qui connaissent le plus de difficultés, en particulier Chef-Boutonne et les communes environnantes.

    L'identité de notre pays et les réactions qui s'expriment à l'occasion de la réorganisation des territoires rappellent que nous restons un pays rural, un pays de villes moyennes et de bourgs. On ne peut se résigner à ce que ces réalités et les personnes qui y vivent ne soient pas prises en compte, ou bien que certaines zones de l'espace national deviennent, à terme, des réserves protégées de faune et de flore, voire de quelques paysans typiques.
    L'avenir du pays ne peut seulement se jouer dans les métropoles, même s'il ne peut s'en désintéresser, les flux doivent l'emporter sur le centralisme.

    Bien entendu, la vie chrétienne s'inscrit sur cet horizon géographique. Les paroisses qui commencent à exister seront vastes et peuplées ; certaines compteront plus de vingt communautés locales, et combien d'églises !
    Les paroisses nouvelles ne peuvent pourtant être comprises et vécues comme des centres dans lesquels seulement existeraient la proposition de l'Evangile et la célébration des liturgies.

    -    Continuons à prendre des initiatives

    Dans un diocèse rural comme le nôtre, à l'habitat dispersé, c'est donc bien localement que doivent être entretenues et développées des initiatives chrétiennes ; les communautés locales en sont l'expression et les équipes locales d'animation les ferments.
    L'attachement à la terre et à l'histoire que je mentionnais plus haut peut être pour elles un point d'appui, il soutient leur vitalité et signifie que leur mission première est de dire l'Evangile, d'organiser la vie chrétienne et la mission au plus près de la vie des gens.
    Lorsque l'on aime sa terre, on se bat pour elle, on lui veut le meilleur ; les chrétiens sont donc confortés pour y annoncer l'Evangile.

    Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu. Voici que votre temple vous est laissé : il est désert/ En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez plus désormais jusqu'à ce que vous disiez : « Bienheureux celui qui vient au nom du Seigneur. »  Matthieu 23, 37-39.


    -    Grâce au ministère des prêtres

    Certes, cela suppose que l'on n'identifie pas la vie et la mission chrétiennes à la présence permanente du prêtre et à la messe dominicale : là où se trouve un chrétien, là est l'Evangile et là il doit être vécu, célébré et annoncé.
    Nous avons appris cela, nous savons que les prêtres ne sont pas les seuls par lesquels l'Eglise est rendue visible. Nous savons aussi leur présence plus rare. Ceci s'accentuera encore, au moins pour plusieurs dizaines d'années, personne ne peut parler au-delà, les prêtres sont et seront peu nombreux pour de vastes territoires et des populations nombreuses.
    Cependant, il ne suffit pas de constater ce fait ; rien ne serait pire que la résignation : ne plus avoir le désir de prêtres pour notre Eglise serait la plus triste des choses. Tout comme l'appel à écouter le Seigneur et à être son disciple nous concerne tous, l'appel à être prêtre s'inscrit dans cette attitude plus générale. Puissé-je toujours y prendre toute ma part.

    Au sujet des prêtres, leur nombre n'est pas le seul paramètre à prendre en compte. Pour des raisons de santé, mais aussi d'environnement et d'économie, ils ne pourront être sans cesse sur les routes pour aller d'une commune à une autre, d'une église à une autre. Alors que certains des prêtres, plus âgés, seront attachés à tel lieu, d'autres exerceront un ministère plus itinérant.
    Sans doute pourront-ils choisir de résider, c'est-à-dire d'être accueillis, pendant plusieurs jours de suite, dans une communauté locale, pour rencontrer les habitants, soutenir et former les acteurs chrétiens, aider au discernement des choix pastoraux et les articuler au projet pastoral de la paroisse. Une telle « visite pastorale » peut être le fait du seul prêtre, mais celui-ci peut aussi être accompagné d'un des membres de l'équipe pastorale de la paroisse ; je ne suis jamais seul durant mes visites pastorales mais accompagné de prêtres et de fidèles laïcs, excepté pour telle ou telle rencontre qui nécessite une certaine confidentialité.

    Jésus parcourait les villages d'alentour et enseignant. Il appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l'hospitalité dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ. Si dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et proclamèrent qu'il fallait se convertir.  Marc 6, 6-12.

