Etre jésuite aujourd'hui
13 mars 2005

François Lardeau
(Eglise en Poitou - 6 avril 2005)



A l'occasion des fêtes du 150ème anniversaire du collège Saint Joseph de Poitiers (Lycée "Les Feuillants" depuis 1980), le Père François-Xavier Dumortier, provincial des jésuites de France, a donné une conférence à la maison diocésaine, le dimanche 13 mars, à l'issue de la messe présidée par Mgr Rouet, à la cathédrale, lors de la journée des anciens élèves.
François-Xavier Dumortier : un retour aux sources

Ses parents habitant la Vienne, le jeune François-Xavier fit ses études à Saint Joseph comme interne de 1964 à 1967, année où il passa son baccalauréat. Entrée dans la compagnie de Jésus il vécut aux Etats-Unis comme étudiant puis professeur de philosophie. En France il eut des activités essentiellement à la revue "Etudes" et au "Centre Sèvres" l'université jésuite, puis il devint provincial de France qui, outre notre pays comprend l'Algérie, le Maroc, l'île Maurice et la Grèce. Au début de sa conférence, le père Dumortier devait dire sa joie de se retrouver à Poitiers et il rendait hommage au collège St Joseph pour l'excellente formation qu'il avait reçue dans les années soixante. Avec émotion il évoqua ses anciens professeurs dont un certain nombre était dans la salle, les pères Gouband, Boutin, Motard, Neau, Boinot…

Les jésuites : un corps international

Dans le monde d'aujourd'hui il y a 20 170 jésuites dont 987 novices. Il y a 30 ans ils étaient 29 436 dont 776 novices. Il y a donc une réelle diminution, à cause de l'âge élevé de nombreux pères, mais l'augmentation du nombre des novices est encourageante. Les jésuites ne sont plus que 630 en Europe, mais l'Inde en compte 3 500.

La Province de France c'est 45 communautés rassemblant 560 membres. Mais en France proprement dite il y a aussi 130 jésuites de nationalité étrangère, tandis que 120 jésuites français sont dans de nombreux pays du monde entier. La compagnie de Jésus est aujourd'hui présente dans 122 pays. A Paris 80 jésuites sont en formation au "Centre Sèvres". Ils sont de 49 nationalités.

La compagnie de Jésus c'est une grande diversité de visages et de cultures à travers le monde entier. Et comme pour toutes les réalités de l'Eglise ce n'est pas le nombre des membres qui importe, mais la vigueur humaine et la vitalité spirituelle.

Etre jésuite

On peut résumer cette identité en disant, être jésuite c'est un désir, une expérience, un don, une mission.

- Le désir, c'est celui de suivre le Christ à la manière d'Ignace de Loyola, pour un plus grand service à la fois de Dieu et de l'homme, avec un cœur large et généreux. Le désir c'est celui de combattre pour Dieu en renaissant d'abord, toujours et partout, le travail réalisé par Dieu, en l'homme. Le jésuite est l'homme du davantage, c'est-à-dire du service le plus vrai, le plus juste, le plus universel possible. La vie apostolique est menée dans une grande proximité avec l'homme en voulant toujours pour lui, une plus grande croissance en humanité, sans médiocrité.

- L'expérience c'est celle du Christ, vécue dans les exercices spirituels. Là est la matrice spirituelle qui attache au Christ pauvre et humble. Cette expérience est sans cesse à refaire et elle entraîne à aller de l'avant, sans peur, au risque de sa vie. Le père Dumortier fait alors mémoire de ses compagnons tués récemment au Liban, en Inde, en Indonésie Dans l'expérience spirituelle, les jésuites se laissent façonner par l'Incarnation, par l'humanité du Christ qui les entraîne à prendre très au sérieux l'histoire des hommes.

- Le don est celui du compagnonnage, amis du Seigneur et dans le Seigneur. En tout temps et tout lieu, les jésuites se reconnaissent les uns les autres comme compagnons, avant de se connaître, de par leur formation intellectuelle commune et leur expérience spirituelle, à travers les exercices de Saint Ignace.