    -    Ne soyons pas aveugles sur notre vitalité

    Le Seigneur nous avertit : le moyen de l'Evangile, c'est de nous faire perdre nos moyens.
    « Au lieu de nous armer, le Seigneur nous désarme. Au lieu de nous équiper, il nous prive de tout équipement, et, pour comble, pour que nous soyons encore plus démuni, il nous donne un équipier, un autre type libre et incompréhensible, qui nous interdit d'être maître de l'entreprise, et avec qui il va falloir essayer de s'entendre »  Fabrice Hadjadj, Puisque tout est en voie de destruction, Réflexions sur la fin de la culture et de la modernité. Le Passeur, 2014, p. 168.
    Je ne sais si je mets en pratique l'ensemble de ces consignes de l'Evangile, en tout cas, lors de mes visites pastorales, je n'ai eu à emporter aucune nourriture en réserve, je suis même reparti avec bien des choses en surplus.
    A Poitiers comme ailleurs dans le diocèse j'ai constaté la vitalité de la vie associative, en particulier dans les domaines de la solidarité, du sport et de la culture. C'est là un état d'esprit heureux et un point d'appui pour nos communautés locales et nos paroisses.
    Je veux aussi souligner que la vitalité n'a pas d'abord sa source en dehors de nous. La force de l'Esprit Saint de Dieu est un dynamisme pour nous et nos communautés. Bien des structures civiles, politiques, associatives le reconnaissent et appellent des chrétiens à y prendre des responsabilités ; nombre de celles et de ceux qui ont participé à une équipe locale d'animation y ont développé des compétences, ont gagné une notoriété, et ont par la suite été sollicités pour la vie locale, voire communale.

    La création des paroisses nouvelles n’est pas un découpage administratif, elle est une adaptation de nos moyens, de notre organisation, à nos réalités actuelles. Ce qu'elles vivent déjà et ce qu'elles développeront doit faire encore fructifier la vitalité chrétienne et humaine qui y existe. Je souhaite toujours encourager les capacités d’initiatives et de propositions ; le diocèse, par ses services, n’est pas le seul à penser et à imaginer.
    N'ayez pas peur de prendre des initiatives, d'aller à la rencontre de ceux qui vous sont tout proches, je puis témoigner de la qualité d'accueil de chacun. Surtout, découvrez que l'Evangile est attendu, lorsque l'on sait le proposer simplement, et le vivre en vérité.

    La nouvelle répartition des finances entre paroisses et archevêché est au service de cela : les paroisses conserveront désormais l'essentiel de leurs ressources, elles pourront mieux maîtriser leurs initiatives et soutenir leur développement ; elles prendront aussi à leur charge les acteurs de la mission qui travaillent à leur service.


    3)    Il n'y a pas que les paroisses qui doivent bouger


        La création des vingt-huit paroisses, la nouvelle répartition des finances dans le diocèse, conduisent à réfléchir à l’évolution des structures diocésaines et des services diocésains.
    Aussi, il convient de renouveler les critères de composition des trois grands conseils qui structurent la vie diocésaine : le conseil presbytéral, le conseil pastoral et le conseil pour les affaires économiques. Il faut aussi renouveler les orientations et l'organisation des services diocésains de telle manière qu’ils évoluent en fonction de la nouvelle donne : l’Eglise pour aujourd'hui et pour les années à venir.

    La création des pôles qui coordonnent les services diocésains et leur travail, décidée il y a deux ans, est une première étape de cela ; ceci doit conduire à dépasser le cloisonnement.
    Je rappelle que ces pôles sont ceux de la communication, de la formation, des jeunes et de la solidarité.
    Pour aller plus loin, j’invite les services qui organisent des formations à réfléchir à une proposition qui coordonne l’ensemble de celles-ci ; il n’est ni possible ni souhaitable que chaque service propose sa propre formation.
    Je demande donc que, sous la conduite du Centre théologique, un parcours global de formation soit proposé, embrassant tous les domaines de la mission chrétienne.
    Appelées ou de leur propre initiative, les personnes seront dotées d’une sorte de « carnet de bord » sur lequel sera mentionnée la diversité des modules proposés, au regard desquels une validation sera formulée.
    La province ecclésiastique ou une coordination entre quelques diocèses pourra être le lieu de conférences ou de sessions plus approfondies. Quant aux formations à long terme, les Instituts catholiques en sont le lieu naturel.

    Je n'entends pas aller plus loin sur ce point ; ce sera le travail des mois à venir, il devra être porté par tous, il ne concerne pas que le seul pôle de la formation.
    J'ajoute cependant que ce travail et ce qu'il produira sera l'outil principal qui nous permettra de préciser les moyens dont nous avons besoin pour répondre à notre mission.
    Parmi ces moyens se trouve la Maison de la Trinité. Le groupe de travail qui s'est investi ces derniers mois, mettant en œuvre énergies et compétences, a rendu ses conclusions en juin 2014. Il s'avère que nous recevons un immobilier qui semble désormais surdimensionné par rapport aux besoins de la mission – 9000 m² bâtis – avec les charges financières afférentes.
    Des choix rapides sont à faire ; ils ne le seront qu'en fonction de la manière dont nous définirons notre mission et celle des services du diocèse.

    A la lecture de ces propos on peut avoir le sentiment que tout bouge. La chose n'est ni inédite ni récente, même s'il est vrai que la société occidentale et contemporaine a accentué fortement les changements et leur rythme. Le rôle de l'évêque est de porter la vie de tout son diocèse, il doit guider sa route pour qu'il discerne les appels de l'Esprit, les attentes des hommes ; l'évêque doit aussi être attentif au bien des acteurs et des actrices de la mission. 
    Je précise aussi qu'un évêque ne fait pas ses choix en fonction de ses options ou goûts personnels. Il reçoit une Eglise et il la transmet. Il la reçoit avec une histoire et une identité. Il écoute ce que les diocésains lui disent être important pour la mission et l'identité de ce diocèse, et il en tient compte, même si, à titre personnel, il peut estimer qu'une réalité n'est pas essentielle.

    Ainsi que l'écrit le pape François dans l'exhortation apostolique Evangelii gaudium : « Parfois l'évêque se mettra devant pour indiquer la route et soutenir l'espérance du peuple, d'autres fois il sera simplement au milieu de tous dans une proximité simple et miséricordieuse, et en certaines circonstances il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et – surtout – parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins »  (n° 31).


    4)    La « deuxième première annonce »


        Les propos de cette lettre pastorale se risquent à un regard sur les conditions dans lesquelles nous vivons en 2014, il y est question d'histoire et de géographie.
    Annoncer l'Evangile et faire retentir l'appel du Seigneur afin qu'il suscite la réponse de foi de ceux qui le perçoivent, demande à ce que nous menions ce travail de discernement des temps dans lesquels nous sommes.
    Mes propos n'entendent pas tout dire de la réalité. Celle-ci est diverse, et surtout l'évêque ne dispose d'aucun savoir absolu. Mes paroles ne visent qu'à susciter chez vous tous ce même travail de discernement, il est indispensable pour notre mission.

    Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment.
    C'est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s'il arrive à l'improviste, il ne faudrait pas qu'il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : veillez !  Marc, 13, 33-37.

    Afin de stimuler la réflexion et d'orienter nos comportements, je choisis de vous donner ici des extraits substantiels d'une conférence que fit le Frère Enzo Biemmi, à Liège, le 16 avril 2013.
    Menant un travail sur l'évangélisation et la catéchèse, il propose des attitudes diverses de la part des communautés chrétiennes, sans jamais opposer l'une ou l'autre de ces attitudes.
    Annoncer l'Evangile c'est avant tout connaître le Seigneur et sa Parole, mais c'est aussi discerner ce qui, dans le cœur de ceux à qui on s'adresse, est obstacle et ouverture ; sur ce point également le Frère Biemmi apporte des éclairages judicieux.
    Ce texte n'est pas un mode d'emploi, il aide à comprendre et par là à agir.
    Si l'on veut développer la réflexion, on lira avec intérêt un livre du même auteur, Enzo Biemmi, La seconde annonce, La grâce de recommencer. Pédagogie catéchétique 29, Lumen vitae, 2014.