- La mission c'est celle de l'Eglise. La maison des jésuites c'est le monde entier, cette terre aimée de Dieu, telle une immense vigne à travailler et à vendanger.

Le travail apostolique

La mission que confie l'Eglise aux jésuites, c'est de porter le Christ à toute culture et en tout lieu, avec un cœur de nomade, une "mentalité Abrahamique" qui fait que chaque jésuite fait preuve à tout moment d'une disponibilité constante et d'une mobilité sans limite. C'est le sens du quatrième vœu que les jésuites prononcent au-delà des trois vœux religieux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté.

A l'image du Christ, les jésuites essaient de vivre humbles et pauvres dans un monde de prestige et d'auto-suffisance, du moins en occident. Ils marchent sur deux pieds, en travaillant avec les décideurs de la société, mais en étant solidaires des sans voix. Là est peut-être la particularité la plus forte, avec celui du souci de l'homme dans son intégralité : cœur - âme - intelligence. Il s'agit alors d'utiliser tous les moyens humains mis à notre disposition en les livrant à la grâce créatrice de Dieu ; cette manière d'agir étant vécue dans l'espérance, laquelle n'est pas un optimisme, mais une décision !

Quelques tâches et lieux de la mission apostolique

La compagnie de Jésus, aujourd'hui, a deux priorités régionales, au niveau de la planète : l'Afrique et la Chine.
La priorité c'est aussi le travail intellectuel et le ministère théologique, en montrant l'indispensable nécessité de l'étude pour l'éducation de la foi et le ministère de la parole.

Les jésuites sont aussi très soucieux de la promotion de la justice. Le SJR (Service Jésuite des Réfugiés) est une institution très importante.
Enfin la tâche éducative reste essentielle avec les universités, les collèges, les écoles techniques et professionnelles, où il s'agit de former et d'éduquer la totalité de la personne.

Pour la Province de France : quatre axes essentiels

- L'apostolat intellectuel : avec la revue "Etudes", les archives de philosophie, les sciences religieuses, l'édition "Sources chrétiennes", le centre culturel de la Baume, le "Centre Sèvres" à Paris avec 250 étudiants et 1 800 auditeurs.
La finalité de toute cette formation intellectuelle, outre la croissance de la personne, réside dans le fait que l'on doit être prêt à justifier l'espérance qui nous habite et à rendre compte de la foi par sa raison. Il est également impérieux de porter la tradition théologique et mystique, de ne pas déserter les racines chrétiennes, ni d'abandonner les trésors de la foi, avec l'ardente obligation de transmettre le patrimoine spirituel. Et cela, d'autant plus, que nous sommes entrés dans une période exigeante au niveau du dialogue interreligieux.

- La tâche éducative reste également très présente avec 17 000 élèves dans dix collèges de France sous tutelle jésuite. La compagnie gère également plusieurs établissements d'enseignement supérieur à Lille, Nantes, Toulouse, Versailles. Vingt jésuites sont à plein temps pour ces tâches éducatives.

- La présence à la société est le troisième axe avec le centre d'études et de recherches en action sociale et la revue "Projets", l'insertion pour les jeunes issus de l'immigration à St Denis, le soutien apporté aux cadres chrétiens.

- L'apostolat spirituel enfin, est une réponse à une attente de plus en plus forte en ce domaine. Il s'agit là des retraites ignatiennes pratiquées en cinq centres dans l'hexagone, de la revue "Christus", et des "Communautés vie chrétienne".

Tel est le panorama saisissant que le Provincial de France a brossé du travail apostolique des compagnons de Jésus, de par le monde, et cela avec beaucoup d'humilité et de simplicité. En nous souvenant de la devise de Saint Ignace : "Pour la plus grande gloire de Dieu", nous entendons aussi Saint Irénée qui quatorze siècles plus tôt disait : "La gloire de Dieu c'est l'homme vivant". Alors nous pouvons sans doute dire qu'aujourd'hui encore, œuvrer pour la plus grande gloire de Dieu, c'est être au service de l'homme pour l'avènement d'une humanité tout entière réconciliée. Telle est l'action des jésuites.