    La première annonce est l’annonce de l’Évangile à ceux et celles qui ne l’ont jamais entendu ; la deuxième annonce est l’annonce de l’Évangile à ceux et celles qui l’ont mal reçu. De fait, les deux défis sont devant nous. Pour la plupart des enfants qui suivent nos catéchèses, mais aussi pour une partie des adultes, il s’agit d’une véritable « première annonce ». Mais chez nous, le défi le plus difficile est celui de la deuxième annonce. Cette expression a été utilisée la première fois par le Pape Jean-Paul II en Pologne, en 1979, quand il a aussi introduit la notion de « nouvelle évangélisation ». « Le temps est arrivé – dit-il – d’une nouvelle évangélisation, d’une seconde annonce, même si l’Évangile est toujours le même ».

    L’expression « seconde annonce » était et demeure l’expression plus adéquate pour parler de la proposition de la foi aux personnes qui ont été baptisées et qui continuent à se dire chrétiennes par leur baptême ou tout simplement par l’habitude, sans plus.
    Mais je crois qu’en Europe il s’agit d’une deuxième annonce aussi pour les non croyants, car la deuxième annonce doit prendre en compte toute une série de représentations négatives de la foi, de l’Église, de Dieu, de la morale chrétienne, qui habitent la culture européenne, toute personne, même les enfants, et qui sont le résultat de dix-sept siècles de chrétienté. J’ose dire qu’il n’y a pas en Europe une véritable première annonce, mais plutôt une « deuxième première annonce » !

    La « deuxième première annonce » est bien plus compliquée que la première. Elle demande une action d’assainissement du terrain, une aide pour désapprendre avant d’apprendre, pour quitter les résistances qui viennent de fausses représentations de l’Eglise, des visions déformées de Dieu et de tout ce qui concerne la foi chrétienne, perçue comme non humanisante, non adulte.
    Je crois que la direction est claire : il s’agit d’une conversion missionnaire de la communauté et d’une inversion de la logique de la catéchèse.
    Comment faire ? Tout ce qui favorise une communauté missionnaire est bien fait. Tout ce qui opère le passage de l’initiation des enfants réduite à la préparation aux sacrements à une initiation à la vie chrétienne par les sacrements, pour les adultes et leurs enfants est bien fait. Tout ce qui en catéchèse poursuit la « voie inverse », c’est-à-dire le passage de la logique de l’exposition à la logique de la découverte, est bien fait.

    Beaucoup de pratiques sont en train d’opérer ces conversions. Il n’y a pas pour le moment des recettes : nous sommes dans le laboratoire d’un nouveau modèle de communication de la foi. Il est probable et même certain que nous nous ne verrons pas les résultats : nous avons mangé les fruits des arbres plantés par nos grands-pères dans la foi sans qu’ils en puissent goûter eux-mêmes ; nos enfants et nos petits-enfants dans la foi mangeront les fruits des arbres que nous planterons sans en goûter nous-mêmes. C’est bien la logique de l’engendrement.

    Comment gérer la transition ? J’aime beaucoup le proverbe africain qui dit : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse » […].
    Je crois […] qu’il s’agit de soutenir d’une main l’arbre qui tombe, c’est-à-dire de continuer à entretenir la foi de ceux et celles qui l’ont reçue par héritage et qui la vivent par tradition. Mais il ne faut pas soutenir cet arbre des deux mains. L’autre main doit s’occuper de la forêt qui pousse, de cette multitude de chercheurs et chercheuses de Dieu qui, aujourd’hui comme toujours, sont plus dehors que dedans des circuits de l’Église. La transition nous demande d’entretenir et en même temps d’engendrer, c’est-à-dire d’avoir dans notre pastorale une sagesse audacieuse.

    Mais il y a une condition préalable : la « deuxième première annonce » ne concerne pas d’abord les autres croyants par tradition ou les non croyants. Elle nous concerne nous-mêmes. Toutes nos analyses, aussi lucides qu’elles soient, ne peuvent pas se réduire à une stratégie. La nouvelle évangélisation n’est pas question d’une nouvelle stratégie, mais d’une nouvelle découverte de la foi de la part de l’Église elle-même. Elle doit être formulée comme « une question de l’Église sur elle-même » (Instrumentum laboris, Synode sur la nouvelle évangélisation). La deuxième annonce renvoie l’Eglise à une deuxième écoute : « Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2,16).
    Nous vivons un temps de transition. C’est un temps difficile mais favorable, pour nos contemporains, pour le christianisme, pour l’Église et surtout pour nous-mêmes.

    C'est à chacun de nous qu'il revient de vivre, et aussi de dire, le Christ et l'Evangile ; si nous ne le faisons pas la connaissance que de plus en plus de nos contemporains, à commencer par les membres mêmes de nos familles, sera hétéroclite et déformée. Le christianisme sera perçu davantage encore soit comme  un danger pour la liberté, soir comme une survivance un peu folklorique d'une chose du passé. Si vous savez écouter, vous avez remarqué que les signes de la foi, nos églises, et jusqu'à la croix elle-même, ne parlent pas plus que la statue du Bouddha.
    J’en ai perçu un indice dans une très belle exposition qui était donnée au Musée des Beaux-Arts de Rouen durant le printemps et l'été : Cathédrales 1789-1914, Un mythe moderne.

    Une exposition est surtout un programme, le titre de celle de Rouen l'annonce justement. D'abord il s'agit d'une période bien déterminée, on peut dire qu'elle recouvre le XIXe siècle, celui-ci étant davantage perçu par son destin que par des dates, un destin qui dépasse les cent années qui vont de 1800 à 1900. Nous sommes entre deux ruptures, la Révolution française et la Première guerre mondiale. La cathédrale présentée au Musée de Rouen est peut-être un lieu de culte – ceci n'est jamais montré, on choisira de le supposer – mais elle est d'abord un temple déserté de Dieu et des hommes au profit de la simple Raison et plus tard une ruine, ainsi que le montre un film sur Reims et sa cathédrale en 1917. Entre ces deux dates déterminantes, la cathédrale est, pour les artistes et les œuvres retenues, un support à des digressions, certes splendides, sur la lumière et la couleur ; c'est alors l'édifice lui-même qui est retenu, ses façades, des blocs de pierre traités tels des falaises travaillées par des ciels changeants.
    Les scénographies de nos musées ne sont certes pas des lieux de catéchèse, peuvent-elles cependant demeurer muettes sur la nature des édifices chrétiens exposés et sur leur destination première, laquelle, me semble-t-il, demeure encore ? La période choisie par l'exposition rouennaise est éloquente, tout comme l'est l'autre partie de son titre : Cathédrales, Un mythe moderne.
    Ce propos de Maurice Bellet résonne dès lors d'une juste acuité. « Le christianisme disparaît, et avec lui, le Christ de la foi […]. Il en reste, évidemment, les monuments, les œuvres d’art, ce que disent les travaux des historiens. Comme pour Isis et Osiris ou les dieux de Babylone ? Peut-être même quelque chose du côté de l’inconscient collectif. Mais la foi, la foi chrétienne ? Ce n’est même plus à combattre »  Le quatrième hypothèse. Sur l’avenir du christianisme. DDB, 2001, p. 15.

    Loin de condamner les commissaires de telles magnifiques expositions, dont je recommande la visite, je ne peux cependant risquer ces réflexions sans inquiétude ni y percevoir ce qu'il est courant de désigner comme un défi pour les chrétiens.


    5)    Une Eglise sous la Parole


        Si les nouvelles dimensions des paroisses nous semblent bénéfiques et correspondre à notre réalité, elles ne sont bien entendu qu'un moyen au service de notre mission commune d'annoncer l'Evangile.
    Il ne s'agit pourtant pas de minimiser la dimension institutionnelle de l'Eglise catholique. En elle comme dans les autres domaines de la vie sociale, les institutions permettent qu'une réalité demeure au-delà des personnes qui s'y expriment, et elles préservent du risque de voir une personne abuser de son éventuel charisme pour, non pas servir l'Eglise et les fidèles, mais les utiliser pour se mettre en scène et en valeur.
     
    Alors, même si cette année verra la mise en place des paroisses, j'ai souhaité, comme le pratiquent plusieurs diocèses, vous inviter à lire, pendant l'année liturgique, l'Evangile selon saint Marc.
    Il s'agit d'une lecture continue du texte, personnelle, mais surtout communautaire.
    Je demande donc que, dans chaque paroisse, dans les communautés locales, dans les groupes divers, dans les écoles catholiques, que sais-je encore, de petites équipes se constituent, se retrouvent régulièrement et lisent le texte évangélique.

    Pour ce faire, il convient que tous disposent de la même version du texte. Je souhaite que celle-ci soit la nouvelle traduction liturgique qui entre en vigueur à compter du Premier dimanche de l'Avent de cette année.

    Dans chacun des groupes qui se constitueront, chaque personne acquerra le Nouveau Testament, ou simplement les quatre évangiles, dans la nouvelle traduction liturgique. Ceci a été édité en version de poche, à prix modique. Pour cet achat, on préférera les librairies, qu'elles soient religieuses ou générales.
    Pour aider à la lecture, le diocèse vous proposera un découpage du texte. A la suite de chacun des passages, quelques simples questions sont aussi formulées.
    Ceci se trouve sur un document à télécharger sur internet ; les paroisses pourront aider ceux qui le leur demanderont à se le procurer.
    Quand nous nous référons au Mystère [eucharistique] et qu'une miette de pain tombe, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c'est la Parole de Dieu et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles et nous, nous pensons à autre chose. Pouvons-nous imaginer le grand danger que nous courons ? (Saint Jérôme, in Psalmum 147).


        Conclusion


        Les paroisses nouvelles ne doivent pas effacer l'identité des personnes, des espaces, des communautés locales, des autres réalités de la vie chrétienne : aumôneries, mouvements, écoles, etc. Je ne reviens pas sur ce que j'ai écrit à ce propos dans les lettres pastorales de 2012 et de 2013, je vous y renvoie.

    Ces paroisses sont bien sûr des réalités nouvelles, elles appellent de nouvelles organisations, de nouvelles manières de travailler.
    Elles sont surtout ancrées dans l'histoire chrétienne, les noms qu'elles reçoivent en sont une belle expression.
    Ce nom est double, il est d'abord géographique, il exprime un territoire, une commune, une réalité, qui doit pouvoir être identifiée, même par ceux qui ne résident pas sur son espace ; pour cette raison, des noms comme « paroisse des deux rivières » ont été évités. Et le nom adopté est historique, il s'agit du saint patron ou de la sainte patronne de chacune d'entre-elles.
    Quelques paroisses seront sous la protection des colonnes de l'Eglise, des apôtres ou encore de Jean-Baptiste, mais la plupart d'entre elles ont un patron inscrit dans l'histoire locale, même si certains d'entre eux ont eu un rayonnement bien plus large.
    C'est vrai que tous ces saints ne sont pas connus de tous, y compris dans la paroisse qui portent leur nom, mais je vois ici une belle occasion de mieux connaître ces belles figures qui, s'ils sont des hommes et des femmes du passé, sont des vivants auxquels nous nous confions dans la prière.

    Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés : ils vous ont annoncé la parole de Dieu. Méditez sur l'aboutissement de la vie qu'ils ont mené, et imitez leur foi.  Hébreux 13, 7.

    Une des paroisses de la ville de Poitiers est placée sous le vocable de la Trinité. C'est une manière de rappeler le premier évêque connu de Poitiers, saint Hilaire, théologien qui défendit la foi de Nicée au péril de sa liberté et exposa la théologie du mystère de la Trinité, avant tout en puisant ses arguments dans l'Ecriture.
    La Trinité est le cœur de la foi chrétienne, elle n'est pas un mot qui désigne un aspect de Dieu, elle dit Dieu lui-même, il est et il n'est que Trinité.
    Nommer ainsi la paroisse qui compte dans ses églises la cathédrale, c'est aussi désigner notre source et le fondement de notre unité. La cathédrale en est le signe et elle nous le fait vivre à chaque fois que tous s'y retrouvent pour les grands moments de notre vie diocésaine.

    Jésus se manifesta aux Onze pendant qu'ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient contemplé ressuscité.
    Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l'Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné […]. »
    Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu.
    Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout l'Evangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.  Marc 16, 14-16 ; 19-20.

    + Pascal Wintzer
    Archevêque de Poitiers

    Note

    « Les profondes mutations du capitalisme ont sapé les fondements du compromis social des Trente Glorieuses. La certitude d’un avenir meilleur a laissé place à la peur du déclassement et, bien souvent, à sa réalité. Dans ce contexte, l’origine sociale redevient déterminante dans les parcours de vie. Plus encore, la dualisation de la structure sociale entre ''gagnants'' et ''perdants'' de la mondialisation, polarise à nouveau les destins sociaux et rend encore plus étroites les voies de la mobilité sociale » (Camille Peugny, Le destin au berceau, Inégalités et reproduction sociale, La République des idées, Seuil, 2013, p. 17-18).

    « La mondialisation construit de nouvelles polarisations sociales : d'un côté, les manipulateurs de symboles, des professions hautement qualifiées qui œuvrent dans le secteur juridique ou dans la finance, toujours prêts à déplacer leurs maisons, leurs laboratoires et leurs bureaux ; de l'autre, les non-qualifiés, les travailleurs routiniers de plus en plus concurrencés par les travailleurs des pays pauvres » (o.c., p. 34).

    « Cette coexistence entre gagnants et perdants de la mondialisation, dans les ''villes globales'' est présente également dans les théories du care : les ''pourvoyeurs de soin'' sont des assistantes maternelles, des femmes de ménage, des aides à domicile, embauchées directement par les particuliers et qui finissent par composer une ''armée de l'ombre reléguée dans les coulisses d'un monde de la performance'' où triomphent précisément ceux qui achètent leur temps de travail » (o.c.,  p. 35).

    Une enquête réalisée en 2010 montre que « 36% des 18-30 ans interrogés affirment n’avoir que ‘’peu de pouvoir réel sur ce qui [leur] arrive, proportion qui atteint 52% pour les jeunes habitant une zone urbaine sensible. Sans surprise, plus les ressources culturelles et économiques dont ils disposent sont limitées, plus ce sentiment est fort (il concerne par exemple 52 des jeunes au mieux titulaires du BEPC ou d’un BEP » (o.c., p. 102-103).

    « Le sentiment d’être sans maitrise sur sa propre vie n’est pas anodin et a des conséquences cruciales sur la manière dont les jeunes assument leur rôle de citoyens […]. L’immobilité sociale et la fixation précoce des destins expliquent en partie ces attitudes de pessimisme, de retrait ou de désintérêt pour la chose publique » (o.c., p. 103).

    « La défiance, particulièrement forte en France, tout comme le pessimisme des Français, doivent se lire au prisme de la massive reproduction des inégalités. Comment se projeter dans l’avenir lorsque le destin semble fixé dès le plus jeune âge ? Comment se sentir citoyen lorsque les trajectoires exceptionnelles de quelques individus ne parviennent plus à dissimuler la condamnation sociale de millions d’autres ? » (o.c., p. 109).

    Texte paru dans Eglise en Poitou N°223-p10-25

  • Fondation liturgique de la paroisse St Pierre et St Paul de Niort

    Ce dimanche 28 septembre 2014, les communautés chrétiennes de Niort étaient en fête pour la célébration de fondation liturgique de la nouvelle paroisse de Niort

  • A propos de la série TV "Ainsi soient-ils"

    Alors que la chaine ARTE propose la saison 2 de la série "Ainsi soient-ils", Mgr Pascal Wintzer nous livre son sentiment sur les deux premiers épisodes qui seront diffusés à partir de ce jeudi 2 octobre à 20h50.


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Pèlerinage-rencontre des prêtres de la province de Poitiers

pelepretreilemadameDu 30 septembre au 3 octobre, 80 prêtres de la province ecclésiastique de Poitiers vivent un pèlerinage-rencontre autour du thème "les temps sont favorables pour l'annonce de l'Evangile".

Après un temps d'accueil et d'introduction ce mardi soir, les prêtres ont vécu la première des trois journées sous le mode d'un pèlerinage à l'Ile Madame, dans les pas des prêtres déportés sur les pontons de Rochefort au temps de la Terreur durant la Révolution Française, en 1794.

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GdPPPar Marie-Thérèse CAMUS et Robert FAVREAU...
partez à la découverte des Abbayes et prieurés des Deux-Sèvres, merveilles d’une terre romane.

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Visuel denier 2014ptEn ce week-end des 8 et 9 février 2014, le diocèse de Poitiers lance sa campagne annuelle du denier de l'Eglise

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Appel à contribution en vue du prochain synode sur la famille : LES DÉFIS PASTORAUX DE LA FAMILLE DANS LE CONTEXTE ÉVANGÉLISATION.

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Voici les textes des homélies de Mgr Pascal Wintzer des Rameaux à Pâques 2014, ainsi que son message de Pâques.

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